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Les hommes ont une côte de moins que les femmes ? Le mythe d’Adam démonté par l’anatomie

Publié par Elsa Fanjul le 07 Oct 2026 à 13:01

Tu l’as entendu en cours de catéchisme, à la machine à café ou dans un dîner de famille : les hommes auraient une côte de moins que les femmes. La faute à Adam, qui aurait donné la sienne pour créer Ève.

Tout le monde connaît l’histoire, beaucoup la croient encore, et peu l’ont vérifiée. Il suffit pourtant de se compter les côtes pour trancher. Mais attention, la vraie surprise n’est pas dans le verdict.

Verdict : FAUX ❌, et c’est même réglé depuis 1543

Hommes et femmes ont exactement le même nombre de côtes. La plupart des humains en possèdent 12 paires, soit 24 au total, quel que soit leur sexe. Pas une de moins côté masculin, pas une de plus côté féminin.

Si une telle différence existait, elle sauterait aux yeux sur chaque radio du thorax. La radiographie existe depuis 1895, et aucune étude d’imagerie n’a jamais relevé d’écart systématique entre les sexes.

Tu peux vérifier chez toi : pose les mains sur les flancs et respire à fond. Tu sens tes côtes s’écarter, de chaque côté. Mais ces 24 côtes ne sont pas toutes pareilles, et c’est là que ça se corse.

Homme perplexe qui se tâte les côtes

Le décompte que ton prof de SVT n’a pas fait jusqu’au bout

Tes côtes se répartissent en trois familles. Les sept premières paires sont les « vraies côtes », reliées directement au sternum par du cartilage. Les trois suivantes, les « fausses côtes », s’accrochent aux côtes du dessus.

Les deux dernières paires sont les côtes flottantes. Leur extrémité avant reste libre, sans aucun point d’attache. C’est peut-être ce qui nourrit la confusion : quand on palpe le bas de la cage thoracique, on a l’impression qu’il « manque » quelque chose.

Il existe pourtant de vraies variations, et elles touchent les deux sexes. Mais elles vont dans un sens que personne n’imagine.

Ces gens qui ont vraiment une côte en trop (ou en moins)

On estime qu’entre 0,5 et 1 % de la population possède une ou deux côtes supplémentaires. Elles naissent de la septième vertèbre du cou, d’où leur nom de côtes cervicales. Le plus souvent, on ne s’en aperçoit jamais.

Quand elles compriment des nerfs ou des vaisseaux, une opération peut devenir nécessaire. À l’inverse, certaines maladies génétiques réduisent le nombre de côtes, notamment le syndrome de Goldenhar, et certaines personnes trisomiques peuvent en avoir moins de 24.

Dans tous les cas, cela n’a aucun rapport avec le fait d’être un homme ou une femme. Alors comment une idée aussi facile à démentir a-t-elle survécu des siècles ?

Comment un anatomiste a osé contredire la Bible

Pendant des siècles, personne n’a ouvert un corps pour compter. Le récit de la Genèse faisait office de preuve : Ève est tirée d’une côte d’Adam, donc les hommes en auraient une de moins. Logique, sauf que ça ne marche pas.

Au XVIe siècle, l’anatomiste flamand André Vésale dissèque des corps humains et les compte. Son verdict, publié en 1543, est limpide : même nombre chez les hommes et chez les femmes. Chaque génération d’anatomistes depuis a confirmé son résultat.

Il y avait un deuxième problème, plus biologique encore. Même si Adam avait perdu une côte, ce genre de modification acquise ne se transmet pas aux enfants. Un homme amputé d’un bras n’a jamais eu de fils manchot. Et ce n’est pas la fin de l’histoire.

Anatomiste de la Renaissance examinant une cage thoracique

Et si la « côte » d’Adam n’avait jamais été une côte ?

Voici la partie qui fait lever les sourcils. Selon une hypothèse d’un chercheur nommé Zevit, publiée en 2001 dans l’American Journal of Medical Genetics, le texte biblique parlerait d’autre chose. Le mot hébreu traduit par « côte » est polysémique et peut simplement vouloir dire « os ».

Il pourrait alors s’agir du baculum, l’os du pénis présent chez de nombreux mammifères, dont la plupart des primates. Le texte précise que la chair a été refermée après l’ablation, ce qui évoquerait le raphé, cette ligne qui parcourt le pénis.

Les spécialistes qui rapportent cette piste la décrivent comme facétieuse, pas comme une certitude. Mais elle montre à quel point une traduction peut fabriquer un mythe. Un seul mot mal rendu, et des millions de gens se tâtent les côtes depuis des siècles.

Pourquoi on y croit encore aujourd’hui

Ce mythe a tout pour survivre : il est simple, concret et se raconte en une phrase. Comme pour le pouce qui n’est pas un doigt, on le répète sans jamais le vérifier. Il suffirait pourtant de quelques instants.

Il rejoint la grande famille des croyances scolaires tenaces. Comme l’éternuement yeux ouverts, il circule par oral et personne ne songe à s’y opposer. Idem pour les 8 verres d’eau par jour, un chiffre aussi culte que sans fondement.

Et comme les épinards de Popeye ou l’autruche et le sable, il a une origine bien plus intéressante que la croyance elle-même.

Ce que tu peux dire au prochain dîner

Résumé express : FAUX. Hommes et femmes ont 24 côtes, en 12 paires, comme l’a constaté Vésale en 1543. Les rares écarts (côte cervicale, malformations génétiques) touchent les deux sexes et n’ont rien à voir avec Adam.

Et si on te répond « mais la Bible le dit », tu peux ressortir l’hypothèse du mot hébreu qui veut juste dire « os ». Maintenant, tu peux corriger tout le monde, avec le sourire.

Envie de continuer à démolir des certitudes ? Découvre si ton poisson rouge oublie vraiment tout en 3 secondes, ou ce que cache vraiment le verre qui est censé te réchauffer l’hiver.

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