Dans les comptes de Yoann, électricien du bâtiment à Saint-Nazaire à 2 230 € nets par mois
Yoann a 34 ans, vit à Saint-Nazaire avec sa compagne et leur fille de 4 ans, et gagne 2 230 € nets par mois comme électricien dans une entreprise de bâtiment. Un salaire correct sur le papier, mais qui file vite quand on sait où il passe. Voici comment il répartit chaque euro.
Ce qui frappe en regardant ses comptes, ce n’est pas le loyer. C’est un poste que presque personne ne pense à anticiper dans son métier.
2 230 € nets : d’où vient vraiment l’argent ?
Yoann est salarié depuis neuf ans dans la même entreprise. Son salaire de base tourne autour de 1 980 € nets, auxquels s’ajoutent environ 150 € de primes de panier et de déplacement, et près de 100 € d’heures supplémentaires les mois chargés.

Sa compagne, assistante administrative à temps partiel, rapporte 1 150 € nets. Le foyer dispose donc d’environ 3 380 € par mois, mais Yoann précise que « c’est son salaire à lui qui porte l’essentiel des gros postes ». Il touche aussi 98 € d’allocations familiales, ce qui porte le total à 3 478 €.
Ce détail change la lecture de tout ce qui suit : on ne parle plus d’un budget solo, mais d’un équilibre à deux revenus très inégaux. Et c’est là que les dépenses fixes commencent à peser.
Les dépenses fixes qui avalent la moitié du budget
Le couple loue un appartement de 68 m² à Saint-Nazaire pour 780 € de loyer, charges comprises. La ville portuaire reste plus abordable que La Baule voisine, mais les prix ont grimpé ces dernières années. Viennent ensuite l’électricité et le chauffage à 95 €, l’assurance habitation à 22 € et internet avec mobile à 48 €.
Le poste qui pique, c’est la voiture. Yoann parcourt environ 1 600 km par mois pour rejoindre les chantiers, parfois à plus de 60 km. Entre l’assurance (68 €), le crédit de son utilitaire personnel (190 €) et l’entretien lissé (60 €), il dépense 318 € par mois avant même d’avoir rempli un seul réservoir.

S’ajoutent la mutuelle familiale à 112 €, la crèche à 215 € après aide, et 85 € d’abonnements divers : streaming, salle de sport de sa compagne, téléphone de la petite. Total des dépenses fixes : environ 1 675 €. Mais le plus étonnant se cache dans les dépenses du quotidien.
Courses, essence, plaisirs : là où ça déborde
Les courses alimentaires pour trois personnes reviennent à 520 € par mois. Yoann admet que « le drive, c’est pratique mais on dépense toujours plus qu’en magasin ». Les produits pour enfant et l’hygiène ajoutent 70 €.
L’essence, elle, représente 210 € mensuels, soit un des postes les plus lourds de son métier. Ses déplacements professionnels sont partiellement remboursés par les indemnités, mais pas suffisamment pour compenser la hausse des carburants.
Côté loisirs, le couple se limite à 140 € : un restaurant par mois, une sortie en famille, un peu de shopping. Les vacances sont lissées à 120 € mensuels, soit 1 440 € par an pour une semaine en camping dans les Landes. Au total, les dépenses variables atteignent 1 060 €.
Alors, que reste-t-il une fois la facture payée ? La réponse est moins sombre qu’on l’imagine, mais pas aussi confortable qu’on l’espère.
Ce qui reste en fin de mois : le moment de vérité
Revenus du foyer : 3 478 €. Dépenses fixes : 1 675 €. Dépenses variables : 1 060 €. Restent donc environ 743 € avant impôt à la source et prélèvements divers, qui représentent 285 € pour le couple. Il reste concrètement 458 € à épargner ou à affecter à des projets.
Yoann met 250 € sur un Livret A et 100 € sur un PEL ouvert pour leur fille. Le reste, environ 108 €, sert de tampon pour les imprévus : une panne de voiture, une facture dentaire, un cadeau d’anniversaire. « Je sais que je devrais épargner plus, mais avec une petite et un crédit voiture, on fait ce qu’on peut. »
Leur projet à moyen terme : acheter un petit pavillon dans la périphérie nazairienne. Avec 14 000 € d’épargne cumulée, ils sont encore loin de l’apport nécessaire, mais Yoann reste optimiste : « On a une marge, ce n’est pas la galère. »
Un budget serré ou confortable ?
Avec 2 230 € nets, Yoann gagne un peu plus que le salaire médian français, qui se situe autour de 2 100 € nets par mois pour un temps plein. Mais le poids de la voiture et d’une famille avec un seul vrai salaire rend l’équilibre fragile.
« Je gagne bien ma vie pour mon secteur, résume-t-il, mais je le dois à mes heures supplémentaires et à ma compagne. Sans ça, on serait à l’os. » Une phrase qui résume le quotidien de milliers de ménages français.
Si vous voulez voir comment d’autres métiers manuels s’en sortent, jetez un œil au budget de Sylvain, boulanger-pâtissier à Dieppe, qui révèle des arbitrages très différents. Et pour comparer avec un métier de terrain tout aussi exposé aux déplacements, les comptes d’Anouk, ingénieure du son à Villeurbanne, réservent quelques surprises.