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À 40 mètres de profondeur, le cœur de cette baleine ralentit à seulement 5 battements par minute

Publié par Cassandre le 12 Juil 2026 à 17:39
Rorqual commun plongeant en profondeur avec balise scientifique

Imagine un cœur qui passe de 25 à moins de 5 battements par minute en quelques secondes. C’est exactement ce qui arrive à une baleine dès qu’elle plonge. Pendant des années, personne n’avait réussi à capturer ce signal chez un animal sauvage en pleine mer. Une équipe de chercheurs français y est enfin parvenue, et le résultat dépasse leurs propres attentes.

Un mystère vieux de plusieurs décennies sur le cœur des cétacés

Tout est parti d’une question bien différente. Aurélie Célérier, chercheuse à l’Université de Montpellier, et son équipe voulaient comprendre comment les dauphins et les baleines perçoivent les odeurs et les goûts.

Ces animaux sont réputés pour leur monde acoustique, mais leurs autres sens restent largement méconnus. Les comportements observés étant parfois trop discrets pour être mesurés, l’idée d’ajouter des données physiologiques a émergé.

Encore fallait-il un dispositif capable de capter l’activité cardiaque d’un animal plongeant jusqu’à 500 mètres sous l’eau. C’est là qu’intervient Angelo Torrente, chercheur au CNRS spécialiste du cœur chez les animaux de laboratoire. Leur rencontre, en avril 2021, a tout déclenché. Restait à transformer une intuition en outil de terrain fiable, et ça, personne ne l’avait encore fait à cette échelle sur un grand cétacé libre en mer.

Quatre ans d’échecs avant le signal qui change tout

Le chemin a été long. Il aura fallu près de quatre ans de tâtonnements méthodologiques pour aboutir à un capteur exploitable. Les premiers essais se sont déroulés sur des dauphins, des orques et des bélougas hébergés dans des parcs zoologiques, entraînés à rester immobiles.

Angelo Torrente est devenu, selon ses propres mots, à la fois sculpteur de silicone et soudeur d’électrodes. Après deux ans d’efforts, un dispositif d’enregistrement d’électrocardiogramme non invasif devient enfin fiable, capable de détecter les variations cardiaques selon les phases d’apnée ou les récompenses alimentaires.

Restait l’étape la plus périlleuse : adapter ce système aux conditions imprévisibles du grand large, sur des baleines sauvages qui ne se laissent pas approcher aussi facilement qu’un animal de parc. L’équipe intègre alors le capteur cardiaque dans une balise multicapteurs déjà utilisée pour suivre mouvements, profondeur, sons et vidéo.

Des missions sont lancées à Madagascar et à Maui pour étudier les baleines à bosse. Mais météo défavorable, animaux fuyants, balises perdues après leur détachement : pendant près d’un an, aucun signal exploitable n’émerge des enregistrements.

Chercheur sur zodiac tenant une perche de tagging en mer

La nuit où le cœur du rorqual s’est enfin révélé

Le déclic arrive en août 2025, au large du Var, à bord du Blue Panda, le navire du WWF, lors d’une mission dédiée aux rorquals communs de Méditerranée. Depuis un zodiac, l’équipe parvient à fixer sa balise de dernière génération, à l’aide d’une perche de six mètres, sur le dos d’une femelle d’environ 16 mètres.

La balise se détache le soir même. Localisée grâce à son signal, elle est récupérée peu avant la tombée de la nuit. Le téléchargement des données s’éternise, suivi par Angelo Torrente jusque tard dans la nuit. À quatre heures du matin, il réveille toute l’équipe : le signal ECG dure cinq heures et il est parfaitement exploitable.

L’analyse révèle une bradycardie extrême dès la descente : le cœur passe de 25 à moins de 5 battements par minute entre la surface et 40 mètres de profondeur.

À l’inverse, une tachycardie jusqu’à 25 battements par minute apparaît lors des efforts de nage, des interactions sociales, ou même lors de l’exposition au bruit du zodiac des chercheurs. Ce dernier point ouvre une piste inattendue : mesurer directement le stress causé par le trafic maritime sur ces animaux menacés.

Ce battement presque à l’arrêt raconte à lui seul toute l’histoire d’un animal qui a appris à économiser chaque parcelle d’oxygène pour explorer les profondeurs. Reste à savoir ce que ces cœurs révéleront encore, une fois suivis sur d’autres rorquals, dans d’autres mers, face à d’autres bruits humains.

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