Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Animaux

Ce requin à la tête impossible a perdu 80 % des siens en 50 ans… et presque personne n’en parle

Publié par Elsa Fanjul le 18 Juin 2026 à 8:10
Ce requin à la tête impossible a perdu 80 % des siens en 50 ans… et presque personne n'en parle
Grand requin-marteau nageant en eau claire avec sa tête en T

Il peut mesurer jusqu’à 6 mètres, peser plus d’une demi-tonne et repérer une raie enfouie sous le sable grâce à sa tête en forme de marteau. Le grand requin-marteau est l’un des prédateurs les plus spectaculaires de l’océan. Pourtant, en à peine deux générations humaines, 80 % de sa population mondiale a été décimée. Et les raisons de ce déclin sont bien plus proches de nous qu’on ne le croit.

Un géant des mers que sa silhouette unique rend impossible à confondre

Son nom scientifique, Sphyrna mokarran, ne dit pas grand-chose au commun des mortels. Mais sa silhouette, elle, est gravée dans l’imaginaire collectif. Cette tête aplatie, élargie en T, on ne la confond avec aucun autre animal marin. C’est la plus grande espèce de la famille des requins-marteaux.

Selon le Florida Museum of Natural History, certains individus ont été mesurés à 6 mètres de long. Un gabarit qui le place dans la même catégorie que les découvertes qui bousculent nos certitudes sur le monde naturel. Mais cette taille reste exceptionnelle : la plupart des adultes tournent plutôt autour de 3,5 à 4 mètres.

Côté poids, le record homologué par le Guinness World Records remonte à mai 2006, au large de Boca Grande, en Floride. Un spécimen de 580 kilos. Un monstre. Mais la majorité des grands individus plafonnent autour de 450 kilos, ce qui reste déjà colossal pour un poisson cartilagineux.

On pourrait croire que cette tête bizarre n’est qu’une curiosité évolutive. C’est tout le contraire. Cette excroissance — appelée céphalofoil — écarte les yeux et les organes sensoriels du requin, ce qui lui offre un champ de vision bien supérieur à celui de ses cousins. On lit souvent qu’il voit « à 360° ».

La réalité est plus nuancée, mais sa capacité de perception reste redoutable : sa tête abrite aussi des capteurs électriques capables de détecter les proies enfouies sous le sable.

80 % de déclin en 50 ans : les chiffres d’un effondrement silencieux

C’est ici que l’histoire bascule. Le grand requin-marteau est aujourd’hui classé « en danger critique » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). C’est l’avant-dernier échelon avant l’extinction à l’état sauvage. Autant dire le signal d’alarme le plus fort que la science puisse envoyer.

Les estimations relayées par les associations de protection sont vertigineuses : sa population mondiale aurait chuté de plus de 80 % en cinquante à soixante ans. Un chiffre à manier avec prudence — les données restent incomplètes dans certaines zones du Pacifique — mais qui traduit un effondrement massif et documenté sur plusieurs générations de l’espèce.

La cause principale ? La pêche, et plus précisément le commerce des ailerons. Sur certains marchés asiatiques, les ailerons de requin se vendent à prix d’or. Le grand requin-marteau, avec ses nageoires imposantes, est une cible de choix. Et quand il n’est pas pêché volontairement, il se retrouve piégé dans des filets qui ne lui étaient même pas destinés. Ces prises accidentelles, appelées menaces invisibles, tuent des milliers d’individus chaque année.

Sa biologie joue aussi contre lui. La reproduction du requin-marteau est lente. Les femelles ne donnent naissance qu’à une portée tous les deux ans environ, avec un nombre limité de petits. Quand une population s’effondre, elle met un temps considérable à se reconstituer. C’est un cercle vicieux que les spécialistes de la biodiversité connaissent bien.

Filet de pêche sous-marin éclairé par la lumière du soleil

CITES, réglementation et derniers espoirs pour le géant au marteau

Face à l’ampleur du déclin, la communauté internationale a fini par réagir. Le grand requin-marteau est désormais inscrit à l’annexe II de la CITES, la convention qui encadre le commerce international des espèces menacées. Concrètement, cela signifie que chaque transaction commerciale impliquant cette espèce doit être surveillée et autorisée.

C’est un premier pas. Mais les experts restent prudents. La surveillance des océans est infiniment plus complexe que celle d’un territoire terrestre. Les zones de pêche illégale restent nombreuses, et les contrôles peinent à suivre. Certaines régions du monde continuent de capturer ce requin sans aucune limite.

Il y a pourtant des lueurs d’espoir. Plusieurs pays ont créé des sanctuaires marins où la pêche au requin est totalement interdite. Des programmes de suivi par balises satellitaires permettent de mieux comprendre ses routes migratoires. Et la sensibilisation progresse, même si elle reste insuffisante face à l’échelle des menaces qui pèsent sur la biodiversité marine.

Le grand requin-marteau n’attaque presque jamais l’homme. Il préfère les raies, les poissons et les petits requins. Pourtant, c’est bien nous qui sommes en train de le faire disparaître. Une ironie qui en dit long sur notre rapport aux océans.

Fascinant, colossal et redoutablement bien équipé pour la chasse, le grand requin-marteau incarne à lui seul la puissance et la fragilité des mers. Si rien ne change, nos enfants ne le connaîtront peut-être que dans les documentaires. Et vous, avant aujourd’hui, saviez-vous que ce géant était au bord de l’extinction ?

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *