Ton locataire quitte le logement en cours de mois : la loi t’interdit de garder tout son loyer
Ton locataire t’annonce son départ le 12 du mois. Tu te dis que le loyer du mois entier est dû, comme d’habitude, puisque le bail commence le 1er et finit le 30 ou 31. Beaucoup de propriétaires pensent ça — et beaucoup de locataires paient sans discuter.
Sauf que la loi ne fonctionne pas comme ça. Elle impose un calcul précis, au prorata du nombre de jours réellement occupés, et personne ou presque ne le réclame.
Ce que dit vraiment la loi sur le loyer d’un mois incomplet
Le principe est simple : un locataire ne paie que pour les jours où il a occupé le logement. Si le contrat de bail se termine le 12 du mois, il doit payer 12 jours de loyer, pas 30.
Ce principe découle de l’article 1728 du Code civil, qui encadre les obligations du locataire, combiné à la jurisprudence constante des tribunaux en matière de bail d’habitation. Le loyer est la contrepartie d’une jouissance du logement, pas un forfait mensuel figé.
Concrètement, dès que le préavis se termine et que les clés sont rendues, l’occupation cesse. Le loyer restant dû s’arrête à cette date, peu importe le jour du mois.
Le calcul est simple : loyer mensuel divisé par le nombre de jours du mois, multiplié par le nombre de jours occupés. Un locataire qui part le 15 juin dans un mois de 30 jours paie donc la moitié du loyer, pas la totalité.

Comment calculer et récupérer ce qui t’est dû
Première étape : identifier la date exacte de fin de bail. C’est celle indiquée sur le congé (lettre de préavis) ou celle de la remise des clés lors de l’état des lieux de sortie, si elle est antérieure au terme légal du préavis.
Deuxième étape : le calcul du prorata. Prends le montant du loyer mensuel (charges comprises si elles sont incluses dans le loyer), divise-le par le nombre de jours du mois concerné, puis multiplie par le nombre de jours d’occupation réelle.
Exemple concret : loyer de 750 € pour un mois de 30 jours, départ le 18. Le calcul donne 750 / 30 = 25 € par jour, soit 450 € dus pour 18 jours occupés, et non 750 €.
Si tu es locataire et que le propriétaire te réclame le mois complet, tu peux t’appuyer sur ce calcul dans un courrier simple. Rappelle l’article 1728 du Code civil et joins ton propre calcul chiffré, jour par jour.
Si tu es propriétaire, attention à l’inverse : rien ne t’oblige à rembourser plus que ce prorata si le locataire est parti avant la fin du préavis légal sans ton accord. Le calcul fonctionne dans les deux sens.

Les pièges qui font perdre de l’argent des deux côtés
Premier piège fréquent : confondre date de préavis et date de départ effectif. Le préavis légal est d’un mois en zone tendue, trois mois ailleurs, sauf motifs légitimes qui le réduisent.
Tant que le préavis court, le loyer reste dû intégralement, même si le locataire a déjà déménagé ses affaires. Le prorata ne s’applique qu’à partir de la date officielle de fin de préavis, pas avant.
Deuxième piège : oublier que la caution ne compense pas ce calcul. Certains propriétaires gardent une partie de la caution en pensant «solder» le loyer restant, alors que les deux sont des sujets totalement distincts encadrés par des règles différentes.
Troisième piège, très fréquent : les charges locatives. Si elles sont payées en même temps que le loyer sous forme de provision mensuelle, elles suivent la même règle du prorata — mais la régularisation annuelle des charges, elle, reste due intégralement pour la période d’occupation réelle.
Dernier point à vérifier : certains baux commerciaux ou meublés de courte durée prévoient des clauses spécifiques dérogatoires. Dans ce cas, relis ton contrat avant toute réclamation, car les règles peuvent légèrement différer.
Un réflexe simple à adopter dès le prochain déménagement
Que tu sois locataire ou propriétaire, le réflexe à avoir est le même : ne jamais valider un montant de loyer «au mois complet» sans vérifier la date exacte de fin d’occupation.
Un simple tableur avec le nombre de jours du mois suffit pour éviter tout litige. En cas de désaccord persistant, la commission départementale de conciliation peut être saisie gratuitement avant d’envisager une action en justice.
Ce droit est méconnu parce qu’il touche un sujet que tout le monde évite d’approfondir : l’argent entre propriétaire et locataire. Partage cet article, il peut éviter une facture salée à quelqu’un qui déménage bientôt.