Connaissez-vous le syndrome de Clérambault : l’érotomanie

Publié par Mélaine le 20 Fév 2019

Il y a certains syndromes dont on entend parler sans vraiment les connaître, ni les comprendre. C’est le cas du syndrome de Clérambault, plus souvent connu sous le nom d’érotomanie. Découvrez comment il se manifeste, quels en sont les symptômes, les causes et les traitements.

 

Le syndrome de Clérambault : la conviction de l’amour

L’érotomanie fait partie des troubles délirants. C’est toute une construction qui gravite autour d’une conviction : celle d’être aimée par une personne, en secret.

 

Et si cela peut faire sourire, en comprendre les mécanismes est plutôt effrayant. En 1921, un psychiatre français présente la première analyse complète sur le sujet : Les psychoses passionnelles. Cet homme, c’est Gaëtan Gatien de Clérambault. C’est lui qui donnera son nom à la maladie.

 

L’érotomanie relève du délire. La personne (dans 8 à 9 cas sur 10, une femme) est convaincue d’être aimée par un tiers. S’en suit une psychose paranoïaque. L’érotomane est persuadé d’être l’objet du désir d’un autre. Sauf que, comme nous allons le voir, cela peut aller très loin.

 

Syndrome et symptômes

Il existe plusieurs variantes de l’érotomanie. La plus connue est celle que l’on désigne de forme primaire. 

 

L’érotomane est alors dans un état passionnel qui va lui faire traverser trois phases bien distinctes :

 

La phase d’espoir : c’est la phase la plus longue. L’érotomane est dans l’attente que l’autre se déclare à lui. Pour l’érotomane, c’est à cause de son entourage, de sa timidité, que l’autre ne peut pas se déclarer. Aussi, il fait tout pour dissimuler son amour. Mais l’érotomane en est persuadé : il est aimé. Et, il aime.

 

La phase de dépit : c’est la phase durant laquelle l’érotomane peut sombrer dans la dépression. Phase d’autant plus dangereuse qu’il n’est pas rare que l’érotomane devienne plus agressif.

 

La phase de rancune : une fois accumulées les deux phases précédentes, l’agressivité va se tourner vers l’être aimé. Voire envers son entourage (nous le disions : c’est l’entourage, les autres, qui ont fait que l’objet du désir n’a pas pu se déclarer). S’en suivra du harcèlement. Cette phase peut mener au meurtre. Ou au suicide du malade lui-même.

 

L’érotomane ne se contente pas de penser à l’objet de son désir. Il tente par tous les moyens de rentrer en contact avec lui, persuadé que c’est ce que l’autre attend. Tout commence par des coups de téléphone, des messages … Puis, peu à peu, entre dans sa vie. S’immisce. Suit l’objet de son désir. Se rend à son domicile, l’attend des heures dans les escaliers, s’approprie son univers : objets, amis etc. L’entourage du malade ne peut rien contre cette maladie.

 

Si, au début, l’érotomane fait mine de l’écouter, plus son entourage le contredira, plus grandira en lui une forme de colère et de haine. Il se sent incompris de tous. Le délire a commencé. Ceux qui iront contre l’érotomane seront forcément ceux qui complotent contre son bonheur, son amour.

 

Syndrome et guérison

Durant la première période, un clivage apparaîtra : il y a ceux qui acceptent l’histoire de l’érotomane (ils sont très peu) et les autres. Autres qui ne feront qu’accroître la haine de la personne malade.

 

Tout est paranoïa. Un simple éternuement de l’objet peut être compris comme un message secret, un code : « je suis malade, regarde comme j’ai besoin de toi ». L’érotomane s’estime être le seul à pouvoir lire l’illisible. Un froncement de sourcil et il est persuadé que l’autre lui envoie un signe. Tout, absolument tout de la victime de l’érotomane, est décrypté et perçu comme un signe d’amour. 

 

Il est difficile, pour les proches, de reconnaître l’érotomanie. Pourtant, certains signes semblent revenir d’un cas à l’autre : perte d’appétit, rien d’autre que l’être aimé n’a d’importance. Peu à peu, l’érotomane perdra contact avec sa famille, ses amis puis, tout simplement, la réalité. D’ailleurs, bon nombre d’érotomanes donnent un caractère surnaturel à l’amour qui les lient au couple fantasmé. Un mysticisme qui creusera plongera encore plus l’érotomane dans son délire. Délire dont il ne peut pas sortir, persuadé de la véracité de sa conviction. Le reste n’est que persécution.

 

Il va de soi que l’érotomane lui-même est victime de sa maladie. Mais bien des objets d’érotomanes, eux aussi, sont incompris. Certains n’arrivent pas à comprendre eux-mêmes la situation, d’autres ne sont pas crus dès lors qu’ils expliquent qu’ils n’ont pas sollicité cet amour. Et les proches également sont victimes. Impuissants face à la maladie.

 

Syndrome : quel(s) traitement(s)

Pour se soigner, l’érotomane doit commencer une thérapie. Or pour cela, il doit se rendre compte qu’il est malade. Mais c’est une chose très délicate puisque, comme nous l’avons expliqué, le malade est persuadé que quiconque se mettra en travers de son chemin est malveillant et en veut à sa personne.

 

Si le patient arrive à comprendre qu’il est dans le délire et non pas dans l’amour, alors il pourra se soigner. En comprenant tout d’abord comment il a pu en arriver là.

 

Le traitement sera donc essentiellement médicamenteux afin de contrôler les hallucinations et les délires. Seulement, dans certains cas, la crainte reste la suivante : celle que l’érotomane fasse de son médecin un nouvel objet de désir. Si un médecin s’intéresse à sa vie, l’écoute, se transforme en confident, alors le syndrome peut resurgir.

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