Ce requin « fossile vivant » vieux de 125 millions d’années vient d’être filmé vivant pour la toute première fois

On connaît les grands blancs, les requins-marteaux, les requins-baleines. Mais il existe une espèce si rare, si ancienne et si étrange que personne ne l’avait jamais vue évoluer dans son milieu naturel. Jusqu’à maintenant. Des chercheurs viennent de publier les toutes premières images d’un prédateur dont la lignée remonte à 125 millions d’années — et dont le visage a été décrit comme « ridiculement horrifiant ».
Le requin-lutin : un fantôme des abysses que la science n’avait jamais vu vivant
On estime que l’humanité a exploré moins de 5 % des océans. Pire : selon la NOAA, nous n’avons observé que 0,001 % des fonds marins profonds. Autant dire que des milliers de créatures nous échappent totalement.
Le requin-lutin — ou goblin shark en anglais — faisait partie de ces animaux quasi mythiques. On savait qu’il existait, mais uniquement parce que des spécimens avaient été remontés accidentellement dans des filets de pêche. Aucun scientifique n’avait réussi à le filmer dans son habitat.
C’est désormais chose faite. Une étude publiée dans le Journal of Fish Biology révèle que des images ont été captées près de l’île Jarvis en 2019, puis dans la fosse des Tonga en 2024. Deux observations séparées par des milliers de kilomètres, confirmant que l’animal possède une aire de répartition gigantesque.
« Ils ont capturé l’imagination de tant de gens, mais on ne les avait jamais vraiment vus vivants », explique le professeur Alan Jamieson, auteur principal de l’étude. « On ne sait quasiment rien d’eux. » Un fossile vivant filmé pour la première fois, ça ressemble à un scénario de documentaire. Sauf que c’est une première mondiale bien réelle.
Un prédateur de 125 millions d’années aux mâchoires catapultées
Le requin-lutin n’a rien d’un requin classique. Son corps est gris pâle, parfois rosé, presque translucide. Son museau allongé et aplati rappelle une lame. Et puis il y a ses mâchoires. Elles se détachent littéralement de sa face pour jaillir vers l’avant à 3 mètres par seconde et happer une proie.
L’animal peut atteindre 3,6 mètres de long et peser jusqu’à 210 kilos. Il vit au fond des océans, dans des zones où la lumière ne pénètre jamais. Un environnement qui explique pourquoi sa lignée a traversé des millions d’années sans grandes modifications : dans les abysses, la pression de sélection est différente.
Son nom anglais, « goblin shark », vient du japonais tenguzame. Le tengu, dans la mythologie nippone, est une créature au long nez et au visage rouge sang. Quand on voit les images, le parallèle est évident. Ce prédateur ressemble davantage à un être sorti d’un film de science-fiction qu’à un poisson.
Les chercheurs, d’ailleurs, n’ont pas mâché leurs mots pour décrire l’apparence de l’animal. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont fait preuve d’aucune diplomatie envers cette créature unique au monde.

« Même sa mère ne pourrait pas aimer son visage » : les scientifiques sans pitié
Les découvertes sur les mystères de la nature réservent parfois des commentaires savoureux. Le professeur Culum Brown, co-auteur de l’étude, a qualifié le requin-lutin de « probablement le requin le plus laid de la planète ». Avant d’enfoncer le clou avec une phrase devenue virale.
« Ils sont ridiculement horrifiants à regarder. Même leur mère ne pourrait pas aimer leur visage. » Une punchline inattendue dans un article scientifique — mais qui résume parfaitement le choc visuel que provoque cet animal quand on le découvre pour la première fois.
Les nouvelles images apportent bien plus que du spectacle. Elles documentent le requin-lutin plus profondément et plus loin dans le Pacifique que jamais auparavant. Chaque observation permet de mieux comprendre ses habitudes, son alimentation, ses déplacements dans ces zones inaccessibles où la pression écrase tout.
Alan Jamieson résume l’enjeu : « C’est le cas classique d’un animal des grands fonds avec une abondance très faible, mais une aire géographique absolument massive. » En d’autres termes, il y en a peu, mais ils sont partout sous nos pieds. Ce qui rend chaque image d’autant plus précieuse pour la science marine.
Un requin vieux de 125 millions d’années, filmé vivant pour la première fois, avec des mâchoires qui se catapultent et un visage que même les scientifiques qualifient d’horrifiant : la preuve que les profondeurs n’ont pas fini de nous sidérer. La vraie question, c’est : si on n’a exploré que 0,001 % des abysses, qu’est-ce qui se cache encore là-dessous ?