Les feuilles tombent et révèlent des nids de frelons asiatiques : pourquoi il ne faut pas toujours les détruire
Depuis quelques jours, vous les voyez peut-être apparaître en haut des arbres : de grosses boules grises accrochées aux branches dénudées. Ce sont des nids de frelons asiatiques, restés cachés tout l’été par le feuillage. Le premier réflexe est souvent de vouloir s’en débarrasser. Pourtant, selon la date à laquelle vous le découvrez, ce n’est pas forcément la bonne idée.

Des nids invisibles tout l’été
C’est un phénomène que l’on observe chaque automne. Quand les arbres perdent leurs feuilles, des nids que personne n’avait remarqués se révèlent d’un coup, parfois à quelques mètres d’une maison ou d’un jardin d’enfants.
Ces nids n’ont rien de nouveau. Ils étaient là depuis des semaines, voire des mois. Simplement, le feuillage les masquait aux regards, d’autant qu’ils sont souvent construits très haut.
Selon la Direction régionale de l’environnement (DREAL) des Hauts-de-France, ces nids sont généralement installés à plus de 10 mètres de hauteur dans un arbre. Difficile, dans ces conditions, de les repérer avant la chute des feuilles.
Un envahisseur arrivé il y a une vingtaine d’années
Le frelon asiatique, de son nom scientifique Vespa velutina, est aussi appelé « frelon à pattes jaunes ». Ce n’est pas une espèce originaire de France.
Il a été introduit accidentellement en Nouvelle-Aquitaine peu avant 2004. Nous vous avions d’ailleurs raconté comment des poteries chinoises seraient à l’origine de son arrivée. Depuis, il a progressé en moyenne de 60 kilomètres par an.
Aujourd’hui, il est présent dans une grande partie du pays. Et il inquiète particulièrement les apiculteurs, car il s’attaque aux abeilles.
Face à cette progression, le législateur a fini par réagir. La loi du 14 mars 2025 visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique prévoit un plan national de lutte, préparé par les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement. Elle prévoit aussi d’indemniser les apiculteurs qui subissent des pertes, à hauteur des dommages subis.
Deux nids dans une même année
Pour comprendre ce que vous voyez dans vos arbres, il faut connaître le cycle de vie du frelon asiatique. Tout commence au printemps, dès le mois de mars.
Une reine fondatrice construit d’abord un nid dit « primaire ». Il est petit, de forme sphérique, fait d’une sorte de papier mâché, et généralement placé à l’abri.
Dans 70 % des cas, ce premier site ne convient plus au fil de la saison. Toute la colonie déménage alors, souvent au mois d’août, pour bâtir un nid « secondaire » bien plus grand. Selon la DREAL, il peut atteindre 80 centimètres de diamètre et un mètre de haut, avec une petite entrée sur le côté.
C’est ce nid secondaire, perché en haut des arbres, que l’on découvre à l’automne.
Le moment où tout se joue
L’automne est une période clé pour la colonie. C’est à ce moment que le nid produit les futures reines, celles qui fonderont de nouvelles colonies au printemps suivant.
Leur nombre a de quoi impressionner, et c’est pour cette raison que les spécialistes insistent autant sur le calendrier. D’après la DREAL des Hauts-de-France, un seul nid peut produire assez de fondatrices pour recoloniser tout un département.
Puis, au mois de novembre, ces futures reines quittent le nid pour aller passer l’hiver à l’abri, ailleurs. Les quelques ouvrières qui restent meurent aux premières gelées.
Faut-il détruire le nid ? Tout dépend de la date
C’est là que se trouve la réponse à votre question. Tant que le nid est actif, sa destruction a un intérêt, car elle empêche les futures reines de s’envoler. La DREAL recommande d’intervenir au printemps ou en été, le plus tôt possible, et au plus tard jusqu’à la mi-novembre.
En revanche, à partir de la mi-novembre, détruire un nid devient inutile selon la DREAL. Les fondatrices sont déjà parties et le nid est inoccupé. Pire, une destruction à base d’insecticides en plein hiver coûte cher et nuit à la faune.
Un nid abandonné ne présente plus de danger et n’est jamais réutilisé l’année suivante. Il finit généralement par se désagréger tout seul, sous l’effet de la pluie et du vent.
Inutile non plus d’abattre l’arbre pour s’en débarrasser. Couper un arbre sans précaution peut d’ailleurs vous exposer à une lourde amende selon les règles d’urbanisme de votre commune.
Les bons réflexes si le nid est encore actif
Si vous observez encore des allées et venues de frelons autour du nid, ne tentez surtout pas de le détruire vous-même. Le frelon asiatique attaque généralement lorsqu’il se sent menacé, notamment quand on s’approche de son nid pour le déloger.
Selon la DREAL, il est possible d’observer un nid à 4 ou 5 mètres de distance sans risque. Au-delà, mieux vaut garder ses distances et faire appel à un professionnel certifié, qui intervient idéalement à l’aube ou au crépuscule.
Avant tout signalement, vérifiez qu’il s’agit bien d’un frelon asiatique : le Muséum national d’histoire naturelle propose un guide d’identification. Ensuite, tournez-vous vers votre mairie. La loi de 2025 prévoit des plans de lutte départementaux, pilotés par les préfets, et le signalement d’un nid peut se faire auprès du maire de la commune ou d’un conseiller municipal désigné. Certaines régions proposent aussi des plateformes de signalement en ligne.
La prise en charge des frais de destruction varie d’une commune à l’autre. Avant d’appeler une entreprise, renseignez-vous auprès de votre mairie pour savoir si une aide existe chez vous.
Retrouvez aussi nos conseils pour réagir face aux frelons en octobre et pour éviter que frelons, guêpes et araignées ne s’invitent chez vous.
Piqûre : quand faut-il s’inquiéter ?
Contrairement à une idée reçue, le frelon asiatique n’est pas plus agressif que les abeilles, les guêpes ou le frelon européen. Sa piqûre est douloureuse, mais pas plus dangereuse que celle d’une guêpe ou d’une abeille.
Certaines situations demandent toutefois une prise en charge médicale urgente. C’est le cas d’une piqûre au visage, au cou ou dans la bouche, de piqûres multiples, d’une personne allergique ou d’un jeune enfant piqué.
Vos animaux ne sont pas à l’abri non plus. Nous avons détaillé les signes qui doivent alerter si votre chien est piqué par un frelon.
Le vrai combat se joue au printemps
Si vous découvrez un nid vide cet hiver, il est donc probablement trop tard pour agir sur cette colonie. Mais l’information reste précieuse.
Un nid repéré en hauteur signale la présence du frelon asiatique dans votre secteur. La saison suivante, ouvrir l’œil dès le printemps permettra de repérer plus tôt les nouveaux nids primaires, au moment où leur destruction est la plus utile.
La DREAL déconseille en revanche d’installer des pièges à frelons, qui tuent aussi de nombreux insectes utiles. Le bon geste reste le signalement, puis l’intervention d’un professionnel au bon moment.