Dans les comptes de Denis, conducteur de bus scolaire à Auch à 1 780 € nets par mois
Denis a 51 ans et conduit un car scolaire dans la campagne gersoise depuis douze ans. Chaque matin à 6h15, il démarre sa tournée pour ramasser une trentaine d’enfants éparpillés sur 40 kilomètres de routes départementales. Son salaire net tourne autour de 1 780 € par mois, avec des variations selon les périodes scolaires.
« Les gens pensent que je conduis six heures par jour, en fait c’est plutôt quatre heures coupées en deux, matin et soir », raconte-t-il. Entre les deux créneaux, il rentre chez lui ou fait des heures de nettoyage du véhicule. Un rythme particulier qui influence directement ses revenus.
Un salaire à temps partiel qui cache beaucoup d’heures
Denis est employé par une entreprise de transport privée sous contrat avec le conseil départemental du Gers. Son contrat officiel affiche 28 heures hebdomadaires, mais il touche 1 780 € nets grâce à une ancienneté de douze ans et une prime de ponctualité.
Le détail de son bulletin de paie : 1 520 € de salaire de base, 140 € de prime d’ancienneté, et environ 120 € de prime liée à l’entretien quotidien du car. « Officiellement je suis à temps partiel, mais avec les trajets à vide entre les tournées, je passe plus de temps dehors qu’un salarié à temps plein classique », précise-t-il.
Pendant les vacances scolaires, pas de tournée, pas de salaire complet. Denis touche alors une indemnisation partielle négociée dans sa convention collective, soit environ 60% de son salaire habituel pendant juillet et août. Ce trou dans les revenus estivaux, il l’anticipe toute l’année.
Le loyer et les charges qui pèsent sur un petit village
Denis loue une maison à Vic-Fezensac, à 25 minutes d’Auch, pour 520 € par mois charges comprises. Un montant qui reste raisonnable par rapport aux grandes villes, mais qui représente tout de même 29% de son revenu net.
L’électricité et le chauffage au bois lui coûtent environ 130 € par mois en moyenne annuelle, avec des pics à 220 € en hiver. Sa maison n’est pas isolée aux normes actuelles, ce qui pèse sur la facture. « L’année dernière j’ai dû couper le chauffage trois semaines en février pour tenir le budget », confie-t-il.

Son assurance habitation revient à 22 € mensuels, et sa mutuelle santé, indispensable avec un métier physique, lui coûte 68 € par mois. Le forfait mobile et l’accès internet fixe totalisent 45 €, un poste qu’il refuse de réduire davantage.
Côté transport, Denis roule avec une vieille Clio essence pour ses déplacements personnels, hors travail. Assurance, essence et entretien représentent environ 140 € mensuels, un montant significatif en zone rurale où tout se fait en voiture. Reste alors la question de nourrir la famille et de vivre au quotidien.
Manger, se soigner et vivre dans le Gers rural
Divorcé depuis six ans, Denis vit seul mais reçoit ses deux enfants adolescents un week-end sur deux. Son budget alimentaire mensuel oscille entre 210 € et 260 € selon les semaines où il les héberge, essentiellement en supermarché discount à Vic-Fezensac.
« Je fais mes courses le samedi matin avant qu’ils arrivent, j’essaie de varier mais je ne me lance pas dans du bio, ça coûterait le double », explique-t-il. Un budget serré qui laisse peu de place à l’improvisation ou aux extras.
Les loisirs de Denis restent modestes : un abonnement à une chaîne de streaming à 8 € mensuels, quelques sorties pêche avec des amis, et un budget essence loisir d’environ 30 € par mois. Pas de restaurant régulier, sauf occasion spéciale avec les enfants.

La pension alimentaire qu’il verse à son ex-femme s’élève à 180 € par mois pour les deux enfants, un montant fixé par le juge aux affaires familiales lors du divorce. Un poste incompressible qui structure toute son organisation budgétaire mensuelle.
Ce qu’il reste vraiment en fin de mois
Une fois tous les postes additionnés, Denis calcule qu’il lui reste environ 90 à 130 € en fin de mois lors des périodes scolaires classiques. Un matelas fin, encore réduit pendant les mois d’été où son salaire baisse.
« Je n’ai pas d’épargne à proprement parler, j’ai juste un petit livret A avec 800 € dessus, ça fait sécurité en cas de panne de voiture », admet-il sans détour. Aucun crédit en cours, sa voiture est payée depuis longtemps et il n’a jamais pu envisager d’achat immobilier.
Son seul vrai projet financier reste de tenir jusqu’à la retraite dans dix ans, en espérant que sa pension complète les 1 780 € actuels grâce aux trimestres cumulés. « Je sais que je devrais mettre plus de côté, mais avec la pension et les enfants qui grandissent, il ne reste jamais grand-chose », résume Denis.
Son salaire net se situe sous le salaire médian français, établi autour de 2 100 € nets mensuels selon l’Insee. Une réalité qu’il assume avec pragmatisme : « Je fais un métier utile, les parents comptent sur moi tous les matins, ça compense le reste. »