Fontainebleau après l’incendie : ces animaux blessés achevés par balle malgré des vétérinaires prêts à agir

Un post Facebook, discrètement supprimé quelques jours après sa publication. C’est par là que tout commence à Achères-la-Forêt, en lisière de la forêt de Fontainebleau, ravagée par un incendie début août. La mairie y prévenait ses habitants : des coups de feu allaient retentir jusqu’au 15 septembre. Rien d’inquiétant, promettait-elle, juste des « tirs sanitaires » sur les animaux trop gravement blessés. Sauf que l’association FUTUR a creusé, et ce qu’elle a découvert change tout.
Un feu, puis une deuxième peine pour la faune
Les flammes ont dévoré une partie du massif des Trois Pignons et du secteur du Grand Parquet. Cerfs, chevreuils, sangliers : la faune sauvage a fui, s’est brûlée, s’est parfois retrouvée piégée. Une situation que connaissent aussi les bénévoles mobilisés lors des grands feux de forêt qui ont touché d’autres régions françaises ces dernières années.
Depuis le premier jour, l’association FUTUR a organisé une véritable cellule de crise : des vétérinaires volontaires, des centres de soins prêts à accueillir les blessés, des bénévoles formés. Mais l’accès aux zones sinistrées leur a été interdit, d’abord pour des raisons de sécurité pendant l’incendie, puis pour des raisons qui le sont beaucoup moins.
Car pendant que les vétérinaires attendaient le feu vert, quelqu’un d’autre est entré en action. Un homme muni d’un fusil, mandaté pour « achever » les animaux jugés condamnés. Sans examen médical. Sans lien avec les centres de soins. Un détail qui, une fois connu, a mis le feu aux poudres bien après l’incendie lui-même.
Le chasseur qui décide seul du sort des blessés
Vuk, lanceuse d’alerte au sein de FUTUR, a voulu en savoir plus. Un appel à la Direction départementale des Territoires plus tard, l’identité du lieutenant de louveterie chargé des tirs tombe : il s’agit du président de la Société de vénerie nationale, l’instance nationale de la chasse à courre. L’homme est aussi maire d’un petit village et maître d’équipage du Rallye Tempête, un équipage bellifontain. Bref, un chasseur, pas un soignant.
« Le lieutenant de louveterie n’est pas un vétérinaire, il n’est pas un professionnel de la santé des animaux sauvages », résume Vuk, qui dénonce un choix de facilité plutôt qu’une nécessité. Contacté directement par l’association, l’intéressé a confirmé avoir abattu une biche et un chevreuil (ou un daguet) la semaine précédente. D’autres lieutenants seraient également en action sur le terrain, sans que l’on connaisse leur nombre exact.
Le hic, selon FUTUR : l’arrêté préfectoral qui encadre ces opérations reste introuvable. Ni public, ni transmis malgré les demandes répétées de l’association. Seule certitude, tirée du post supprimé de la mairie : les tirs concerneraient les secteurs du Grand Parquet, du golf et du massif des Trois Pignons, jusqu’au 15 septembre.
Un flou administratif que dénoncent régulièrement des collectifs face à des décisions publiques prises sans concertation, un peu comme lors d’autres décisions administratives qui tombent sans explication claire pour les concernés.

Une manifestation et trois revendications pour stopper les tirs
FUTUR et l’association PAZ n’ont pas attendu pour réagir. Une manifestation a été organisée en urgence le jeudi 13 août à midi devant la préfecture de Melun. L’objectif : obtenir l’arrêt immédiat des « interventions sanitaires » et confier enfin le sort des animaux blessés aux vétérinaires et aux centres de soins, comme cela aurait dû être le cas depuis le début.
Trois demandes précises accompagnent ce mouvement. D’abord, l’interdiction de la chasse pendant deux ans dans les zones sinistrées et leurs alentours, ces territoires refuges où la faune se déplace pour se nourrir et se reconstituer. Une avocate a déjà formalisé cette demande auprès des préfectures de Seine-et-Marne et de Gironde, où d’autres incendies ont ravagé les forêts.
Ensuite, le report de la saison de chasse officielle, prévue le 13 septembre. Vuk cite l’exemple des Landes, où la levée de la vigilance rouge incendie a immédiatement rouvert les tirs sur cervidés et sangliers, sans aucune considération pour les animaux encore affaiblis.
Enfin, l’association réclame la pose de panneaux de signalisation routière : depuis l’incendie, de nombreux animaux paniqués traversent les routes et sont percutés par des véhicules, un problème signalé en vain aux autorités. Une pétition en ligne a déjà rassemblé près de 430 000 signatures pour appuyer ces demandes.
Des animaux encore sauvables, des soignants prêts à intervenir, mais un fusil qui tranche à leur place : voilà le paradoxe que dénonce FUTUR à Fontainebleau. La mobilisation continue, entre pétitions, recours juridiques et manifestations. Reste à savoir si la préfecture rendra enfin public cet arrêté qui autorise, depuis l’ombre, ces tirs controversés.