Dans les comptes de Fabrice, boulanger indépendant à Lorient à 2 240 € nets par mois
Fabrice, 41 ans, boulanger indépendant à Lorient, se lève à 3h30 depuis douze ans. Son fournil tourne avec deux salariés, sa femme tient la caisse le week-end, et son revenu net mensuel plafonne à 2 240 €. Voici comment il répartit chaque euro, entre farine, factures et fatigue accumulée.

Un revenu qui dépend de la farine et des factures d’électricité
« Je ne touche pas un salaire fixe, je me verse ce qui reste », explique Fabrice. Après paiement des charges sociales et des cotisations URSSAF, il dégage en moyenne 2 240 € nets par mois.
Ce chiffre varie selon les saisons : l’été touristique à Lorient dope les ventes de sandwichs et viennoiseries, l’hiver est plus calme. Sa femme, Sandra, perçoit 480 € pour ses 12 heures hebdomadaires en caisse, comptabilisées à part.
S’ajoutent 148 € d’allocations familiales pour leurs deux enfants. Le couple ne bénéficie d’aucune prime, aucun treizième mois : le statut d’indépendant ne fonctionne pas comme un salaire classique.
« L’électricité du four, c’est mon deuxième loyer », lâche-t-il, mi-amusé mi-inquiet. Reste à voir combien cette énergie dévore vraiment chaque mois.
Le four électrique, ce poste qui explose le budget
Le crédit professionnel pour le fournil et le pas-de-porte représente 620 € par mois, sur quinze ans. La facture d’électricité du four à sole, qui tourne dès 3h30, atteint 340 € mensuels rien que pour la boutique.

Le loyer de leur appartement, situé à dix minutes à pied de la boulangerie, coûte 690 €. L’assurance professionnelle (responsabilité civile, local, matériel) grimpe à 95 €, la mutuelle santé familiale à 130 €.
Le forfait mobile professionnel et la ligne internet du magasin coûtent 55 €. L’assurance de la camionnette de livraison ajoute 68 €, l’essence pour les tournées de pain aux restaurants locaux 90 €.
Total des charges fixes : environ 1 388 €, soit plus de 60% du revenu du foyer. Ce qui laisse une marge de manœuvre étonnamment fine pour les dépenses du quotidien.
Ce que Fabrice met vraiment de côté chaque mois
Les courses alimentaires pour la famille de quatre représentent 480 € par mois, un budget serré qu’il compense en ramenant les invendus du fournil. « On ne jette jamais de pain à la maison, ça aide clairement », reconnaît-il.
Les sorties restaurant restent rares : 60 € mensuels lissés, réservés aux anniversaires. Les loisirs des enfants (foot, natation) coûtent 75 €, l’essence de la voiture familiale 110 €.
Le budget vacances, lissé sur l’année, atteint 140 € : un camping en Bretagne l’été, rien d’autre. Le shopping vêtements pour la famille tourne autour de 90 € mensuels.
Voilà pour les dépenses visibles. Reste la question qui pèse le plus lourd dans la tête de Fabrice : combien reste-t-il vraiment en fin de mois ?
Le compte est bon, mais serré
Une fois toutes les dépenses passées, il reste environ 155 € à la fin du mois. Une partie part sur un Livret A ouvert pour les enfants, l’autre sert de matelas en cas de panne de four.
« Un four qui tombe en panne, c’est 4 000 € de réparation minimum. Je ne peux pas me permettre de ne rien avoir de côté », précise-t-il. Pas d’épargne retraite complémentaire pour l’instant, faute de marge suffisante.
Le couple envisage de racheter le local voisin pour agrandir la boutique, un projet à 60 000 € qui attend des jours meilleurs. En attendant, chaque euro compte, et chaque farine achetée est comparée au centime près.
Le salaire médian net en France tourne autour de 2 100 € par mois selon l’Insee. Fabrice s’en sort donc légèrement au-dessus, mais avec des charges professionnelles que la plupart des salariés n’ont jamais à supporter. « Je gagne peut-être un peu plus qu’un employé, mais je porte tous les risques », résume-t-il en enfournant sa dernière fournée de la matinée.