Dans les comptes de Frédéric, régisseur de théâtre à Rennes à 2 170 € nets par mois
Frédéric a 38 ans, il est régisseur lumière et son pour un théâtre municipal à Rennes, statut intermittent du spectacle. Certains mois il touche 2 400 €, d’autres 1 900 €, selon les tournées et les créneaux de montage. En moyenne lissée sur l’année, il vit avec 2 170 € nets par mois. Voici comment il répartit chaque euro.
« Les gens pensent qu’on bricole des câbles et qu’on rentre chez soi. En vrai, je peux finir un montage à 2h du matin et repartir en tournée le lendemain », raconte-t-il.

Un salaire qui dépend du calendrier des spectacles
Le statut d’intermittent fonctionne par cachets. Frédéric touche environ 145 € brut par jour de travail effectif, régie ou montage compris. Sur un mois chargé, avec 16 jours facturés, cela grimpe à 2 320 € brut, soit environ 1 850 € nets après charges sociales spécifiques au régime.
Les mois creux, l’assurance chômage intermittent complète le trou. Frédéric perçoit alors une allocation journalière calculée sur ses cachets antérieurs, autour de 61 € par jour non travaillé. « Sans ce système, je n’aurais jamais pu tenir dans ce métier », admet-il.
Il arrondit ses fins de mois avec des prestations ponctuelles pour des mariages ou des concerts associatifs, facturées en auto-entrepreneur complémentaire. Cela lui rapporte en moyenne 180 € nets supplémentaires par mois, lissés sur l’année entière.
Au total, revenus mensuels lissés : 2 170 € nets. Mais ce chiffre cache une réalité en dents de scie qui complique sérieusement la gestion du quotidien.
Le loyer et les charges qui ne bougent jamais, eux
Frédéric loue un T2 de 48 m² dans le quartier de Villejean à Rennes, à 620 € charges comprises. Un choix assumé pour rester proche du théâtre et éviter la voiture. « Impossible de me projeter sur un crédit avec des revenus aussi irréguliers », précise-t-il.
L’électricité et le gaz représentent 78 € par mois en moyenne annuelle, chauffage inclus. Son assurance habitation coûte 14 € mensuels, souscrite chez un assureur en ligne pour limiter la facture.
Côté téléphonie et internet, il paie 33 € pour un forfait mobile 80 Go et 32 € pour la fibre, soit 65 € au total. Sa mutuelle intermittent du spectacle, obligatoire et négociée par la profession, lui coûte 52 € par mois.
Il n’a pas de voiture personnelle mais loue ponctuellement un utilitaire pour les tournées, une dépense qu’il classe à part. Ses charges fixes classiques atteignent donc 829 € par mois, un montant contenu qui laisse de la marge malgré l’instabilité des revenus.

Ce que les tournées coûtent vraiment en dehors du salaire
Les déplacements professionnels sont partiellement remboursés par les compagnies, mais pas toujours à hauteur des frais réels. Frédéric avance régulièrement des péages ou des repas qu’il ne récupère qu’un mois plus tard. « Il faut une trésorerie tampon, sinon on coule », explique-t-il.
Pour son alimentation quotidienne, il compte 260 € de courses par mois, cuisine simple et marché du samedi à Rennes. Les repas pris sur les lieux de tournée, souvent au restaurant ou en snacking rapide, ajoutent 90 € supplémentaires.
Ses loisirs personnels, cinéma, concerts et sorties entre amis, représentent 130 € mensuels. Il consacre aussi 45 € à ses abonnements streaming musique et vidéo, outils quasi professionnels pour repérer des ambiances sonores.
Le matériel technique personnel, casque de monitoring, outils de bricolage scénique, chaussures de sécurité, lui coûte environ 55 € par mois en moyenne lissée. Un poste que peu de métiers obligent à financer sur ses propres deniers.
Ce qui reste vraiment à la fin du mois
Une fois les 829 € de charges fixes et environ 580 € de dépenses variables déduits, il reste à Frédéric près de 761 € par mois en moyenne lissée. Mais la réalité budgétaire fluctue fortement selon les périodes de l’année.
Pendant les mois de forte activité, entre septembre et juin, il parvient à épargner 250 à 300 €. L’été, quand les tournées ralentissent et que l’allocation chômage prend le relais, l’épargne tombe à zéro, voire devient négative certains mois.
Il a mis en place un livret A qu’il alimente uniquement lors des périodes fastes, avec pour objectif de lisser justement ces creux estivaux. Son épargne de précaution tourne actuellement autour de 3 200 €, un matelas qu’il juge encore insuffisant.
« Je sais que je devrais épargner plus, mais avec l’intermittence, je préfère garder du cash disponible plutôt que le bloquer ailleurs », confie-t-il. Il n’a aucun crédit en cours, ni voiture ni immobilier, ce qui allège considérablement sa charge mentale financière.
« Je ne gagne pas des fortunes, mais j’aime ce que je fais et je vis correctement à Rennes », résume Frédéric. Avec 2 170 € nets mensuels lissés, il se situe légèrement en dessous du salaire médian français, estimé à environ 2 100 € nets pour un temps plein classique, mais avec une irrégularité que peu de salariés connaissent.