Qu’est-ce que l’alcoolorexie, cette mode dangereuse qui touche les jeunes femmes ?

« Manger c’est tricher » chantaient les Casseurs Flowters. Manger, c’est surtout s’assurer de passer une bonne soirée malgré les litres d’alcool que vous risquez d’avaler. Et pourtant, depuis 2011, différentes études mettent en lumière une mode dangereuse : l’alcoolorexie.

On est vendredi soir, vous avez prévu de retrouver vos amis en ville pour boire un (ou plusieurs) verre(s). Comme nous sommes bientôt en été, vous surveillez votre poids. Pour maintenir votre ligne sans pour autant vous priver d’alcool, vous avez mangé léger toute la semaine. Ce soir, vous ne craquerez pas pour ce burger et ces frites comme vos amis car vous gardez votre objectif en tête. Ce scénario ne vous dit rien ? Pourtant, c’est ce qui se passe dans la tête de nombreuses étudiantes. Pour contrebalancer les calories de l’alcool, elles se privent de nourriture, mettant ainsi leur santé en danger.

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Qu’est-ce que l’alcoolorexie ?

Mélange des mots alcool (on ne va pas vous apprendre ce que ça veut dire) et anorexie, l’alcoolorexie désigne le fait de manger moins pour boire plus. Pourquoi se livrer à une telle pratique ? Et bien tout simplement pour limiter les calories. En effet, l’alcool ce n’est pas de l’eau et ça fait « grossir » . Les chiffres évoquent environ 7 calories par gramme, nous sommes encore loin du hamburger. Mais l’alcool se consomme rarement seul et il est courant d’y ajouter des jus de fruits ou sodas, beaucoup plus caloriques. Les jeunes étudiantes tombent généralement dans l’alcoolorexie pour une raison simple : ne pas grossir. Et oui, on remplace les nutriments d’une bonne omelette par les calories d’un Mojito à 14€ en terrasse.

Alcoolorexie

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Qui est concerné ?

Durant les différentes études, réalisées majoritairement aux États-Unis, les chercheurs se sont rendus compte que ce phénomène touchait principalement les jeunes étudiantes. En effet, en 2011, 30% d’entre elles reconnaissaient manger moins pour pouvoir boire plus. La plupart du temps, il s’agit de femmes qui sont déjà sujettes à des troubles de l’alimentation (comme l’anorexie ou la boulimie). Lors d’un sondage réalisé par nos soins sur des étudiants, 14,8% des sondés reconnaissaient avoir déjà sauté un repas avant une soirée. Ils sont autant à avoir déjà entendu parler d’alcoolorexie. Mais un seul l’associe pleinement à l’anorexie.

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Résultats d’une étude réalisée par le Tribunal du Net

Quels sont les risques ?

Vous vous dites que vous êtes jeune, que votre corps peut encaisser bien pire. Sauf qu’il ne faudrait pas plaisanter avec l’alcoolorexie, qui présente plusieurs risques. À commencer par le coma éthylique. Si vous ne mangez pas, alors votre sang n’est plus approvisionné en sucres (lents ou rapides) et l’alcool fera effet plus vite. Alors oui, vous aurez plus rapidement cette sensation d’ivresse recherchée mais votre corps aura bien plus de mal à encaisser. Les effets les plus lourds se mesurent sur le long terme. L’alcoolorexie est considérée à la fois comme de l’alcoolisme et comme un trouble de l’alimentation. Conséquences sur le long terme : diabète, problèmes de foie, de coeur mais aussi de démence. Chez les étudiants, on remarque aussi des difficultés à se concentrer ou des problèmes de mémoire. Jusqu’à 25 ans, le cerveau est encore en cours de formation. Une consommation trop importante d’alcool empêche la construction de certaines zones de connexions appelées synapses.

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L’alcoolorexie est-elle due à la pression sociale ?

Dans l’étude que nous avons réalisée, 73,8% des sondés associaient automatiquement une soirée avec des amis à la consommation d’alcool. Pour les étudiants, boire de l’alcool fait souvent partie intégrante de la vie de leur école ou université. Entre les soirées d’intégration, les after work ou encore les traditionnelles soirées étudiantes du jeudi, les occasions de finir la tête dans les toilettes ne manquent pas. À cette pression sociale de boire se rajoute celle du culte de la minceur pour les jeunes femmes. Avec les réseaux sociaux, bon nombre d’entre elles ont de plus en plus de mal à passer outre l’injonction à rester mince, jeune et belle. L’alcoolorexie est donc due à cette double pression sociable qui pèse sur les épaules de ces jeunes étudiantes.

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Ce que cette tendance révèle sur le rapport des étudiants à l’alcool

Pour le docteur Dipali V.Rinker, qui a dirigé l’étude sur l’alcoolorexie de la Research Society on Alcoholism, le problème n’est pas seulement lié à la quantité ou à la fréquence à laquelle les étudiants consomment de l’alcool mais aussi « à la façon dont ils boivent » . Les jeunes vont manger moins pour boire plus pour ne pas grossir mais aussi pour faire des économies et atteindre plus vite un état d’ivresse. L’effet de groupe est également très important. Peu de jeunes boivent seuls mais dès qu’ils sortent, l’alcool est quasiment obligatoire. Toujours selon le docteur Rinker, le simple fait d’informer un jeune que les autres étudiants ne boivent pas de la sorte pourrait avoir un effet positif sur sa consommation d’alcool.

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Un phénomène qui se limite aux États-Unis ?

Toutes les études concernant l’alcoolorexie ont été réalisées aux États-Unis mais quid de la situation en France ? Si le phénomène s’étend Outre-Atlantique, il n’y a pas de raison qu’il s’arrête aux frontières de l’Europe. On remarque par exemple l’émergence des tendances comme le « binge-drinking » (boire beaucoup et très vite), bien implanté aujourd’hui dans l’Hexagone. Les résultats de notre étude montrent que 85,2% des sondés admettent avoir déjà sauté un repas avant une soirée au moins une fois au cours des six derniers mois. Les étudiants sortent en moyenne 2 fois par semaine et consomment en général deux ou plus de cinq verres d’alcool. La bière reste la boisson reine tandis que les alcools forts arrivent en dernière position, derrière le vin. Parmi les sondés, 28,7% pensent avoir une consommation d’alcool supérieure à la moyenne.

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Comment sortir de l’alcoolorexie ?

Le premier pas pour sortir de l’alcoolorexie consiste à reconnaître le problème. Si vous en souffrez ou connaissez des gens qui en souffrent, vous pouvez contacter Alcool Info Service ou vous tourner vers des associations spécialisées dans les troubles du comportement alimentaire.

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Publié par Constance le 22 Mai 2019
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