La femelle du lièvre porte un nom que 90 % des Français ignorent, et sa biologie est encore plus étonnante

Vous avez forcément déjà croisé un lièvre filant à travers un champ, longues oreilles dressées. Mais savez-vous comment s’appelle sa femelle ? Le mot existe, il est bien français, et pourtant il a presque disparu du langage courant. Derrière ce nom discret se cache une biologie hors norme, dont une particularité rare chez les mammifères.
Lièvre ou lapin : l’erreur que presque tout le monde commet
À première vue, la ressemblance frappe : longues oreilles, pelage brun, bonds gracieux. Pourtant, le lièvre (genre Lepus) et le lapin de garenne (genre Oryctolagus) ont divergé il y a des millions d’années. Leurs différences vont bien au-delà de la taille des oreilles.
Le lièvre est un solitaire. Il vit entièrement à l’air libre, dans les champs, les prairies et les plaines, sans jamais creuser de terrier. Le lapin, lui, est un animal social qui vit en colonies, dans des réseaux de galeries souterraines.
Leur morphologie reflète ces deux vies. Le lièvre est bâti pour la course d’endurance : longues pattes arrière, silhouette élancée, cœur puissant. Il peut atteindre 70 km/h sur de courtes distances, en multipliant les zigzags pour semer ses prédateurs.
Le lapin, plus trapu, est taillé pour les démarrages rapides vers l’entrée de son terrier. Chacun a sa stratégie, et ce n’est que le début de leurs écarts. Une chose les sépare dès les premières heures de vie, et c’est ce que raconte la suite. Avec un animal aussi discret, le nom secret de la femelle du lièvre mérite qu’on s’y attarde.
Des petits qui naissent les yeux ouverts, et un indice visuel imparable
Les naissances illustrent le fossé entre les deux espèces. Les petits du lièvre, les levrauts (ou levreaux), naissent couverts de poils, les yeux ouverts, capables de se déplacer en quelques heures.
Les lapereaux, eux, viennent au monde nus et aveugles. Ils restent totalement dépendants de leur mère pendant de longues semaines. Deux stratégies de survie radicalement opposées.
Pour les distinguer d’un coup d’œil, un indice suffit. Les oreilles du lièvre sont plus longues que sa tête et terminées par une tache noire caractéristique, absente chez le lapin. Sur un animal en pleine course, ce détail trahit son identité.
Le comportement aide aussi. Le lièvre bondit en longs sauts et zigzague, quand le lapin file en ligne droite vers le premier trou venu. Ces habitudes d’animaux de plein air rappellent d’autres bêtes dont la discrétion cache des surprises, comme le mamba noir, qui cherche surtout à fuir.
Reste la question qui nous occupe : comment appelle-t-on la femelle de ce coureur de plaine ? La réponse tient en un mot de trois lettres de plus qu’on ne le croit, et son origine est plus ancienne qu’il n’y paraît.
La hase : le mot venu du néerlandais que seuls les chasseurs utilisent encore
La femelle du lièvre s’appelle la hase. Le mot vient du néerlandais haas, qui signifie simplement « lièvre ». En français, il s’est spécialisé pour désigner exclusivement la femelle.
Aujourd’hui, ce terme est tombé en désuétude dans le langage courant. Il reste l’apanage des chasseurs et des naturalistes, qui l’emploient sans y penser.
Mais la hase ne se distingue pas que par son nom. Sa biologie réserve une vraie surprise : la superfétation. Une hase peut être gestante d’une première portée tout en étant déjà fécondée pour une seconde.
Ce phénomène, rare chez les mammifères, lui permet de mettre bas plusieurs fois dans l’année, avec un intervalle très court entre les naissances. Selon l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, cette adaptation lui permet de maintenir ses populations malgré une prédation importante.
Voilà la réponse complète : un nom oublié et une capacité reproductive hors du commun. Mais la hase cache une autre stratégie, plus étonnante encore, pour protéger ses petits.
Une seule tétée par jour : la stratégie de survie de la hase

La hase n’allaite ses levreaux qu’une fois par jour, au crépuscule, pour ne pas attirer les prédateurs. En quelques minutes, elle nourrit sa progéniture avant de disparaître.
Le reste du temps, les petits restent tapis, immobiles, dans une simple dépression du sol appelée la forme. Cette stratégie minimise les risques de découverte par les renards ou les rapaces.
Cette discrétion extrême n’est pas propre aux lièvres. Dans le monde animal, certaines espèces misent aussi sur l’effacement, tandis que d’autres jouent la démesure, comme les 100 millions de crabes rouges de l’île Christmas.
Pour la hase, pourtant, les menaces augmentent. L’agriculture intensive et la destruction des haies réduisent ses zones de reproduction. Selon les suivis de la LPO et des fédérations de chasse, les effectifs de lièvres sont en baisse dans plusieurs régions françaises.
La prochaine fois que vous apercevrez une silhouette aux longues oreilles détalant dans un champ, observez sa course. Si c’est une femelle, vous saurez l’appeler par son nom. Ce petit savoir fait aussi partie de ces curiosités qu’on croit connaître, comme le bébé de la chauve-souris, longtemps resté sans nom.
La hase, c’est un nom de trois lettres de plus qu’on ne l’imagine, et une vie de discrétion calculée. Et si les animaux de nos campagnes cachaient d’autres secrets ? Il suffit de découvrir pourquoi un simple crapaud trouvé dans une cave pouvait coûter 150 000 € d’amende. Quant aux records de la nature, ce cheval anglais du XIXe siècle n’a toujours pas trouvé de rival.