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Elle commande 341 rames pour 3 milliards d’euros et les veut plus larges : 1 300 quais sur 8 700 sont devenus trop étroits, facture de 50 millions

Publié par Elodie le 06 Nov 2026 à 7:54

Imaginez un client qui rédige lui-même le cahier des charges de sa voiture de rêve, la commande à 3 milliards d’euros, puis découvre qu’elle ne rentre pas dans son garage. C’est, à peu près, ce qui est arrivé à la SNCF.

Et le plus savoureux, c’est que personne ne l’a vu venir avant que les trains soient commandés.

Le jour où 341 trains ont rendez-vous avec un quai

Nous sommes en 2009-2010. La SNCF passe commande de 341 rames régionales : 182 Regiolis chez Alstom et 159 Regio 2N chez Bombardier, fabriquées à Crespin, dans le Nord. Le tout pour environ 3 milliards d’euros.

L’objectif est de moderniser le parc des TER. Les nouveaux trains doivent être plus confortables et plus spacieux. Ils sont donc plus larges, d’une vingtaine de centimètres selon Le Canard enchaîné, pour combler l’écart entre le train et le quai selon des normes vieilles d’une trentaine d’années.

Sur le papier, tout est logique. Alors où est le problème ? Il se cache dans un détail que personne n’a pensé à vérifier.

Qui a écrit les dimensions ? La réponse fait mal

Train régional trop proche d'un quai de gare ancien

Selon Le Canard enchaîné, ce sont les équipes de la SNCF qui ont elles-mêmes fixé les dimensions des rames dans le cahier des charges. Les constructeurs ont donc livré ce qu’on leur demandait, à la lettre.

Le problème ne vient pas des usines, mais des gares. Les plus anciennes ont été construites bien avant ces normes, avec des bordures de quai très proches des voies. Résultat : un train plus large y passe trop près, voire pas du tout.

Le journal satirique écrit que « les savants ingénieurs de la SNCF ont omis de vérifier la réalité sur le terrain ». Et ce n’est que le début de l’addition.

20 mai 2014 : l’affaire éclate

Les 20 et 21 mai 2014, l’histoire sort dans la presse. La SNCF et Réseau ferré de France (RFF) ne cherchent pas à nier : dans un communiqué, elles confirment qu’il faut moderniser 1 300 des 8 700 quais du réseau ferré français.

Le coût estimé est de 50 millions d’euros. L’Association des régions de France, présidée alors par Alain Rousset, évoque de son côté 1 200 quais trop proches des voies.

Le secrétaire d’État aux Transports, lui, trouve la formule qui fera le tour des rédactions : la situation est « comiquement dramatique ». On a connu des euphémismes plus discrets.

Raboter un quai, ça veut dire quoi au juste ?

Techniciens mesurant le bord d'un quai de gare

Rassurez-vous, personne n’a pris une pelleteuse pour éventrer 1 300 gares. Le porte-parole de RFF, Christophe Piednoël, a détaillé sur France Info la nature des travaux.

Selon lui, cela peut consister à raboter un quai de quelques centimètres, ou à déplacer une armoire électrique un peu trop proche du bord. Des interventions parfois modestes, mais à multiplier par plusieurs centaines de gares.

Il a aussi usé d’une image restée célèbre : c’est comme si vous achetiez une Ferrari et découvriez que votre garage n’a pas la taille pour l’accueillir, parce que vous n’aviez pas de Ferrari avant. Il a ajouté que le problème avait été découvert « un peu tardivement » et que RFF faisait son mea culpa.

Un chantier à mener avant que les rames arrivent

Reste une question de calendrier. Les rames devaient entrer en service progressivement jusqu’à fin 2016. Les travaux ont donc été étalés sur trois ans, entre fin 2013 et fin 2016, au rythme des livraisons.

Au moment où l’affaire éclate, environ 300 quais ont déjà été traités. Il en reste donc près d’un millier à reprendre, en parallèle du reste du trafic.

Faut-il y voir un scandale ou une simple erreur de coordination entre deux mondes qui ne se parlaient pas assez ? À vous de juger. Pour une autre histoire où un détail administratif change tout, vous pouvez aussi jeter un œil à ce changement qui touche des millions de foyers.

Ce que cette histoire dit de nos grands projets

Ouvrier rabotant le bord d'un quai ferroviaire

Ce fiasco ferroviaire a un côté universel. On commande, on construit, on livre, et personne ne vérifie que le décor est prêt à recevoir la nouveauté. Les 50 millions d’euros n’ont rien de dramatique à l’échelle de 3 milliards, mais le symbole, lui, a marqué.

Et vous, vous prenez le TER ? La prochaine fois que vous patientez sur un quai, regardez la bordure : elle a peut-être été rabotée juste pour vous laisser passer le train. Et si vous aimez les histoires où l’argent public file en coulisses, ce dossier sur la facture d’électricité devrait vous intéresser.

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