Centre Pompidou en 1977 : un ancien parking, des tuyaux colorés et 25 000 visiteurs par jour
Imagine Paris en 1977. Au cœur de la capitale, un bâtiment tout en tuyaux colorés et en escalators extérieurs vient d’ouvrir ses portes, et la presse s’enflamme.
Presque cinquante ans plus tard, ce même bâtiment est fermé, vidé de ses œuvres et entouré d’un chantier à 463 millions d’euros. Entre les deux, une histoire de scandale, de foule et de surprises.
Un trou dans Paris, un parking et une bataille politique
Avant d’être un monument, le plateau de Beaubourg était surtout un grand vide. L’endroit abritait alors un parking, et on y projetait plutôt la construction d’une bibliothèque. Le quartier avait été jugé insalubre, et les Halles voisines venaient d’être rasées en 1970.
Le président Georges Pompidou voulait y installer un lieu de culture ouvert à tous. Un concours international est lancé en 1970. Le jury, présidé par Jean Prouvé, passe en revue 681 candidatures.
Le projet retenu est celui de Renzo Piano, Richard Rogers et Gianfranco Franchini. Il ne séduit pas franchement le commanditaire. Et ce n’est que le début des ennuis.

Les travaux démarrent en 1973. Pompidou meurt l’année suivante, et son successeur Valéry Giscard d’Estaing est réticent. Jacques Chirac, très proche de Pompidou, se bat pour que le chantier continue.
Le bâtiment finit par sortir de terre. Mais à quoi ressemblait-il vraiment le jour J ?
Le jour où Paris a découvert un « paquebot » à l’envers
Le 31 janvier 1977, Giscard inaugure le Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou. Le public entre à partir du 2 février. La façade, elle, choque : les structures et les installations techniques, d’ordinaire cachées, sont posées à l’extérieur.
Gaines, escaliers roulants géants, tuyauteries colorées : tout se voit. Riverains et passants sont stupéfaits, et la presse alimente la polémique. Certains visiteurs s’étonnent même de voir des échafaudages encore en place.
Pourtant, la foule suit. Le jour de l’inauguration, on compte environ 25 000 personnes. Et le plus surprenant, ce sont les prévisions de départ.

Prévu pour 5 000 visiteurs, il en a reçu cinq fois plus
Les sources ne donnent pas toutes le même chiffre, entre 5 000 et 8 000 visiteurs quotidiens prévus. Dans les deux cas, la réalité a tout balayé : environ 25 000 personnes par jour, sauf les mardis et le 1er mai.
Quelques mois après l’ouverture, Beaubourg devient, avec la tour Eiffel, le monument le plus visité de Paris. La bibliothèque publique voit défiler environ 10 000 lecteurs, qui patientent longtemps avant de trouver une place assise.
Cet engouement n’est pas un détail : il explique en partie la suite. Car un bâtiment qui reçoit trois à cinq fois plus de monde que prévu ne vieillit pas comme les autres.
Un phénomène comparable avait marqué la France de l’époque, comme le premier Carrefour de 1963, qui avait lui aussi bousculé les habitudes d’un pays entier.
2026 : un géant vide, et des œuvres déménagées
Aujourd’hui, le décor est inversé. Le bâtiment est fermé au public depuis novembre 2025, et ses œuvres ont été déménagées pour être protégées pendant les travaux.
Le chantier porte sur une rénovation complète, estimée à 463 millions d’euros. La réouverture est annoncée pour 2030. Les 25 000 visiteurs quotidiens ont laissé place aux grues et aux échafaudages, un clin d’œil involontaire à l’ouverture de 1977.
Le Centre a reçu plus de 150 millions de visiteurs depuis son ouverture, d’après le décompte cité par un forum d’architecture. Ce chiffre dit tout de l’usure qui s’est accumulée, mais ce n’est pas la seule raison de la fermeture.
Ce qui a forcé Beaubourg à fermer ses portes
Les normes de sécurité, d’accessibilité et de performance énergétique ont beaucoup évolué depuis les années 1970. La rénovation doit mettre le bâtiment aux normes, faciliter l’accès à tous les publics, réduire sa consommation d’énergie et moderniser ses installations techniques.
Le chantier prévoit aussi un désamiantage total. Face à cela, la ministre de la Culture avait résumé la situation : le bâtiment est « en souffrance ».
Autrement dit, ce qui faisait la force de Beaubourg, une structure montrée à nu et un accueil massif, est aussi ce qui l’a fatigué. Un bâtiment en avance sur son temps a fini par être rattrapé par lui.
Et dans 30 ans ?
En 1977, on se moquait de ses tuyaux colorés. En 2030, on rouvrira un bâtiment plus sûr, plus accessible et moins gourmand en énergie. Dans trente ans, nos enfants trouveront peut-être notre époque tout aussi dingue, avec nos écrans et nos files d’attente numériques.
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