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Écotaxe : la France a payé plus d’un milliard d’euros pour des portiques qui n’ont jamais servi une seule fois

Publié par Elodie le 16 Juil 2026 à 8:48
Portique routier rouillé abandonné sur une nationale française

Douze ans qu’ils rouillent en silence au bord des nationales françaises. Ces immenses armatures métalliques hérissées de caméras devaient un jour taxer les poids lourds. Elles n’ont jamais rempli leur mission, pas une seule journée, et pourtant la facture, elle, est bien réelle : plus d’un milliard d’euros envolés pour rien.

Un projet ambitieux qui n’a duré que quelques semaines

En 2013, l’État français installe 174 portiques à travers tout le territoire. L’objectif : faire payer les camions au prorata des kilomètres parcourus, comme le pratiquent déjà l’Allemagne, l’Autriche ou la Belgique depuis des années.

Le mécanisme retenu est plus retors qu’il n’y paraît. Les portiques ne perçoivent rien directement : ils ne servent qu’à vérifier qu’un boîtier GPS embarqué équipe bien chaque poids lourd. Ce sont de simples sentinelles, chargées de surveiller sans jamais encaisser un centime elles-mêmes.

Le contrat avec le consortium Ecomouv’ avait pourtant été signé dès 2011, après des années de préparation minutieuse. Mais quelques semaines après le déploiement, le mouvement des Bonnets rouges bretons, né dans un contexte de crise agroalimentaire, fait plier le gouvernement. Trois ans de travail administratif, quelques semaines d’existence sur le terrain, et zéro euro de taxe perçue au final. Un contraste presque absurde, comme le détaille cette enquête complète sur le fiasco.

La véritable hémorragie financière, ce n’est pas l’installation qui l’a provoquée. C’est la façon dont l’État a ensuite rompu son engagement, comme le rappelle l’analyse détaillée des Contribuables associés.

Le vrai gouffre financier révélé par la Cour des comptes

Le 30 octobre 2014, la ministre de l’Écologie Ségolène Royal acte la résiliation du contrat avec Ecomouv’. Sortir d’un engagement signé avec un consortium franco-italien, mené par Autostrade et associé à Thales ou la SNCF, a un prix. Et ce prix, la Cour des comptes l’a chiffré sans détour.

L’addition atteint 957,58 millions d’euros d’indemnités versées à la compagnie et ses partenaires, auxquels s’ajoutent 70 millions d’euros de frais de mise en œuvre puis de démontage du système. Pour éviter de plomber d’un coup les comptes publics, la note a été étalée dans le temps : 518 millions payés en 2015, les 440 millions restants versés entre 2016 et 2024, avec un surcoût de 35 millions lié aux intérêts de la dette.

L’État a donc payé des intérêts sur une dette née d’un projet qui n’a jamais généré le moindre centime de recette. Et ce n’est que la partie visible du problème : le manque à gagner sur la période d’exploitation prévue atteint 9,83 milliards d’euros selon la Cour des comptes, un argent qui devait financer les infrastructures de transport françaises.

Pour compenser ce trou béant, le gouvernement a préféré taxer ailleurs : une majoration de la TICPE de 4 centimes par litre de gazole a été instaurée pour les poids lourds dès janvier 2015. Une solution jugée mal ciblée par la Cour des comptes, puisqu’elle pénalise davantage les transporteurs français que les camions étrangers visés à l’origine.

Documents administratifs et calculatrice sur bureau en bois

Des portiques bradés que personne n’ose démonter

Que fait-on de 174 structures d’acier, de centaines de bornes de contrôle et d’un centre informatique dernier cri quand le projet qu’ils devaient servir n’existe plus ? On les vend à perte, faute de mieux.

L’ensemble du matériel, portiques, bornes et 720 000 boîtiers destinés aux camions, avait coûté 652 millions d’euros. Lors de la revente, le résultat frôle le ridicule : les serveurs informatiques ont été bradés à 2% de leur coût d’acquisition, le mobilier du centre Ecomouv de Metz vendu à 17% de sa valeur. Au total, l’État n’a récupéré que 2,19 millions d’euros.

Restent les portiques eux-mêmes, ces carcasses qu’on n’ose ni garder ni jeter. Un appel d’offres lancé en 2015 pour les démanteler n’a débouché sur rien, faute d’entreprise retenue, et l’État a fini par annuler le marché début 2016. Le démantèlement coûterait aujourd’hui environ 7 millions d’euros supplémentaires, une somme dérisoire à l’échelle du gâchis mais politiquement impossible à assumer.

Le contraste avec l’Allemagne agace d’autant plus. Outre-Rhin, un système équivalent a permis de faire chuter la pollution du parc de poids lourds, la part des véhicules les moins polluants passant de 1% en 2005 à 49% en 2009. En France, il ne reste que des sentinelles de métal qui rouillent, pendant que 250 000 poids lourds étrangers traversent chaque année le pays sans jamais contribuer à l’entretien des routes.

Douze ans après, ces portiques restent le symbole parfait d’un projet mort-né qui continue pourtant de coûter cher. Aucun gouvernement n’ose les démonter, aucun n’a intérêt à les garder. Combien d’autres chantiers publics dorment ainsi, entre deux décisions, en attendant que quelqu’un ose enfin trancher ?

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