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Ce médicament que 67 millions de Français utilisent coûte moins cher qu’une baguette… et ça pourrait changer

Publié par Elodie le 04 Juin 2026 à 10:27
Boîte de paracétamol posée à côté d'une baguette sur un comptoir de pharmacie

Une boîte de paracétamol en France coûte 76 centimes. Moins qu’une baguette, moins qu’un café au comptoir, moins que tout ce qui semble raisonnable pour un médicament fabriqué sur le sol français. La patronne du laboratoire Upsa vient de monter au créneau sur BFM Business pour réclamer 10 centimes d’augmentation. Derrière ce chiffre dérisoire se cache un bras de fer industriel qui pourrait bouleverser votre passage en pharmacie.

430 millions de boîtes vendues, et un prix qui ne bouge pas depuis des années

Le paracétamol, c’est le réflexe national. Mal de tête, fièvre, douleurs passagères : on en a tous une boîte qui traîne dans un tiroir. En 2024, l’Assurance maladie a remboursé plus de 430 millions de boîtes. Un chiffre vertigineux, qui fait du Doliprane l’antalgique le plus consommé du pays, et de loin.

Sauf que le tarif réglementé, lui, reste figé. Isabelle Van Rycke, présidente d’Upsa, l’a résumé avec une formule qui pique : une boîte de paracétamol vaut aujourd’hui moins cher qu’une baguette de pain. Et ce prix, c’est l’État qui le fixe. Le laboratoire n’a pas la main dessus, il subit.

Le problème, c’est que les contraintes financières ne cessent de s’alourdir. Produire en France coûte plus cher qu’en Asie, et les marges fondent comme neige au soleil. Résultat : une équation industrielle devenue quasi intenable pour un médicament vendu à un prix symbolique.

Upsa réclame 10 centimes pour sauver ses usines d’Agen

Lors de son intervention sur BFM Business le 1er juin, Isabelle Van Rycke n’a pas mâché ses mots. Elle demande à l’État de « prendre ses responsabilités ». Son argument est simple : Upsa fabrique 100 % de ses médicaments en France, emploie près de 1 900 salariés dans le Lot-et-Garonne et paie ses impôts sur le territoire.

L’entreprise est même le premier employeur privé du département. Depuis 90 ans, ses usines d’Agen tournent. Le principe actif vient encore de Chine, des États-Unis ou d’Inde, mais tout le processus de fabrication est tricolore. Et la dirigeante promet une relocalisation complète à l’horizon 2027.

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Sauf que produire ici n’a pas le même coût que produire en Asie. Et ça, les pouvoirs publics doivent l’entendre. Dix centimes par boîte, c’est la bouffée d’oxygène réclamée pour que le modèle économique ne s’effondre pas. Pas une fortune, mais un signal politique fort.

Ligne de production dans une usine pharmaceutique moderne

1,4 milliard d’économies imposées : le secteur pharmaceutique au bord de la rupture

Des milliers de Français l’ignorent, mais le déficit de la Sécurité sociale a doublé entre 2023 et 2025. Pour compenser, l’État taille dans les budgets. Cette année, l’effort imposé au secteur pharmaceutique atteint 1,4 milliard d’euros. Les génériques et les dispositifs médicaux à eux seuls absorbent 400 millions de coupes.

Le Leem, qui représente les laboratoires, tire la sonnette d’alarme. Le syndicat parle d’une « pénurie silencieuse » qui menace. Pas de ruptures spectaculaires en pharmacie, mais un tissu industriel qui se fragilise en silence, usine après usine.

Car le cercle est vicieux : des prix trop bas découragent la production locale, ce qui renforce la dépendance aux importations, ce qui fragilise la souveraineté sanitaire. Exactement le scénario que la crise du Covid avait révélé. Isabelle Van Rycke le sait, et elle joue cette carte avec habileté.

Alors, 86 centimes au lieu de 76 pour une boîte de Doliprane, c’est le prix à payer pour garder nos usines. Reste à savoir si l’État préférera économiser quelques centimes par boîte ou sauver un modèle industriel que trois générations de salariés lot-et-garonnais ont construit. Et vous, vous seriez prêt à payer dix centimes de plus pour que votre Doliprane reste made in France ?

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