Introduction en bourse de SpaceX d’Elon Musk : peut on y participer depuis la France ?

SpaceX entre en Bourse et, pour la première fois, les particuliers européens peuvent acheter l’action dès le premier jour. L’excitation est palpable : 35 000 personnes se sont déjà inscrites sur liste d’attente rien qu’au Royaume-Uni. Mais entre une valorisation stratosphérique, des pertes colossales et des petites lignes que peu de gens lisent, le dossier est loin d’être le cadeau qu’on imagine.
SpaceX en Bourse : pourquoi tout le monde en parle depuis le 5 juin
Le 12 juin 2026, l’action SpaceX doit être fixée autour de 121 euros (135 dollars), sous le symbole SPCX. À ce prix, la société d’Elon Musk affiche une valorisation comprise entre 1 500 et 1 543 milliards d’euros. Pour mettre ça en perspective, c’est plus que la quasi-totalité des entreprises cotées en Europe.
Sauf que seulement 4 % du capital sera mis sur le marché. Un flottant microscopique pour une opération qui doit lever près de 65 milliards d’euros. En clair, énormément de demande pour très peu de titres disponibles. Le cocktail parfait pour une volatilité extrême dès les premières séances.
Ce qui rend cette IPO unique, c’est la part réservée aux petits porteurs : jusqu’à 30 % de l’opération. D’habitude, sur les grosses introductions, on tourne entre 5 et 10 %. La BaFin allemande a validé la vente le 5 juin, tout en précisant que cette approbation ne valait en aucun cas un conseil d’achat. Un détail qui en dit long.
En France, en Allemagne, en Espagne, aux Pays-Bas ou en Scandinavie, les investisseurs particuliers peuvent souscrire via des plateformes comme Revolut, eToro ou Trade Republic. L’entrée démarre à 439 euros chez Revolut, avec un plafond à 219 119 euros.
Des chiffres d’affaires en hausse… mais des pertes qui donnent le vertige
Sur le papier, SpaceX impressionne. Le chiffre d’affaires 2025 a atteint 18,7 milliards de dollars (environ 16 milliards d’euros), en hausse de 33 % sur un an. Starlink, l’intelligence artificielle, les projets de data centers en orbite : la promesse est immense.
Mais regardons l’envers du décor. La perte nette en 2025 s’est élevée à 4,9 milliards de dollars. Et rien que sur le premier trimestre 2026, rebelote : 4,3 milliards de dollars de pertes supplémentaires. On parle d’une entreprise qui brûle du cash à un rythme vertigineux.
Meziane Lasfer, professeur à la Bayes Business School, ne mâche pas ses mots : il évoque un « très gros risque » pour les particuliers. Et pour cause. Au prix d’introduction, SpaceX se paie entre 94 et 100 fois son chiffre d’affaires. Dans l’industrie, un multiple de 2 à 3 est déjà considéré comme élevé. On est dans une autre galaxie, au sens propre comme au figuré.
Le pari repose entièrement sur l’avenir. Sur Starlink, sur l’IA via xAI — qui reste loin du rythme d’OpenAI ou d’Anthropic — et sur des projets encore très spéculatifs. L’exemple de Deliveroo, qui avait perdu près de 30 % dès sa première séance en Bourse, reste dans toutes les mémoires.

Le piège caché dans les petites lignes que la plupart des acheteurs ignorent
Quand on souscrit à cette IPO, on achète des actions de catégorie A : une voix par action. Classique. Sauf qu’Elon Musk, lui, conserve des actions de catégorie B qui valent 10 voix chacune. Résultat : il garde environ 82 % des droits de vote. Vous êtes actionnaire, mais vous ne décidez de rien.
Et ce n’est pas le pire. En cas de litige, oubliez les tribunaux français. Les documents stipulent qu’il faudra passer par un tribunal de commerce spécialisé au Texas, puis éventuellement par un arbitrage privé. Sans jury. Sans possibilité de recours collectif. Pour un petit porteur avec 500 euros en jeu, autant dire que le rapport de force est inexistant.
Autre subtilité que beaucoup découvriront trop tard : vous souscrivez sans connaître le prix final exact. Une borne maximale de 142 euros par action est affichée, mais vous pouvez recevoir moins de titres que demandé, voire aucun. En attendant, votre argent reste bloqué.
Le Nasdaq a d’ailleurs assoupli ses règles en mai pour permettre à une capitalisation aussi massive d’intégrer les indices en seulement 15 séances. Les fonds indiciels pourraient alors créer une pression acheteuse artificielle sur un nombre de titres ridiculement faible.
L’IPO de SpaceX est peut-être le moment boursier de la décennie. Mais entre l’euphorie du nom Musk et la réalité des chiffres, le fossé est immense. Avant de sortir la carte bleue, la seule question qui vaille : êtes-vous prêt à perdre chaque euro investi sans pouvoir vous retourner contre personne ?