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Fleming a redécouvert la pénicilline en 1928 : ce qui l’a rendue inefficace pendant douze ans n’était ni l’argent ni la guerre

Publié par Elsa Fanjul le 20 Sep 2026 à 19:03

Le 3 septembre 1928, un chercheur écossais rentre dans son laboratoire londonien après quelques semaines d’absence. Sur sa paillasse traîne une boîte de Petri oubliée, contaminée par une moisissure. Ce qu’il observe ce jour-là va, douze ans plus tard, changer la médecine pour toujours.

À retenir

  • La pénicilline est redécouverte accidentellement le 3 septembre 1928 par Alexander Fleming.
  • Ce n’est qu’en 1940 que l’équipe de Howard Florey et Ernst Chain parvient à produire assez de pénicilline purifiée pour traiter un organisme vivant.
  • Dès 1942, l’usine Eli Lilly de Terre Haute (Indiana) produit 40 milliards d’unités de pénicilline par mois.
Boîte de Petri avec moisissure et halo bactérien

Un chercheur mal rangé et une thèse oubliée depuis 1897

Alexander Fleming n’a rien d’un scientifique méticuleux. Ses collègues le décrivent comme un chercheur brouillon, qui laisse traîner ses cultures bactériennes sans grand soin. Cette négligence, souvent citée dans son histoire, va pourtant jouer un rôle décisif.

Bien avant lui, un médecin français nommé Ernest Duchesne avait déjà entrevu le potentiel des moisissures. En 1897, il publie une thèse intitulée Contribution à l’étude de la concurrence vitale chez les micro-organismes, où il étudie l’antagonisme entre la bactérie Escherichia coli et la moisissure Penicillium glaucum.

Cette thèse aurait pu changer le cours de la médecine trois décennies plus tôt. Elle sombre pourtant dans l’oubli total, sans que personne ne s’y intéresse. Il faudra attendre un autre homme, dans un autre laboratoire, pour que l’idée refasse surface.

Une boîte contaminée qui aurait dû finir à la poubelle

En rentrant de vacances ce 3 septembre 1928, Fleming retrouve ses boîtes de culture de staphylocoques envahies par une moisissure. Rien d’inhabituel en soi : une contamination de ce type finit généralement directement à la poubelle.

Mais Fleming remarque un détail. Autour de la moisissure, une zone claire s’est formée, comme si quelque chose empêchait les bactéries de proliférer à proximité. Les staphylocoques, partout ailleurs sur la boîte, refusent obstinément de pousser près du champignon.

Le chercheur identifie la moisissure comme appartenant au genre Penicillium. Il baptise la substance mystérieuse « pénicilline » le 7 mars 1929, un nom qu’il choisit lui-même pour éviter, dit-il, de répéter sans cesse l’expression « filtrat de bouillon de moisissure ». L’histoire pourrait s’arrêter là. Elle ne fait que commencer, et pas comme on pourrait s’y attendre.

Le vrai obstacle n’était ni la science ni l’argent

Ancien flacon de laboratoire posé sur étagère en pierre

On pourrait croire que Fleming, une fois sa découverte faite, s’est empressé de la transformer en traitement. C’est tout le contraire. Le chercheur écossais travaille plusieurs années à essayer de purifier son antibiotique, sans jamais y parvenir vraiment.

La substance est instable, difficile à isoler, produite en quantités infimes par la moisissure. Fleming finit par abandonner cette piste de purification, faute de résultats concrets. Sa découverte reste une curiosité de laboratoire, sans application médicale.

Ce n’est qu’en 1940, douze ans plus tard, qu’une équipe britannique reprend le flambeau. Le médecin australien Howard Florey, le chimiste Ernst Chain et le biologiste Norman Heatley parviennent enfin à produire suffisamment de pénicilline purifiée pour tuer des bactéries dans un organisme vivant.

Le véritable obstacle n’était donc ni un manque de moyens ni une impasse scientifique insurmontable : c’était l’abandon d’une piste que personne, pendant plus d’une décennie, n’a su relancer.

La formule exacte de la pénicilline est ensuite établie grâce aux travaux de Dorothy Hodgkin et Barbara Low à Oxford. L’industrialisation, elle, explose pendant la Seconde Guerre mondiale sous la direction du comité de recherche médical américain.

Dès 1942, l’usine Eli Lilly de Terre Haute produit 40 milliards d’unités de pénicilline par mois dans des réservoirs de 50 000 litres. En 1945, Fleming, Florey et Chain partagent le prix Nobel de physiologie ou médecine pour cette découverte à trois mains.

Aujourd’hui, la résistance bactérienne menace ce qui fut longtemps un traitement miracle : la proportion de pneumocoques résistants à la pénicilline est passée de 47 % en 2001 à 22,3 % en 2014, un recul que les autorités sanitaires attribuent aux campagnes de réduction des antibiotiques.

D’autres super bactéries menacent aujourd’hui l’Europe, selon l’ECDC, et un champignon mortel résistant aux traitements se propage déjà dans certains hôpitaux. Un siècle après la boîte de Petri oubliée de Fleming, la course entre médecine et bactéries est loin d’être terminée.

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