L’Arabie saoudite veut construire un parc d’attraction géant en France, et le Puy du Fou hurle au loup

Un parc d’attractions géant consacré à Dragon Ball, financé par l’Arabie saoudite, sur le sol français : l’idée peut sembler folle, mais elle circule bel et bien dans les couloirs de l’Élysée depuis plusieurs mois. Et elle ne passe pas partout.
Face à ce projet encore flou, une voix s’élève avec force : celle du Puy du Fou. Son président dénonce une opération d’influence culturelle déguisée en loisirs. Reste à comprendre ce que cache vraiment ce dossier, et pourquoi il fait déjà autant de bruit.
Un parc fantôme qui pourrait renaître sous influence saoudienne
Tout part d’un terrain chargé d’histoire. Mirapolis, le premier parc d’attractions de France, avait ouvert en grande pompe en 1987 à Courdimanche, dans le Val-d’Oise, inauguré par Jacques Chirac en personne. Conçu pour accueillir 2,5 millions de visiteurs par an, il n’en a jamais vu que 600 000 au plus fort de son activité.
Résultat : fermeture en 1991, après seulement quatre saisons, laminé par la concurrence d’EuroDisney et une fréquentation en berne. Depuis, le site attend un nouveau souffle.
Selon les informations de Politico et du Parisien, l’Élysée discuterait depuis des mois avec l’Arabie saoudite pour relancer le lieu. Le projet serait porté par Qiddiya Investment, filiale du fonds souverain saoudien PIF. Aucune date ni montant d’investissement n’ont pour l’instant été confirmés officiellement, mais la piste inquiète déjà certains acteurs français du secteur des loisirs.
Pourquoi Dragon Ball, et pourquoi ça agace le Puy du Fou
Si le thème du futur parc n’est pas officiellement tranché, une hypothèse revient en boucle : Dragon Ball, le manga culte d’Akira Toriyama, star absolue du Club Dorothée dès 1987. Et pour cause : Qiddiya Investment construit déjà un parc dédié à cette œuvre… en Arabie saoudite. La France, deuxième pays lecteur de mangas au monde après le Japon, coche toutes les cases pour un projet similaire.
« On voit que l’Arabie saoudite a une vision, une stratégie culturelle, ils savent très bien ce qu’ils font », alerte Nicolas de Villiers, président du Puy du Fou, sur RMC. « En investissant dans les loisirs en France, leur objectif est l’influence par la culture. »
Son message est clair : « Ne laissons pas ces cultures étrangères prendre le pas. » Une sortie qui tranche avec l’enthousiasme de certains fans. « J’ai grandi avec Dragon Ball, je suis de la génération 83. On attendait le mercredi pour pouvoir regarder », témoigne Souleimane, 43 ans, sur RMC Story. Même la région Île-de-France y voit une opportunité : « Ce serait une très bonne nouvelle pour le Val-d’Oise, qui manque d’investissements étrangers. »

« On va diluer notre identité » : le vrai fond du débat
Au-delà de la polémique géopolitique, c’est un débat sur l’identité culturelle française qui se joue en coulisses. Luc de Villiers, du Puy du Fou, ne rejette pas le manga en lui-même : « On peut aimer cette civilisation japonaise, mais la priorité sur le sol français, c’est de faire la promotion de tout ce qui peut constituer notre personnalité. »
Il cite en exemple le succès des films consacrés au général de Gaulle, La Bataille de Gaulle : l’âge de fer et sa suite J’écris ton nom, preuve selon lui qu’il existe « de la place dans les souvenirs communs, le patrimoine, pour faire de nombreux parcs de loisirs » made in France.
Sa conclusion résume tout : « Je ne nie pas la réalité économique qui est formidable mais il ne faut pas que ça prime. On va diluer notre identité en se laissant grignoter. » Nicolas de Villiers va plus loin encore, regrettant qu’aucun porteur de projet français n’ait émergé : « En France, il y a des talents, des créatifs, toutes les compétences pour proposer un projet qui nous permette de continuer à aimer notre identité française. »
Le dossier reste pour l’instant au stade des discussions, sans calendrier ni budget officiels. Mais la bataille culturelle, elle, a déjà commencé.
Un site fermé depuis plus de trente ans peut-il vraiment relancer une guerre d’influence entre la France et le Golfe ? La question, elle, est bien réelle. Et vous, un parc Dragon Ball made in Arabie saoudite sur le sol français, séduction ou trahison culturelle ?