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Ton déménagement est prévu un samedi ? Ton propriétaire ne peut pas t’obliger à payer ce mois-là en entier

Publié par Mathieu le 09 Juin 2026 à 15:01

Tu quittes ton logement le 15 du mois, mais ton propriétaire exige le loyer complet jusqu’au 30. Tu paies sans broncher, parce que tu penses que c’est normal. Sauf que la loi dit exactement le contraire — et des millions de locataires se font avoir chaque année.

Ce que la plupart des locataires ignorent en partant

Quand un locataire quitte son logement, il donne son préavis — un mois en zone tendue, trois mois sinon. La date de fin du préavis tombe rarement un premier ou un dernier du mois. Et c’est là que le piège se referme.

Locataire perplexe tenant ses clés et une facture de loyer dans un appartement vide

Beaucoup de propriétaires réclament le loyer complet du dernier mois, même quand le locataire rend les clés le 8, le 12 ou le 18. Certains l’écrivent noir sur blanc dans le bail : « tout mois commencé est dû ». D’autres le présentent comme un usage logique.

En réalité, cette pratique est illégale depuis plus de dix ans. La loi ALUR du 24 mars 2014 a mis fin à cette habitude en modifiant l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989. Le texte est limpide : le locataire ne doit payer que les jours où il occupe réellement le logement pendant la période de préavis.

Concrètement, si ton préavis se termine le 14 du mois, tu ne dois que 14 jours de loyer. Pas un centime de plus. Toute clause du bail qui stipule le contraire est considérée comme abusive et donc réputée non écrite.

Mais alors, pourquoi autant de propriétaires continuent-ils à facturer le mois entier ?

Un texte de loi que les bailleurs « oublient » souvent

L’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 précise que le locataire n’est redevable du loyer « que pour la période où il a effectivement occupé les lieux ». Le calcul se fait au prorata temporis — c’est-à-dire au jour près.

Calcul du loyer au prorata sur un calendrier avec un bail de location

Le mécanisme est simple. Tu divises le montant du loyer charges comprises par le nombre de jours du mois. Puis tu multiplies par le nombre de jours d’occupation réelle. Si ton loyer est de 900 euros et que tu pars le 10 d’un mois de 30 jours, tu ne dois que 300 euros.

Cette règle s’applique à tous les baux d’habitation soumis à la loi de 1989 — soit l’immense majorité des locations en France. Que ton bail soit meublé ou vide, la règle est la même. Le propriétaire ne peut pas y déroger.

La loi va même plus loin. Si une clause « tout mois commencé est dû » figure dans ton contrat de location, elle est automatiquement nulle. Tu n’as pas besoin de la contester devant un juge pour qu’elle perde sa valeur juridique. Elle n’a tout simplement jamais eu de valeur.

Reste un problème concret : comment récupérer l’argent si ton propriétaire refuse de faire le calcul au prorata ?

Les étapes pour récupérer ton argent

Première chose à faire : envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception à ton propriétaire ou à son gestionnaire. Dans ce courrier, cite l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 modifié par la loi ALUR, et demande le remboursement du trop-perçu.

Précise la date exacte de fin de ton préavis, le montant du loyer mensuel, le calcul au prorata et la somme que tu réclames. Garde une copie de tout. La plupart des bailleurs cèdent dès réception de ce courrier, parce qu’ils savent que la loi n’est pas de leur côté.

Si ton propriétaire ne répond pas sous un mois, tu peux saisir gratuitement la commission départementale de conciliation (CDC). Cette instance rattachée à la préfecture traite les litiges locatifs sans passer par un tribunal. La procédure est gratuite et souvent rapide.

En dernier recours, le tribunal judiciaire est compétent. Pour les montants inférieurs à 5 000 euros, tu peux te représenter seul, sans avocat. Les juges appliquent systématiquement la loi ALUR sur ce point — la jurisprudence est constante.

Un réflexe malin : le jour de la remise des clés, fais signer un procès-verbal de restitution daté au propriétaire ou à l’agence. Ce document prouve la date exacte de ton départ et verrouille le calcul du prorata.

Mais attention, plusieurs erreurs courantes peuvent ruiner tes chances de remboursement.

Les pièges qui font perdre des centaines d’euros

Premier piège : rendre les clés en retard. Le prorata se calcule sur la date de fin du préavis, pas sur la date à laquelle tu quittes physiquement les lieux. Si ton préavis se termine le 15 mais que tu rends les clés le 22, tu devras payer jusqu’au 22.

Deuxième erreur classique : confondre date de réception du préavis et date d’envoi. Le préavis court à partir du jour où le propriétaire reçoit ta lettre recommandée, pas du jour où tu la postes. Un week-end ou un retard postal peut décaler ta date de fin d’un ou deux jours — et donc alourdir la note.

Troisième piège : ne pas vérifier si tu es en zone tendue. En zone tendue — Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux et des centaines d’autres communes listées par décret — le préavis est d’un mois seulement. En zone non tendue, c’est trois mois. Se tromper de durée, c’est risquer de payer des semaines supplémentaires pour rien.

Quatrième erreur : accepter que le propriétaire déduise le trop-perçu du dépôt de garantie. Le dépôt de garantie couvre les éventuelles dégradations, pas le loyer. Le remboursement du trop-perçu et la restitution du dépôt sont deux opérations distinctes. Ne laisse pas ton bailleur mélanger les deux pour te payer moins.

Enfin, sache que le délai de prescription est de trois ans. Si tu as quitté un logement il y a moins de trois ans et que tu as payé un mois entier alors que tu es parti en milieu de mois, tu peux encore réclamer la différence. Le montant peut sembler modeste — 300, 400, parfois 600 euros — mais multiplié par des millions de locataires qui déménagent chaque année, ça représente une somme colossale que les propriétaires encaissent en toute illégalité.

Si tu connais quelqu’un qui s’apprête à déménager ou qui a récemment quitté son logement, partage-lui cet article. Cette règle du prorata, presque personne ne la connaît — et elle peut faire économiser plusieurs centaines d’euros en une seule lettre recommandée.

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