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50 centimes de moins par litre : ces Français dévalisent les rayons de jerricans pour une raison que les pompistes connaissent bien

Publié par Elodie le 11 Juin 2026 à 9:39
Coffre de voiture rempli de jerricans rouges en station-service

Près de la frontière espagnole, un phénomène étrange vide les rayons de certains magasins français. Les jerricans disparaissent à une vitesse record, et ce n’est pas pour stocker de l’eau. Avec 50 centimes d’écart par litre entre la France et l’Espagne, des milliers d’automobilistes ont trouvé leur parade — quitte à frôler l’illégalité.

Bayonne, épicentre d’une ruée inattendue sur les jerricans

Dans les Pyrénées-Atlantiques, les enseignes de bricolage vivent un moment surréaliste. Les étagères qui accueillaient autrefois des jerricans bien alignés sont désormais clairsemées, parfois totalement vides. Chaque arrivage déclenche une petite cohue.

Au Leroy Merlin de Bayonne, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Avant la flambée des prix, le magasin écoulait entre 10 et 15 jerricans par semaine. Aujourd’hui, ce sont 50 à 60 unités qui partent en quelques jours. Un bond spectaculaire qui a pris tout le monde de court.

Christophe de Guzman, chef de secteur jardin, résume la situation sans détour : « On n’était pas prêts à vendre autant de pièces. » L’enseigne doit jongler avec ses fournisseurs pour suivre la hausse de la demande, trouver des circuits d’approvisionnement rapides et éviter les ruptures de stock.

Le profil des acheteurs ? Varié. Un retraité confie devant la caméra de TF1 que c’est « juste pour aller en Espagne, c’est tout ». Un père de famille, lui, possède déjà deux bidons de 20 litres et vient en chercher un troisième. L’objectif est toujours le même : remplir le coffre de carburant à prix cassé de l’autre côté de la frontière.

Mais derrière cette chasse au litre bon marché se cache un détail que beaucoup préfèrent ignorer.

50 centimes de moins par litre : le calcul qui pousse des milliers de Français sur les routes espagnoles

L’écart de prix est massif. Depuis l’escalade du conflit au Moyen-Orient et ses répercussions sur le cours du pétrole, faire le plein en France est devenu un luxe pour beaucoup de ménages. En Espagne, l’essence et le gasoil coûtent en moyenne 50 centimes de moins par litre.

Faites le calcul. Sur un plein de 50 litres, l’économie atteint 25 euros. Ajoutez deux jerricans de 20 litres dans le coffre et vous repartez avec 20 euros supplémentaires en poche. Pour une famille qui fait le trajet régulièrement, les économies mensuelles deviennent significatives, un vrai coup de pouce au pouvoir d’achat.

Le phénomène n’est pas nouveau, mais son ampleur, si. Les stations-service espagnoles proches de la frontière voient défiler un flot continu d’immatriculations françaises. Certains automobilistes font le déplacement chaque semaine. D’autres combinent le plein avec des courses alimentaires, elles aussi moins chères.

Et puis il y a les bricoleurs du système. Un automobiliste, habitué des stations espagnoles depuis plus de 35 ans, avoue utiliser d’anciens bidons de gel hydroalcoolique pour transporter son carburant. Des contenants non homologués, mais qui ne lui ont jamais valu de contrôle. Du moins, pas encore. Car la frontière entre bonne affaire et danger réel est plus mince qu’on ne le croit.

Homme inquiet tenant un bidon non homologué près d'une pompe à essence

Bouteilles d’eau, bidons douteux : l’amende à 150 euros que personne ne veut voir

Les dangers liés à cette pratique sont pourtant bien documentés. Txomin Isa, gérant d’une station-service espagnole, voit défiler quotidiennement des contenants improbables. Bouteilles d’eau, jerricans de récupération, bidons alimentaires. « On voit vraiment de tout », soupire-t-il.

Son avertissement est clair : seuls les récipients homologués avec des matériaux résistants au carburant et des joints en caoutchouc spéciaux garantissent la sécurité. Le vrai risque ? Les vapeurs d’essence qui s’accumulent dans un coffre fermé sous la chaleur. Un cocktail potentiellement explosif, au sens littéral du terme.

La réglementation européenne est formelle. Transporter du carburant dans des contenants non homologués expose à une amende de 150 euros. De quoi annuler d’un coup les économies réalisées à la pompe. Et en cas d’accident, les conséquences dépassent largement le financier.

Malgré ces risques, la ruée ne faiblit pas. Les enseignes de bricolage adaptent leur logistique en temps réel, les stations espagnoles renforcent leurs contrôles, et les coffres français continuent de se remplir. Tant que l’écart de prix restera aussi vertigineux, aucun panneau d’avertissement ne suffira.

Quand faire le plein devient une expédition transfrontalière avec jerricans dans le coffre, c’est peut-être le signe que quelque chose ne tourne plus rond à la pompe. La vraie question : jusqu’où les prix du carburant en France devront-ils grimper avant qu’une solution nationale émerge enfin ?

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