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Un requin qui arrête de nager va-t-il mourir sur place, comme une voiture en panne ?

Publié par Elsa Fanjul le 15 Oct 2026 à 11:01

Tu l’as entendu cent fois à la cantine ou à la plage : un requin ne doit jamais s’arrêter de nager, sinon il meurt. Il serait donc condamné à tourner en rond toute sa vie, sans pause ni sieste. Mais alors, comment un requin passe-t-il ses nuits, lui qui n’a pas de lit ?

La question a l’air bête, et c’est précisément pour ça qu’on l’adore. Sa réponse est à la fois vraie, fausse et franchement bien pensée.

Le requin n’a pas de poumons, et c’est là que tout commence

Premier détail qui pose le décor : le requin ne respire pas d’air. Il n’a pas de poumons : il absorbe l’oxygène de l’eau grâce à ses branchies. Pour lui, l’eau est une sorte de buffet d’oxygène, à condition que ça circule.

Et c’est là que le bât blesse, parce que l’eau est un très mauvais garde-manger. Dans un litre d’eau douce, on trouve environ 8 cm³ d’oxygène, contre 210 dans le même volume d’air. Autrement dit, il faut brasser énormément d’eau pour attraper peu d’oxygène.

Pour couronner le tout, l’oxygène se diffuse environ 10 000 fois plus lentement dans l’eau que dans l’air. Les branchies doivent donc travailler sans relâche. Reste à savoir comment on fait passer toute cette eau devant elles.

Homme amusé devant un requin dans l'eau turquoise

Deux façons de respirer : le moteur et la pompe

Certains requins ont choisi la solution « gratuite » : avancer la bouche ouverte et laisser l’eau s’engouffrer sur les branchies. C’est ce qu’on appelle la ventilation par le mouvement, ou « ram ventilation » en anglais. Les grands blancs, comme les requins-tigres et les requins-makos, sont des respirants obligatoires de ce type.

Pour eux, nager n’est pas un loisir, c’est la respiration elle-même. Ils peuvent aussi y parvenir en se plaçant dans un courant rapide. Donc, techniquement, ce n’est pas le mouvement qui les sauve, mais l’eau qui passe.

D’autres espèces ont une option de secours. Elles combinent ce système avec le pompage buccal : elles aspirent l’eau dans leur bouche, puis la refoulent sur les branchies. Celles-là peuvent s’arrêter, se poser et respirer tranquillement.

Alors, le mythe est-il juste ? Pour une partie de la famille, oui. Pour l’autre, c’est un énorme raccourci, et la suite te le montre.

Le vrai danger n’est pas la sieste, c’est le filet

Voilà le détail qui fait basculer le mythe : pour un requin, le danger survient surtout quand il est incapable de bouger et de forcer l’eau sur ses branchies, par exemple coincé dans un filet. Ce n’est donc pas le repos qui le tue, c’est l’immobilisation forcée.

Les espèces qui vivent près du fond s’en sortent mieux. Les requins benthiques résistent davantage à la noyade que les espèces pélagiques, entièrement dépendantes de la ventilation par le mouvement. Ceux qui paressent sur le sable ont simplement appris à pomper.

Au passage, un requin qui « se noie » ne boit pas la tasse. Comme pour les poissons, il meurt d’un manque d’oxygène, pas parce qu’il avale de l’eau. Le mot est imprécis, mais le résultat est le même.

Requin nageant la bouche ouverte dans un rayon doré

Et en fait, la pompe n’est pas gratuite

Si pomper fonctionne si bien, pourquoi tous les requins ne s’y mettent-ils pas ? Parce que ça coûte de l’énergie. Chez les rémoras, des poissons osseux capables de passer d’une méthode à l’autre, garder le même débit d’eau en pompant dépense jusqu’à 5,1 % d’énergie de plus que par ventilation par le mouvement.

Nager, c’est donc économique pour celui qui doit de toute façon se déplacer. Un grand prédateur qui chasse en pleine mer fait d’une pierre deux coups : il avance, et il respire.

Et ce n’est pas un truc réservé aux requins. Chez de nombreux poissons, certains peuvent pomper l’eau au repos, mais beaucoup doivent nager en permanence pour que l’eau passe sur leurs branchies. Le thon fait partie de ceux dont on parle souvent.

Et les poissons ont d’autres astuces que les branchies. Tu veux voir un poisson qui triche carrément ? Voici le suivant.

Le poisson qui respire l’air pour ne pas couler

Certains poissons ont carrément mis au point un second système. Le combattant du Siam possède un organe annexe lui permettant d’aspirer l’air à la surface. C’est pratique dans une eau pauvre en oxygène.

Si tu lui bloques l’accès à la surface, il finit par suffoquer, même avec de l’eau à volonté. Un poisson peut donc se noyer, et paradoxalement par manque d’air. La nature adore ces petits pieds de nez.

Si cette histoire de poissons qui ne ferment jamais les paupières t’a intrigué, la question des poissons qui dorment les yeux ouverts a de quoi t’occuper. Mais avant, démontons les idées reçues.

Trois idées reçues qui prennent l’eau

Premier mythe : « tous les requins doivent nager sans arrêt ». Faux : la liste ci-dessus montre que seules certaines espèces dépendent entièrement du mouvement. D’autres, capables de pomper, peuvent se poser.

Deuxième mythe : « les requins ne dorment jamais parce qu’ils ne peuvent pas s’arrêter ». C’est un raccourci qui confond respiration et repos. Ce qui est vrai, c’est que ceux qui ne peuvent pas s’arrêter doivent organiser leur repos autrement qu’en restant immobiles.

Troisième mythe : « un requin qui s’arrête meurt instantanément ». Non : il s’asphyxie progressivement, faute d’oxygène. C’est aussi pour ça qu’on évoque l’asphyxie plutôt qu’une panne sèche, comme pour les poules qui cachent des dents sur leur bec : la réalité est plus subtile que l’étiquette.

Si tu te dis que la nature réserve des surprises aux animaux qu’on croit connaître, le bourdonnement du moustique en cache aussi. Quant à l’oiseau sur son fil électrique et les vaches qui regardent toutes au même endroit, ils prouvent que les questions bêtes sont les meilleures.

Alors, il meurt ou pas ?

En une phrase : un requin qui s’arrête de nager ne meurt pas forcément, tout dépend de son espèce et de sa capacité à pomper l’eau sur ses branchies. Les grands chasseurs du large, eux, n’ont pas ce luxe.

La prochaine fois qu’on te ressort le mythe, tu pourras répondre avec un sourire que c’est surtout une affaire de courant d’eau.

Et si tu veux continuer à te poser des questions franchement douteuses, peut-on vraiment mourir de peur te promet une réponse à double fond. Pour les plus gourmands, le mystère des bananes sans graines attend aussi sa réponse.

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