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Ce bol que beaucoup de Français laissent dehors pour les hérissons peut leur être fatal

Publié par Mathieu le 08 Oct 2026 à 16:06

Chaque automne, le même geste se répète dans des milliers de jardins. Il part d’une excellente intention, et c’est bien le problème.

Un soir d’octobre, à la tombée de la nuit. Un bruissement dans les feuilles, une petite silhouette ronde qui trottine le long de la haie, un museau pointu qui fouille la pelouse. Un hérisson. Ce visiteur discret attendrit tout le monde, et beaucoup ont aussitôt le même réflexe : filer à la cuisine et poser quelque chose dehors pour l’aider à prendre des forces avant l’hiver.

L’intention est touchante. Mais selon ce que l’on met dans cette soucoupe, on peut lui rendre un très mauvais service, au pire moment de l’année pour lui. Avant d’y venir, il faut comprendre pourquoi les hérissons sont si visibles en ce moment, et pourquoi chaque repas compte autant pour eux.

Pourquoi vous croisez autant de hérissons en ce moment

Si vous avez l’impression d’en voir plus souvent ces dernières semaines, vous ne rêvez pas. L’automne est pour le hérisson d’Europe une véritable course contre la montre. Il se prépare à hiberner, une longue période de sommeil qui s’étend, selon les régions et les conditions météo, d’octobre-novembre jusqu’au printemps.

Pour tenir pendant tous ces mois sans manger, il doit accumuler des réserves. Son poids varie énormément au fil de l’année : un hérisson qui sort d’hibernation pèse souvent autour de 500 à 600 grammes, alors qu’il peut dépasser le kilo à la fin de la belle saison. Toute cette graisse, il doit la constituer maintenant.

Résultat : il est plus actif, il cherche à manger avec insistance, et il n’hésite plus à s’aventurer près des maisons. Ce petit animal peut parcourir plusieurs kilomètres en une seule nuit, de jardin en jardin, à la recherche d’insectes, de vers et de limaces.

C’est donc précisément à cette période, quand chaque gramme compte, qu’un mauvais repas peut tout compromettre. Mais avant d’arriver à la cuisine, le hérisson doit d’abord survivre à votre jardin.

Le jardin d’automne, un parcours semé d’embûches

Pour nous, un jardin est un lieu paisible. Pour un hérisson, c’est un terrain où les dangers se cachent un peu partout, et l’automne en ajoute de nouveaux.

La tonte et le débroussaillage. Le hérisson aime se cacher dans les herbes hautes et au pied des haies. Quand il se sent menacé, il ne s’enfuit pas : il se met en boule. Face à une lame de tondeuse ou de débroussailleuse, ce réflexe ne le protège de rien. Les robots tondeurs sont particulièrement redoutés des associations, car ils tournent souvent la nuit, à l’heure exacte où le hérisson sort. Le conseil est simple : ne pas les faire fonctionner la nuit.

Le tas de feuilles qu’on brûle. Pour un hérisson, un tas de feuilles mortes ou de branchages est un abri idéal, voire un futur nid d’hibernation. Y mettre le feu sans regarder ce qu’il y a dessous peut avoir des conséquences dramatiques.

La piscine et la mare. Le hérisson sait nager, mais il est incapable de remonter le long d’une paroi lisse. Un bassin sans rampe de sortie peut devenir un piège mortel.

Les produits chimiques. Pesticides, anti-limaces, désherbants : en éliminant les insectes et les limaces, on prive le hérisson de sa nourriture, et on risque de l’empoisonner au passage.

Tout cela, beaucoup de jardiniers le savent déjà. Pourtant, le danger le plus courant n’est pas dans cette liste. Il ne se trouve pas dans l’abri de jardin, mais dans le réfrigérateur.

Le lait, la fausse bonne idée qui peut le tuer

C’est le geste que l’on a tous vu dans les dessins animés et les livres d’enfants : une petite soucoupe de lait posée devant le hérisson, qui la lape avec gratitude. L’image est charmante. Elle est aussi complètement fausse.

Le lait de vache est à proscrire. La LPO (Ligue pour la protection des oiseaux), qui recueille chaque année des hérissons en détresse dans ses centres de soins, le répète à chaque automne : il ne faut jamais nourrir un hérisson avec du lait. Comme beaucoup de mammifères sauvages adultes, il ne digère pas le lactose. Le lait lui provoque de fortes diarrhées, donc une déshydratation, et cela chez un animal qui a justement besoin de toutes ses forces pour affronter l’hiver. Certaines fiches de protection de la faune vont jusqu’à qualifier ces aliments de mortels pour lui.

Le pain ne vaut pas mieux. Il remplit l’estomac sans rien apporter de ce dont le hérisson a besoin. Un animal rassasié de pain arrête de chercher les insectes et les vers qui le nourrissent vraiment, et il arrive à l’hiver sans les réserves nécessaires.

Alors, que faut-il mettre dans la soucoupe ?

De l’eau, tout simplement. C’est le meilleur cadeau à lui faire, surtout après un été et un début d’automne secs. Une coupelle d’eau fraîche, peu profonde, posée au sol et renouvelée régulièrement.

Et pour la nourriture ? Les associations rappellent d’abord qu’un hérisson sauvage en bonne santé sait se nourrir seul, et qu’il vaut mieux ne pas le rendre dépendant. Si vous tenez à donner un coup de pouce, quelques croquettes pour chat, à base de viande, sont une option bien plus adaptée que le lait ou le pain, à proposer avec modération.

Si vous aimez observer la faune de votre jardin, les oiseaux aussi ont besoin d’un coup de pouce à l’approche du froid, et là encore, ce sont les bons gestes qui comptent plus que les bonnes intentions.

Comment l’aider vraiment à passer l’hiver

Bonne nouvelle : aider un hérisson ne demande ni argent ni grands travaux. Il suffit souvent d’en faire un peu moins.

Laissez un coin sauvage. Un tas de feuilles mortes, quelques branchages au fond du jardin, une haie qu’on ne taille pas à ras : c’est exactement ce que le hérisson recherche pour construire son nid d’hibernation. Ce petit désordre assumé peut lui sauver la vie.

Ouvrez-lui le passage. Pour trouver assez de nourriture, le hérisson a besoin de circuler d’un jardin à l’autre. Une petite ouverture au ras du sol, en bas d’une clôture ou d’un grillage, lui permet de passer sans encombre. La LPO détaille les dimensions conseillées dans ses fiches pratiques.

Sécurisez les pièges. Une planche inclinée ou une petite rampe au bord d’un bassin, un regard d’égout couvert, un filet de jardin rangé : autant de gestes qui évitent les accidents.

Et si vous en voyez un en plein jour ? Un hérisson qui se promène de jour à l’automne n’est pas forcément en danger, mais ce comportement doit attirer l’attention. Le premier réflexe est d’observer sans toucher. S’il semble blessé, très maigre, immobile ou titubant, contactez un centre de soins pour la faune sauvage, comme ceux de la LPO, qui vous indiquera la marche à suivre.

Ne le gardez pas chez vous. Aussi mignon soit-il, le hérisson d’Europe est une espèce intégralement protégée en France (article L411-1 du code de l’environnement). Il est interdit de le capturer ou de le garder, même avec les meilleures intentions. Ses populations sont d’ailleurs en déclin, victimes notamment de la circulation routière et de l’urbanisation qui grignote son habitat.

Cet automne, si une petite boule de piquants traverse votre pelouse, vous saurez quoi faire : une coupelle d’eau, un tas de feuilles, une clôture entrouverte. Et surtout, le lait reste dans le frigo. Votre jardin pourrait bien devenir le refuge où il passera l’hiver, avant de revenir vous rendre visite au printemps.

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