Dans les comptes de Frédéric, chauffeur-livreur à Amiens à 1 940 € nets par mois
Frédéric a 38 ans, il est chauffeur-livreur pour une entreprise de messagerie à Amiens, et il gagne 1 940 € nets par mois. Père de deux enfants en garde alternée, il enchaîne entre 180 et 220 kilomètres par jour au volant de sa camionnette. Voici comment il fait tenir son budget, poste par poste.

Un salaire qui dépend beaucoup des tournées
Frédéric touche un salaire de base de 1 750 € nets, calculé sur la grille conventionnelle du transport routier de marchandises. « On me paie au SMIC transport, avec une prime d’ancienneté depuis mes cinq ans dans la boîte », explique-t-il.
À cela s’ajoutent des primes variables : indemnités de repas (198 € nets par mois, car il mange souvent sur la route) et une prime de productivité liée au nombre de colis livrés, qui varie entre 60 et 120 € selon les mois.
En moyenne, ces compléments portent son revenu net mensuel à environ 1 940 €. Les mois de forte activité, comme avant Noël, il peut grappiller jusqu’à 150 € de plus grâce aux heures supplémentaires payées à 25 %.
Frédéric touche aussi 140 € d’allocations familiales pour ses deux enfants, versées par la CAF, qu’il compte à part dans son budget familial plutôt que dans son salaire.
Le loyer et les charges qui pèsent lourd
Frédéric loue un T3 dans le quartier Saint-Leu à Amiens pour 620 € par mois, charges comprises. « C’est raisonnable pour la ville, mais ça reste un tiers de mon salaire », résume-t-il.

Son assurance habitation lui coûte 14 € par mois, et l’électricité, incluse dans son forfait charges, ne dépasse pas les prévisions grâce à un logement bien isolé construit en 2015.
Côté téléphone et internet, il a opté pour un forfait mobile à 12 € et une box internet à 25 €, soit 37 € au total. Sa mutuelle santé familiale, indispensable avec deux enfants, lui coûte 68 € par mois.
L’assurance de sa voiture personnelle (utilisée en dehors du travail, la camionnette étant fournie par l’employeur) s’élève à 52 € mensuels, plus 45 € de crédit auto qu’il rembourse encore pour dix mois.
Ses impôts sur le revenu, prélevés à la source, représentent 38 € par mois. Au total, ses charges fixes atteignent environ 874 €, soit 45 % de son salaire net.
Les courses, l’essence et les petits plaisirs
Le budget alimentaire de Frédéric tourne autour de 320 € par mois pour lui et ses enfants durant les semaines où il en a la garde. Il fait ses courses chez Lidl et au Leclerc du coin, en privilégiant les promotions du jeudi.
« Je ne mange jamais au resto le midi, je prépare mes tupperwares la veille », confie-t-il. Cette discipline lui permet d’économiser une centaine d’euros chaque mois par rapport à ses collègues qui achètent des sandwichs.
L’essence de sa voiture personnelle lui coûte environ 95 € mensuels, un poste qu’il surveille de près depuis la hausse des prix. La camionnette de travail est intégralement prise en charge par son employeur.
Pour les loisirs et les sorties avec ses enfants, il prévoit un budget lissé de 90 € par mois : cinéma, parc d’attractions ou simple resto de temps en temps. Le shopping vêtements reste minimal, autour de 40 € mensuels.
Une fois par an, il part une semaine en camping dans la Somme avec ses enfants, un budget de 450 € qu’il étale en épargnant 38 € chaque mois sur un compte dédié.
Ce qu’il reste vraiment en fin de mois
Une fois le loyer, les charges, les courses et les loisirs déduits, Frédéric estime qu’il lui reste environ 120 à 150 € par mois. « C’est peu, mais je m’en sors sans découvert », précise-t-il.
Il n’a pas de véritable épargne de précaution constituée, hormis les 38 € mensuels dédiés aux vacances. « Je sais que je devrais mettre de côté pour les imprévus, mais avec le crédit auto qui se termine bientôt, ça va s’arranger », espère-t-il.
Son crédit auto, justement, sera remboursé dans dix mois. Il compte alors rediriger ces 45 € vers un livret d’épargne, en vue de renouveler sa voiture personnelle dans deux ou trois ans.
Pas de gros projet immobilier à l’horizon pour l’instant : « Amiens, c’est cher pour acheter quand on est seul avec des enfants un week-end sur deux. Je préfère louer et rester flexible. »
Un rapport à l’argent fait de discipline
« Je compte chaque euro, mais je ne me prive pas de l’essentiel pour mes enfants », résume Frédéric. Son salaire net se situe légèrement au-dessus du seuil de bas revenu, mais reste inférieur au salaire médian français, estimé à environ 2 100 € nets par mois selon l’Insee.
Sa situation illustre celle de nombreux salariés du transport et de la logistique, un secteur où certains métiers manuels rapportent parfois plus qu’un diplôme, mais où les marges de manœuvre budgétaires restent souvent limitées.