« Je préconise la semaine de 40 heures sans aucune compensation salariale »: ce patron veut que les salariés travaillent plus (et il n’est pas le seul)

En Allemagne, une phrase fait grincer des dents dans tous les foyers ouvriers. Un grand patron vient de dire tout haut ce que d’autres murmuraient depuis des mois : travailler plus, sans gagner un centime de plus. Derrière cette proposition choc, c’est toute l’industrie allemande qui vacille, et un bras de fer social qui s’annonce déjà terrible.
Une exception historique remise en cause
Depuis 1984, une partie des salariés allemands bénéficie d’un privilège arraché de haute lutte. Sept semaines de grève, des dizaines de milliers de métallurgistes mobilisés, et au bout du combat : une réduction du temps de travail à 35 heures hebdomadaires. Un acquis qui concerne aujourd’hui environ 20% de l’ensemble des salariés allemands, principalement dans l’automobile, l’ingénierie et la métallurgie.
Mais quarante ans plus tard, ce symbole social vacille. L’industrie allemande traverse une crise sans précédent, un peu comme quand certains secteurs se vident brutalement sans que personne ne s’y attende vraiment. Depuis fin 2017, la production industrielle a chuté de plus de 15%, plombée par les prix de l’énergie, la concurrence chinoise et les droits de douane américains. Un contexte qui rappelle à quel point les décisions américaines pèsent lourd sur les économies européennes.
Le patron de Stihl monte au créneau
C’est dans ce contexte tendu que le dirigeant du fabricant de tronçonneuses Stihl a lâché sa bombe : « Je préconise la semaine de 40 heures sans aucune compensation salariale ». Son argument est simple, presque brutal : « Nous ne bénéficions plus de l’avantage de productivité sur nos principaux concurrents qui justifiait nos coûts de main-d’œuvre élevés ».
Il n’est pas seul sur cette ligne. Chez Mercedes-Benz, Martin Brudermüller, président du conseil de surveillance, tient un discours quasi identique : il faut « rendre le coût du travail plus compétitif en Allemagne comparé aux normes internationales ». Selon lui, deux options existent seulement : baisser les salaires, ce qui reste « pratiquement inacceptable », ou travailler plus pour le même argent. Un dilemme qui n’est pas sans rappeler d’autres bouleversements imposés au quotidien des salariés ces derniers mois.

Un écart de coûts qui donne le vertige
Marcus Berret, directeur général mondial du cabinet de conseil Roland Berger, a chiffré l’ampleur du problème auprès du Financial Times. « En matière de coûts de main-d’œuvre, on ne parle pas d’une différence de 10 ou 20% avec les économies concurrentes. Dans certains cas, on parle d’un facteur de trois ou quatre », a-t-il expliqué. Un écart vertigineux qui explique pourquoi Volkswagen a déjà annoncé la suppression de 100 000 emplois d’ici 2030.
Face à cette offensive patronale, le syndicat IG Metall, le plus puissant du pays, refuse catégoriquement le retour aux 40 heures sans compensation. Nadine Boguslawski, responsable des négociations collectives, rappelle d’abord que « la semaine de 35 heures rigide dont on parle parfois n’existe tout simplement pas », grâce à la flexibilité des accords existants.
Elle va plus loin et prévient : « Si l’on inverse la tendance et que l’on augmente la durée du travail à 40 heures par semaine, que ces heures supplémentaires soient rémunérées ou non, on a tendance à avoir besoin de moins de travailleurs ».
Un paradoxe qui pourrait, selon elle, détruire des emplois plutôt qu’en sauver.
Statistiquement, les Allemands travaillent pourtant déjà moins que la plupart des salariés de l’OCDE, avec une moyenne de 37,8 heures par semaine. Un chiffre trompeur, largement tiré vers le bas par la forte proportion de temps partiel, notamment chez les femmes.
Entre patronat inquiet pour sa survie industrielle et syndicats vent debout contre un recul social, l’Allemagne s’apprête à vivre un automne électrique. Reste une question qui dépasse largement le Rhin : et si demain, c’était la France qui devait choisir entre travailler plus et voir ses usines fermer ?