Dans les comptes de Nathan, développeur freelance à Nantes à 2 900 € nets par mois
Nathan, 31 ans, a quitté son CDI dans une agence web nantaise il y a deux ans pour se mettre à son compte. Aujourd’hui, il facture entre 3 800 et 4 400 € de chiffre d’affaires mensuel selon les mois, et dégage un revenu net stable autour de 2 900 € une fois les charges d’auto-entrepreneur payées. Un budget qui ressemble à celui d’un salarié classique, mais avec une gestion beaucoup plus tendue.
« Le plus dur, ce n’est pas de gagner cet argent, c’est de savoir combien il m’en restera vraiment le mois suivant », résume-t-il. Voici comment il ventile chaque euro qui arrive sur son compte pro.

Un revenu qui varie, un statut qui grignote
En moyenne, Nathan facture 4 100 € de chiffre d’affaires mensuel à ses clients : deux agences de communication en clientèle récurrente, plus quelques missions ponctuelles trouvées via LinkedIn ou le bouche-à-oreille. Sur cette somme, les cotisations sociales d’auto-entrepreneur en BNC (22 % du CA) représentent environ 900 € par mois.
Reste ensuite l’impôt sur le revenu, prélevé via le versement libératoire à 2,2 % du CA, soit environ 90 €. Une fois ces deux prélèvements effectués, il lui reste en moyenne 3 110 € — mais Nathan met systématiquement de côté 200 € supplémentaires chaque mois pour lisser les périodes creuses, ce qui ramène son « salaire » réellement disponible à 2 900 € nets.
« Je sais que je devrais provisionner encore plus, mais avec deux mois sans facture l’été dernier, j’ai compris que la marge de sécurité doit être une habitude, pas une option », confie-t-il. Un système D qui n’a rien d’automatique et qui l’oblige à anticiper bien plus qu’un salarié classique.
Les charges fixes d’un studio transformé en bureau
Nathan loue un T2 de 42 m² dans le quartier de Bottière à Nantes, à 620 € charges comprises. Une des pièces sert exclusivement de bureau, ce qui lui permet de déduire une partie du loyer dans sa comptabilité, mais le montant qui sort réellement de son compte reste le même chaque mois.
Côté assurances, il paie 38 € pour sa mutuelle santé (indispensable puisqu’il n’a plus de complémentaire employeur), 22 € d’assurance habitation, et 45 € de RC Pro obligatoire pour son activité de développeur. S’ajoutent 45 € de forfait mobile et fibre, 35 € pour un abonnement logiciel de gestion de projet et de facturation, et 12,99 € pour Netflix.

Sa mutuelle santé lui coûte plus cher que celle d’un salarié classique : sans la prise en charge employeur, il paie l’intégralité de la cotisation. « C’est le premier truc qui m’a fait halluciner en quittant le salariat », raconte-t-il. Sur le plan matériel, il provisionne aussi 60 € par mois pour renouveler son ordinateur portable tous les trois ans environ, un poste que beaucoup de freelances oublient totalement.
Total des charges fixes : environ 878 €, sans compter l’épargne de précaution déjà déduite en amont de son revenu net.
Ce que Nathan dépense vraiment au quotidien
Les courses alimentaires lui coûtent 260 € par mois, un budget serré qu’il complète par 90 € de restaurants et livraisons, surtout les jours où il travaille tard sur un rendu client. Il n’a pas de voiture : ses déplacements se limitent à 49 € de forfait Naolib pour les transports en commun nantais.
Le shopping (vêtements, équipement informatique périphérique comme un clavier ou un casque) représente environ 70 € lissés sur l’année. Les loisirs — cinéma, sport en salle à 35 €/mois, sorties entre amis — totalisent 130 €.
Il consacre aussi 100 € par mois, en moyenne lissée, à des formations en ligne pour rester à jour sur les frameworks JavaScript qu’il utilise. « Un développeur qui n’investit pas dans sa veille technique perd de la valeur en deux ans », justifie-t-il. Un poste que peu de salariés ont à financer eux-mêmes, mais qui conditionne directement sa capacité à facturer plus cher.
Total des dépenses variables : environ 700 €, un montant qui grimpe légèrement les mois où une mission le pousse à investir dans un nouvel outil ou une certification.
Le bilan : confortable mais jamais tout à fait tranquille
Une fois charges fixes (878 €) et dépenses variables (700 €) déduites de ses 2 900 € nets, il reste à Nathan environ 1 322 € chaque mois. Une bonne partie part en épargne de précaution, en plus des 200 € déjà mis de côté sur le brut : il vise un matelas équivalent à six mois de charges fixes, soit environ 5 300 €, un objectif atteint après dix-huit mois d’indépendance.
Le reste alimente un PEA ouvert récemment, avec des versements irréguliers selon les mois fastes, et un budget vacances lissé à 150 € par mois pour un voyage annuel. Il n’a aucun crédit en cours, ayant choisi de rester locataire tant que ses revenus restent variables.
« Je gagne plus qu’en CDI, mais je n’ai ni tickets restaurant, ni mutuelle payée, ni treizième mois, ni congés payés », résume-t-il. « Sur le papier ça paraît confortable, dans les faits chaque mois est une nouvelle négociation avec moi-même. »
Avec un revenu net de 2 900 €, Nathan se situe nettement au-dessus du salaire médian français, autour de 2 100 € nets pour un temps plein selon l’Insee. Mais son statut d’indépendant lui impose une gestion budgétaire que la plupart des salariés n’ont jamais à affronter — et qu’il a fini par transformer en réflexe plutôt qu’en source d’angoisse.