Piétons distraits par leur téléphone : cette amende de 75 euros envisagée

On a tous fait ce geste : traverser la route les yeux rivés sur son écran, sans même lever la tête. En Italie, ce réflexe pourrait bientôt coûter cher. Le gouvernement transalpin planche sur une réforme du Code de la route qui vise directement les piétons distraits par leur smartphone. Et le montant de la sanction envisagée risque de faire grincer des dents.
Un ministre veut mettre fin à la distraction sur la chaussée
Le projet porte la signature de Matteo Salvini, ministre italien des Infrastructures et secrétaire fédéral du parti la Ligue. Son ambition : intégrer officiellement la notion de «distraction» dans le Code de la route italien, un concept qui n’existait jusqu’ici que pour les automobilistes.
L’idée sous-jacente est simple. Responsabiliser aussi les piétons, pas seulement les conducteurs. Un basculement culturel qui s’inscrit dans un climat où les usages du numérique s’invitent partout, y compris dans des espaces jusqu’ici épargnés, un peu comme cette tendance TikTok qui pousse certains à rouler à contresens pour un like.
Concrètement, le texte prévoit de sanctionner ceux qui utilisent leur téléphone en marchant sur la route ou en la traversant. Une pratique jugée à risque, notamment aux abords des passages piétons où l’attention est censée être maximale. La réforme ne s’arrête d’ailleurs pas au smartphone.
Selon le magazine automobile italien Quattroruote, les ordinateurs portables, tablettes et notebooks seraient également concernés par cette même interdiction. Un périmètre large qui montre à quel point le gouvernement veut couvrir tous les écrans du quotidien, pas seulement celui qu’on tient le plus souvent en main.
75 euros d’amende, mais des exceptions bien précises
Le montant évoqué pour cette infraction est de 75 euros. Une somme suffisamment élevée pour marquer les esprits, sans pour autant atteindre les tarifs réservés aux grands excès de vitesse.
Mais la loi, telle qu’elle est rédigée, prévoit plusieurs cas de figure où l’usage du téléphone reste toléré. En situation d’urgence, par exemple, personne ne sera sanctionné pour avoir dégainé son portable en pleine rue.
Sur le trottoir, aucun changement n’est prévu non plus. On peut continuer à consulter ses messages en marchant sur le côté, loin de la chaussée. Les dispositifs mains libres et les écouteurs restent eux aussi autorisés, à condition que le piéton conserve une audition adéquate pour percevoir les dangers environnants.
Reste une zone d’ombre de taille : le texte ne précise à aucun moment comment ces contrôles seraient réellement effectués sur le terrain. Une question pratique qui rappelle d’autres dispositifs de surveillance urbaine déjà en place, à l’image du réseau de vidéosurveillance déployé dans certaines grandes villes pour traquer les infractions routières.

Une responsabilité qui bascule aussi vers les piétons
Au-delà de l’amende, c’est tout l’équilibre juridique de la route qui pourrait changer. Si un piéton traverse en regardant son écran et provoque un accident, sa propre responsabilité pourrait désormais être engagée dans le litige.
Cette orientation n’est pas totalement nouvelle. Elle prolonge une décision rendue en 2023 par la Cour de cassation italienne, qui avait déjà établi qu’un conducteur pouvait voir sa responsabilité écartée en cas de faute manifeste du piéton. Le nouveau texte viendrait donc consolider cette jurisprudence dans la loi elle-même.
Le volet piéton n’est d’ailleurs qu’une partie d’un chantier bien plus vaste. Le ministère des Infrastructures prévoit aussi d’autoriser le dépassement par la droite sur autoroute, une pratique généralement proscrite ailleurs en Europe. Une mesure d’amendes progressives est également à l’étude pour les excès de vitesse : 10 euros par kilomètre-heure dépassé, un barème qui frapperait directement au portefeuille selon la gravité de l’infraction.
Pour l’instant, rien n’est acté. Le projet reste soumis à une consultation publique jusqu’au 13 septembre, auprès d’une centaine d’opérateurs et d’associations professionnelles. S’ils rendent un avis favorable, le texte devra ensuite passer devant le Parlement italien avant toute application concrète.
Un smartphone, une chaussée, et potentiellement 75 euros de plus sur l’addition. Voilà le nouveau visage de la prudence routière version italienne. Reste à savoir si d’autres pays européens s’inspireront un jour de cette idée pour leurs propres passages piétons.