Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Animaux

Un serpent rare aperçu pour la première fois depuis plus de 150 ans

Publié par Elsa Fanjul le 12 Oct 2026 à 9:38
Il filme un serpent qui lui est inconnu : personne ne l'avait confirmé dans le Kutch depuis 1872

Un garde forestier rentre de patrouille, croise un serpent sur la route et ne sait pas ce que c’est. Il sort son téléphone, filme, photographie. Résultat : une espèce que personne n’avait confirmée dans le Kutch, au Gujarat, depuis plus de 150 ans vient de réapparaître. Reste à comprendre qui l’avait vue la dernière fois, et pourquoi cette vidéo fait tant de bruit chez les spécialistes.

Un inconnu sur la route de Kala Dungar, un jour de septembre

Tout commence le 6 septembre, dans le Kutch, un district de l’État du Gujarat, en Inde. Un garde forestier de 32 ans revient d’une patrouille près de Kala Dungar, le point culminant de cette région vallonnée et semi-aride.

Il vient tout juste d’être muté dans le district. Il connaît donc encore mal le terrain et ses habitants à écailles. Sur la route, un serpent apparaît, et il ne le reconnaît pas.

« Ce serpent, qui est apparu sur la route, m’était inconnu », a-t-il raconté, d’après The Indian Express. Alors il fait ce que ferait un bon observateur : il prend des photos et tourne une vidéo.

Il envoie ensuite le tout à des experts, à des sauveteurs de serpents et à des scientifiques. Le réflexe paraît simple. Pourtant, sans ce message, l’animal serait peut-être resté une silhouette fugace sur le bitume, vite oubliée.

Dans une région aride, croiser un reptile sur une route n’a rien d’exceptionnel. Ce qui l’est, c’est l’identité de celui-ci. Les images circulent aujourd’hui bien au-delà du district, y compris sur les réseaux sociaux du département forestier local, qui évoque un lien historique entre cette espèce et le Kutch.

Ce genre d’histoire rappelle que la nature réserve encore des surprises à ceux qui savent regarder, comme cette tête empaillée achetée 58 euros qui pourrait être celle d’un tigre de Tasmanie. Mais quel est donc ce serpent, et que valait sa dernière observation officielle ?

Psammophis schokari : le portrait d’un reptile que presque personne ne voit

Les experts consultés ont tranché : il s’agit bien d’un serpent des sables afro-asiatique, de son nom scientifique Psammophis schokari. C’est un reptile rapide et élancé, taillé pour les milieux secs.

Son territoire est immense. On le trouve du Gujarat jusqu’à la côte ouest-africaine, en passant par l’Asie occidentale et les côtes nord et est de l’Afrique. Autrement dit, l’espèce n’est pas menacée d’être unique au monde : c’est sa présence dans cette région précise du Kutch qui posait question.

Côté menu, il chasse de jour. Il se nourrit de lézards, de rongeurs et de petits oiseaux. Un prédateur diurne, donc, qui file à vive allure dans les paysages arides, ce qui n’aide pas à le photographier.

Autre précision utile : l’espèce est dite semi-venimeuse. Elle n’est généralement pas dangereuse pour l’homme, ce qui évite de paniquer en croisant ce genre de silhouette. Pour comprendre ce qu’on risque vraiment, voyez ce que racontent les spécialistes de ces animaux qui préfèrent presque toujours disparaître, comme les serpents qui se cachent dans nos jardins dès les beaux jours.

Reste un détail qui change la lecture de l’événement. Cette espèce a été distinguée à l’époque du serpent des sables commun et du boa des sables. Autrement dit, ce serpent a sa propre identité, et c’est elle qui avait été notée dans le Kutch, il y a très longtemps.

Par qui ? Un naturaliste, à une époque où l’on explorait le sous-continent carnet à la main. Et voici le fait qui donne son poids à la vidéo du garde forestier : la dernière observation authentifiée dans la région remonte à 1872. Oui, il y a plus de 150 ans.

Mains d'un garde tenant un téléphone face à une colline sèche

Ferdinand Stoliczka, 1872 : l’homme qui l’avait vu avant tout le monde

Le nom à retenir est celui du naturaliste tchèque Ferdinand Stoliczka. Il avait travaillé pour le compte des Britanniques dans tout le sous-continent à partir de 1862.

À cette occasion, il avait constaté la présence du serpent des sables afro-asiatique au Gujarat et au Rajasthan. C’est lui qui avait observé cette espèce en premier, en la distinguant des autres. Sa dernière observation authentifiée dans le Kutch date donc de 1872, et plus personne n’avait réussi à la confirmer depuis.

Pas faute d’avoir cru la voir. « Il y a eu deux ou trois cas d’observation depuis lors, mais ils n’ont pas été confirmés », a souligné le garde forestier. La nuance est essentielle : sans preuve, un témoignage reste une rumeur.

Là, la différence tient à la vidéo et aux photos. Elles ont permis à des experts de confirmer l’identification, et c’est ce qui transforme une simple rencontre en première observation confirmée depuis plus de 150 ans dans cette région, d’après The Indian Express.

Parmi les animaux qui font fuir plus qu’ils ne font peur, certains ont une réputation bien pire que leur comportement. C’est le cas du mamba noir, qui cherche surtout à fuir les humains. Le serpent du Kutch, lui, n’a rien d’une menace : il est discret, rapide et rare à voir, ce qui explique en partie pourquoi il a échappé aux observateurs si longtemps.

Ainsi, la promesse du titre est tenue. Un serpent croisé par hasard sur une route, un inconnu pour celui qui le filme, et au bout du fil une confirmation qui relie 2020 à 1872. Mais que changent concrètement ces images pour la science ?

Ce que cette redécouverte change pour les scientifiques du Gujarat

Pour Dheeraj Mittal, conservateur des forêts local, l’enjeu est clair. Cette redécouverte est significative parce qu’elle vient confirmer la première observation de Ferdinand Stoliczka.

Selon ses propos rapportés par la presse indienne, il s’agit d’une observation rare et, en quelque sorte, d’un deuxième enregistrement après celui de 1872. Il a même qualifié de « véritable exploit » le fait qu’un agent de terrain ait aperçu le serpent et l’ait immortalisé en photo et en vidéo.

La suite est prévue : le garde forestier va écrire à certaines revues scientifiques et environnementales à ce sujet. Une publication permettrait d’ancrer officiellement l’observation dans la littérature spécialisée.

Au-delà du cas du Kutch, cette histoire rappelle une règle simple de la biologie de terrain : une espèce peut rester invisible pendant des décennies sans avoir disparu. Les records les plus spectaculaires viennent parfois d’un animal observé au bon endroit, comme cette femelle serpent découverte en Indonésie, qui pulvérise un record que personne ne pensait possible.

Autre leçon : le réflexe du garde forestier. Face à l’inconnu, il n’a ni touché ni improvisé. Il a documenté, puis consulté des spécialistes. C’est ce qui rend la preuve exploitable, là où une anecdote de bord de route se serait évaporée.

Reste à voir si de nouvelles observations suivront dans le district. Rien dans la source n’indique pour l’instant d’enquête de terrain plus large. Mais on peut raisonnablement penser que les agents, désormais alertés, scruteront davantage les routes autour de Kala Dungar. Les amateurs de reptiles extrêmes, eux, peuvent toujours explorer cette île brésilienne interdite à tout être humain, où les vipères pullulent.

Un serpent qui se cache pendant plus d’un siècle, c’est presque une leçon d’humilité pour tous ceux qui croient avoir fait le tour de leur propre région.

Si vous aimez les histoires où l’on pense avoir tout vu avant qu’un animal vienne dire le contraire, ce cobra venimeux en liberté qui a forcé une commune près de Toulouse à tout fermer vaut le détour. Et si vous vous demandez pourquoi un geste aussi banal que celui de votre chien cache une vieille explication, la vraie raison pour laquelle les chiens tournent en rond avant de se coucher remonte à des milliers d’années.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *