Un thon rouge de 338 kg pêché en mer du Nord : cette espèce disparue depuis 60 ans revient en force

Un poisson géant surgit des eaux froides du Yorkshire, et ce n’est pas une légende de pêcheur. À environ 16 kilomètres des côtes de Whitby, un équipage a remonté une prise que personne n’attendait plus dans cette région depuis des décennies. 338 kilos de muscle et de vitesse, hissés à bord après un combat acharné. Ce que révèle cette capture sur l’état des océans va bien au-delà d’une simple anecdote maritime.
Une prise qui n’aurait plus dû exister dans ces eaux
Le bateau « The Dominator » naviguait comme n’importe quel jour de pêche au large du Yorkshire, dans le nord de l’Angleterre. Cinq marins à bord, une routine bien rodée, jusqu’à ce que quelque chose d’énorme morde à l’hameçon. Selon la BBC, il s’agit du premier thon rouge pêché et ramené à terre dans cette région depuis environ 60 ans.
L’espèce avait quasiment disparu de cette partie de la mer du Nord depuis les années 1960. La surpêche a fait des ravages, tout comme l’effondrement des stocks de harengs, cette proie essentielle qui nourrit le thon rouge à travers ses longues migrations. Sans nourriture suffisante, les bancs ont déserté ces eaux pendant des générations entières.
Jack Gardner, membre de l’équipage âgé de 28 ans, se souvient de l’instant précis où l’animal a jailli hors de l’eau. « Il a bondi hors de l’eau et nous nous sommes tous regardés, émerveillés », raconte-t-il à la BBC. Un moment suspendu, presque irréel, avant que le combat ne commence vraiment face à l’un des poissons géants les plus puissants d’Europe.
Un combat titanesque et une deuxième prise le lendemain
Le thon rouge n’est pas un adversaire ordinaire. Cette espèce figure parmi les poissons les plus rapides et les plus résistants de tous les océans, capable d’atteindre des poids qui dépassent largement les 300 kilos. Ramener une telle bête à bord relève de l’exploit physique autant que de la chance.
Et l’histoire ne s’arrête pas là. À peine 24 heures plus tard, le même équipage a réussi à capturer un second thon rouge, d’un poids presque identique au premier. Deux prises exceptionnelles en deux jours, dans une zone où l’espèce était censée avoir disparu depuis un demi-siècle.
Ce genre de retour spectaculaire n’est pas isolé. Des observations similaires se multiplient depuis quelques années dans le nord de l’Europe, notamment dans le Skagerrak et l’Öresund, entre la Suède et le Danemark, où des excursions surnommées « safaris au thon » attirent désormais les curieux. La nature reprend parfois ses droits plus vite qu’on ne l’imagine, comme d’autres exemples récents l’ont montré ailleurs dans le monde. Ce phénomène intrigue autant qu’il rassure les scientifiques qui observent ces eaux nordiques.

Ce que cachent réellement ces retours miraculeux
Des chercheurs de l’université d’Exeter suivent désormais ce phénomène de près, dans le cadre d’un programme de marquage scientifique. Les thons capturés sont équipés de balises pour tracer leurs déplacements et comprendre enfin leurs routes de migration, restées mystérieuses pendant des décennies.
La chercheuse Lucy Hawkes y voit un signal encourageant pour tout l’écosystème marin. « Au fond, leur présence est un bon signe qui montre que les eaux locales se portent bien », explique-t-elle. Mais une zone d’ombre demeure entière : personne ne sait précisément d’où viennent ces poissons ni où ils se reproduisent.
« Nous n’avons aucune idée d’où ils viennent, c’est pourquoi le marquage est si important », insiste la chercheuse. Les experts pointent une meilleure gestion des stocks de pêche comme facteur clé de ce retour, couplée à la reconstitution progressive des populations de harengs dont se nourrit le thon rouge.
La Fondation allemande pour la protection des océans confirme cette tendance : le thon rouge est réapparu dans le Skagerrak depuis octobre 2024, après plus de 50 ans d’absence totale. Un signe que la protection des espèces, quand elle est appliquée sérieusement, produit des résultats concrets et mesurables sur des décennies.
Deux thons de 338 kilos remontés en un jour, après 60 ans d’absence : la mer du Nord vient peut-être d’écrire une nouvelle page de son histoire marine. Reste à savoir si ces géants s’y installeront durablement ou si ce n’était qu’un passage éphémère. Les chercheurs, eux, n’ont pas fini de poser des balises.