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Trois minutes après sa mère, son petit dauphin refait exactement le même geste avec un coquillage géant

Publié par Elsa Fanjul le 06 Oct 2026 à 17:09
Dauphine et son petit nageant près d'un coquillage

Un poisson coincé dans une coquille géante, une mère qui remonte le tout à la surface, et son petit qui débarque trois minutes plus tard pour refaire exactement le même geste. La scène a été filmée au large d’Hervey Bay, sur la côte est de l’Australie, un endroit où personne n’avait jamais documenté ce comportement chez les dauphins. Ce que révèle cette vidéo dépasse largement l’anecdote animalière.

Un poisson, une coquille géante, et un geste qu’on croyait réservé à une seule baie australienne

La technique s’appelle le « shelling ». Un dauphin poursuit un poisson jusque dans une grande coquille vide, souvent celle d’un escargot de mer géant. Il la remonte ensuite à la surface avec son rostre, puis la secoue pour faire glisser sa proie directement dans sa gueule.

Jusqu’à présent, ce comportement n’avait été publié scientifiquement qu’à Shark Bay, en Australie-Occidentale, à des milliers de kilomètres de là. Les chercheurs pensaient ce savoir-faire limité à une seule population isolée, transmise génération après génération dans un coin très précis de l’océan.

Les observations menées par l’University of the Sunshine Coast dans le parc marin de Great Sandy changent la donne. Elles étendent la présence documentée du shelling à l’autre côté du continent australien, preuve que ce genre d’intelligence animale, un peu comme chez les éléphants et leur mémoire hors norme, est peut-être bien plus répandue qu’on ne l’imaginait.

Reste une question : comment un tel geste, aussi précis, aussi technique, a-t-il pu apparaître à des milliers de kilomètres de son unique foyer connu ?

Une scène filmée à la seconde près par un drone qui allait tout changer

Tout commence le 6 juillet 2025. Une femelle adulte solitaire, surnommée Stevie Nicks par les chercheurs, manipule une coquille de Melo amphora et la soulève hors de l’eau avant de la laisser retomber. La pluie interrompt le suivi, sans confirmer si elle a réussi à attraper un poisson.

La chercheuse Alexis Levengood, spécialiste du comportement animal, raconte sa réaction ce jour-là dans un communiqué de l’université : « Nous étions à bord d’un bateau de recherche lorsque nous avons aperçu un dauphin qui sortait quelque chose de gros de l’eau. J’ai commencé à crier parce que je sais à quoi ressemble le shelling. »

Trois mois plus tard, le 1er octobre 2025, une deuxième scène va bien plus loin. Une mère nommée Maserati fait surface avec une coquille pendant qu’un drone filme tout, image par image, chaque geste, chaque seconde. Comme un oiseau bien plus malin qu’il n’y paraît, ce mammifère marin déploie une technique digne d’un véritable outil de chasse.

Un poisson s’échappe de la coquille. Maserati abandonne aussitôt l’objet pour le poursuivre, sans qu’on sache si elle finit par l’attraper. Mais c’est ce qui se passe exactement trois minutes après, à 9 h 04, qui va donner tout son sens à cette matinée.

Grand coquillage marin échoué au bord de l'eau

Ce que son petit fait ensuite intrigue même les chercheurs les plus prudents

À 9 h 04, précisément, le petit de Maserati, un jeune dauphin baptisé Bentley, apparaît avec la coquille au même endroit. Comme les corbeaux, réputés pour transmettre leurs astuces, il engage son rostre dans l’ouverture, exactement comme sa mère venait de le faire. Il frappe ensuite la coquille contre la surface de l’eau.

Des photographies prises à ce moment montrent même un poisson qui dépasse de l’ouverture de la coquille. Là encore, impossible de confirmer si Bentley réussit son repas : la visibilité sous l’eau ne permet pas de suivre la fin de la scène.

Mais le simple fait que le geste soit reproduit à la seconde près, dans le même lieu, par le même petit, change tout selon les chercheurs. Alexis Levengood livre son interprétation, avec toutes les précautions scientifiques nécessaires : « Nos images constituent la première preuve potentielle de transmission sociale maternelle, un processus par lequel les petits apprennent un comportement en observant les actions de leur mère. »

Le mot « potentielle » compte énormément ici. L’échantillon reste trop petit pour affirmer avec certitude que Bentley a appris en observant Maserati plutôt qu’en observant un autre dauphin du groupe. L’étude, publiée le 8 août 2026 dans Marine Mammal Science, réclame elle-même des observations supplémentaires pour trancher la question.

Pourquoi cette découverte ne s’arrête pas à une simple vidéo virale

L’apprentissage auprès de la mère n’exclut pas forcément d’autres canaux de transmission. Une étude publiée en 2020 dans Current Biology, menée par la chercheuse Sonja Wild, avait déjà montré que le shelling pouvait se diffuser en dehors du seul lien mère-petit à Shark Bay.

Entre 2007 et 2018, cette équipe avait documenté 42 épisodes chez 19 dauphins, au fil de plus de 5 200 rencontres avec des groupes entiers. Selon l’université de Constance, ces chiffres sous-estiment probablement la fréquence réelle du comportement, tant une manipulation ne dure parfois que quelques instants et échappe facilement aux observateurs.

À Hervey Bay aussi, l’histoire remonte visiblement plus loin que les sorties scientifiques de 2025. L’équipe a retrouvé des photographies prises lors d’excursions touristiques en 2013 et en 2019, montrant déjà des dauphins manipulant des coquilles dans cette même population. Un comportement qui, comme certains hybrides rares du règne animal, existait donc bien avant que la science ne pose enfin les yeux dessus.

La vraie nouveauté ne tient donc pas à l’invention du shelling lui-même, mais à sa documentation scientifique en dehors de Shark Bay, et à cette séquence rarissime entre une mère et son petit. Un peu à l’image des vaches abandonnées sur une île isolée dont l’ADN a surpris les scientifiques, certaines découvertes attendent parfois des décennies avant d’être remarquées.

Trois minutes ont suffi à filmer un geste qui interroge sur la façon dont les dauphins transmettent leur savoir d’une génération à l’autre.

Et si cette histoire de mère et de petit vous a touché, celle de cette chatte revenue d’une simple promenade avec une étrange marque d’opération ne vous laissera pas indifférent non plus.

D’autres images animalières virales, elles, cachent parfois un tout autre secret : celle de sept chiens ayant parcouru 17 km pour rentrer chez eux n’était en réalité pas ce qu’elle prétendait être.

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