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Ton locataire ne paie plus son loyer ? La loi t’interdit de couper l’eau ou l’électricité toi-même

Publié par Mathieu le 09 Août 2026 à 15:01

Ton locataire ne paie plus son loyer depuis trois mois. Tu ne réponds plus à ses appels, tu es à bout, et une idée te traverse l’esprit : couper l’eau ou l’électricité pour le forcer à réagir. Mauvaise idée. Ce geste, que beaucoup de propriétaires pensent légitime, est en réalité un délit pénal.

La loi protège le locataire même mauvais payeur, et les sanctions pour le bailleur qui perd patience peuvent être bien plus lourdes que l’impayé lui-même.

Propriétaire stressé face aux loyers impayés le soir

Ce que dit précisément la loi

L’article 1719 du Code civil impose au propriétaire de garantir au locataire une jouissance paisible du logement pendant toute la durée du bail. Cette obligation ne dépend pas du paiement du loyer.

Concrètement, couper volontairement l’eau, l’électricité, le gaz ou le chauffage constitue une voie de fait. La loi ALUR de 2014 a même créé un délit spécifique pour ce type de comportement.

L’article 226-4-2 du Code pénal est sans ambiguïté : expulser ou tenter d’expulser un locataire en le privant d’eau, de gaz, d’électricité ou en changeant les serrures est puni de 3 ans de prison et 30 000 € d’amende.

Peu importe que le loyer soit impayé depuis un mois ou depuis deux ans. Le bailleur n’a jamais le droit de se faire justice lui-même, quelle que soit la gravité de la situation.

Cette règle vaut aussi pour le changement de serrure pendant l’absence du locataire, ou pour toute manœuvre visant à rendre le logement inhabitable sans passer par un juge.

Lettre recommandée près d'un compteur électrique

La seule procédure légale pour récupérer ton argent

Face à un impayé, la démarche commence toujours par un dialogue. Un courrier recommandé rappelant la dette et proposant un échéancier évite souvent d’aller plus loin.

Si le locataire ne réagit pas, l’étape suivante consiste à activer la clause résolutoire du bail, si elle existe. Elle prévoit la résiliation automatique après un commandement de payer resté sans effet.

Ce commandement doit être délivré par un commissaire de justice (ex-huissier). Le locataire dispose alors de deux mois pour régulariser sa situation ou saisir la commission de surendettement.

Sans clause résolutoire, ou si le locataire conteste, il faut saisir le tribunal judiciaire pour obtenir la résiliation du bail et l’expulsion. Cette phase peut prendre plusieurs mois.

Une fois la décision de justice obtenue, seul un commissaire de justice peut procéder à l’expulsion, avec le concours de la force publique si besoin. Le bailleur n’intervient jamais physiquement.

Pendant toute cette période, le bailleur peut aussi solliciter la garantie Visale ou les aides sociales du locataire, si celui-ci en bénéficie, pour limiter la perte financière.

Les pièges qui coûtent cher aux propriétaires excédés

Beaucoup de bailleurs pensent qu’un simple courrier menaçant suffit à légitimer une coupure. C’est faux : seule une décision de justice autorise une expulsion, jamais une lettre.

Autre erreur fréquente : croire que couper l’accès aux parties communes ou retirer la porte d’entrée est différent d’une coupure de fluides. La justice sanctionne ces manœuvres de la même façon.

Certains propriétaires demandent au fournisseur d’énergie de couper le compteur en leur nom. Le fournisseur peut refuser, et le bailleur reste pénalement responsable de la demande.

Il faut aussi savoir que la trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars, interdit toute expulsion même avec un jugement, sauf relogement du locataire ou situations très spécifiques.

Enfin, un locataire victime d’une coupure illégale peut saisir le juge des référés en urgence et obtenir des dommages et intérêts, en plus du rétablissement immédiat des fluides à la charge du propriétaire.

La colère est compréhensible face à des mois de loyers impayés, mais céder à ce réflexe transforme le bailleur lésé en auteur d’infraction pénale. Mieux vaut passer par le commissaire de justice, même si la procédure semble longue.

Partage cet article : beaucoup de propriétaires ignorent encore le risque pénal qu’ils prennent en croyant simplement se défendre.

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