Matthieu Lartot brise le silence sur la culpabilité qui le ronge depuis son cancer

Il y a des conversations qu’aucun parent ne veut avoir. Matthieu Lartot, journaliste sportif bien connu des amateurs de rugby sur France Télévisions, a dû s’y résoudre. Face à ses deux enfants, il a choisi la vérité brute plutôt que le silence protecteur.
Un choix qui remonte à loin, en réalité. Et qui raconte beaucoup de son histoire personnelle avec la maladie.
Un cancer qui revient après 26 ans de silence
Tout commence à 17 ans. Matthieu Lartot apprend qu’il est atteint d’un cancer rare du genou. Il se bat, s’en sort, tourne la page. Ou du moins, il le croit.
Trois ans plus tôt, le couperet tombe une seconde fois. La maladie revient, plus agressive, plus tardive que jamais. « La récidive est arrivée 26 ans après ! D’après mes médecins, il y avait 1 à 5% de risque que ça se produise », confie-t-il dans Télé Magazine.
Un pourcentage minuscule, mais qui tombe pourtant sur lui. Cette fois, il n’y a plus de marge de manœuvre : direction l’amputation de la jambe droite pour espérer survivre.
La discussion qu’il fallait avoir, coûte que coûte
Face à Noah, 20 ans, et Jeanne, 15 ans, Matthieu Lartot n’a pas hésité longtemps sur la marche à suivre. Il voulait « être parfaitement transparent avec eux », quitte à leur infliger une vérité difficile à encaisser.
Cette exigence de transparence, il la doit à sa propre expérience d’adolescent malade. « C’est ce que moi, adolescent, j’avais réclamé à mes parents pour mon premier cancer », explique-t-il. Une boucle qui se referme, presque trois décennies plus tard.
Mais dire la vérité ne veut pas dire que c’est facile. Le journaliste reconnaît que cette discussion « a été très dure », pour une raison précise : la maladie était déjà à un stade avancé au moment de l’annonce.
Le calendrier médical ne laissait aucune place à l’attente. « Je n’avais que deux séances de quatre jours de chimio possibles avant l’amputation », précise-t-il. Et ce n’était pas la seule annonce délicate à faire ce jour-là.
Ses parents aussi ont dû l’apprendre, dans l’urgence
Prévenir ses enfants était une chose. Annoncer la récidive à ses propres parents, désormais retraités, en était une autre. « Le dire à mes parents, jeunes retraités, n’a pas été simple non plus », admet le complice de Laurent Luyat à l’antenne.
Deux générations à rassurer, à préparer, en quelques jours à peine. Le tout pendant qu’il devait lui-même digérer le choc du diagnostic.
La culpabilité qui ne le lâche pas
Deux cancers traversés, une jambe en moins, et pourtant ce n’est pas la douleur physique qui pèse le plus aujourd’hui. Dans un entretien accordé à Paris Match, Matthieu Lartot dévoile une blessure plus discrète : la peur d’avoir transmis quelque chose à ses enfants.

« J’ai fortement ressenti de la culpabilité. À un moment donné, je me suis dit, en tant que père : ‘J’ai peut-être donné ce gène-là à mes enfants' », confie-t-il. Une pensée qu’il qualifie lui-même de « très difficile à accepter et à digérer ».
Cette angoisse n’a jamais vraiment disparu. Elle s’est simplement transformée en question médicale, grâce aux progrès récents de la science.
Un test génétique, mais pas une obligation
L’onco-génétique permet aujourd’hui de rechercher une éventuelle prédisposition héréditaire à ce type de cancer. Une avancée qui offre des réponses, mais qui soulève aussi un choix intime, difficile à imposer à quiconque.
Matthieu Lartot a décidé de laisser cette décision entre les mains de ses enfants, sans jamais forcer la main. « Mon fils Noah n’a pas souhaité faire le test pour l’instant », raconte-t-il simplement.

Pour Jeanne, encore mineure, la question reste en suspens. « Ma fille pourra le faire quand elle le souhaitera, si elle en ressent l’envie », précise son père. Une manière de respecter le rythme de chacun face à une épreuve aussi lourde.
Ce témoignage s’inscrit dans une vague plus large de prises de parole publiques sur le cancer, portée ces derniers mois par des personnalités comme Yaël Braun-Pivet, Pascal Bataille ou encore Bernard de La Villardière. Autant de voix qui contribuent à faire tomber un tabou encore tenace.