« Je suis épuisée et terrorisée » : le collectif féministe, Paye Ta Shnek, prend fin après sept années à dénoncer le sexisme

Dimanche soir, Anaïs Bourdet, la créatrice de Paye Ta Shnek, a annoncé mettre fin à son blog, après sept années à rendre publique les 15 000 témoignages de femmes victimes de sexisme ordinaire. Elle est l’une des pionnières du XXIe siècle dans la lutte contre le patriarcat.

« Je n’en peux plus, je n’y arrive plus » tels sont les premiers mots d’Anaïs Bourdet. Sept ans auparavant, en 2012, cette graphiste crée le Tumblr Paye Ta Shnek, véritable exutoire pour les femmes victimes de sexisme, d’harcèlement ou d’agressions sexuelles. Après plusieurs années à transmettre les témoignages de nombreuses femmes (en abattant un travail remarquable), Anaïs Bourdet a décidé de fermer son blog. Elle explique son choix dans un long post Twitter.

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« La colère que j’ai accumulée en presque 7 ans me bouffe »

En sept ans, Anaïs Bourdet a publié près de 15 000 témoignages de femmes subissant du sexisme ordinaire comme « T’as des belles cuisses. J’aimerais bien que tu les écartes pour moi, sale pute » , « Hé, pssst t’es bonne. Je me marie avec ton cul moi! » ou encore « Dans le train, c’est pratique, la fille peut pas s’enfuir. » Hier soir, la jeune femme a décidé de tirer sa révérence et mettre fin à plusieurs années de combat acharné. Après de multiples agressions « d’inconnus ultra dominants » et beaucoup de réflexion, la jeune femme se dit épuisée et terrorisée : « Je n’en peux plus. Je n’y arrive plus. Je n’arrive plus à lire vos témoignages et à les digérer en plus des violences que je vis dès que je mets le pied dehors. La colère que j’ai accumulée en presque 7 ans me bouffe et me pousse à réagir quasi systématiquement, et la plupart du temps, ça ne fait qu’envenimer la situation. » clame t-elle.

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Paye Ta Shnek : pionnier de la (longue) lutte contre le sexisme

Après ces mots touchants, elle transmet le témoin en parlant de l’ouverture d’une nouvelle étape, après les mouvements Me Too et Balance ton porc. Pour elle, témoigner n’est plus suffisant et souhaite que le combat continue. Elle n’hésite pas à faire un constat d’échec : « Rien n’a changé, les hommes sont toujours aussi violents. Toujours trop nombreux à nous traumatiser, toujours pas assez nombreux à nous aider pour que ça pèse dans la balance. Et je n’ai pas de suggestion pour l’étape suivante, je suis aussi démunie que n’importe laquelle d’entre nous. J’ai passé ces 7 dernières années, avec vous, à tout donner pour faire reculer ces violences, aux côtés des assos et collectifs qui se bastonnent aussi sur le sujet, et je n’ai pas réussi à observer le moindre recul. Oui, c’est un constat d’échec. »

Pendant plusieurs années, Anaïs Bourdet a fait face à de multiples témoignages plus glaçants les uns que les autres et a fortement contribué à libérer la parole des femmes.

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Publié par Églantine le 25 Juin 2019
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