Dans ce hangar près de Castellane, un homme cache 120 Citroën presque neuves depuis 1938

Il y a les musées automobiles institutionnels, avec leurs vitrines léchées et leurs cordons rouges. Et puis il y a ce hangar posé sur la Route Napoléon, à Castellane, qui ressemble à un secret bien gardé. Derrière ses murs, un homme a passé quarante ans à traquer des Citroën presque intactes, jamais restaurées, à peine sorties d’usine. Le résultat dépasse tout ce qu’on imagine.
Un hangar de province qui rivalise avec les grands musées officiels
À Castellane, dans les Alpes-de-Haute-Provence, un musée privé baptisé Citromuseum Castellane fait sérieusement de l’ombre au Conservatoire Citroën officiel. Le principe est simple sur le papier, vertigineux dans les faits : une seule marque, de la fin des années 1930 aux youngtimers des années 1990, réunie dans un même lieu. Plus de 120 Citroën y sont exposées, toutes rescapées d’une autre époque, comme le rapporte le média britannique Autocar.
Derrière ce nom presque institutionnel se cache en réalité l’histoire d’un seul homme. Cette passion pour la carrosserie française n’est pas isolée : d’autres amateurs traquent aussi les détails techniques d’un autre temps, ceux qui racontent une France disparue.
Ici, chaque allée du musée fonctionne comme un couloir du temps, où l’on croise aussi bien des berlines populaires que des prototypes que même les spécialistes n’ont jamais vus tourner.
On pourrait presque comparer la démarche à celle des passionnés qui traquent les objets du quotidien devenus rares, sauf qu’ici, ce sont des voitures entières qui ont survécu.
Henri Fradet, quarante ans à chasser des voitures presque neuves
Le collectionneur s’appelle Henri Fradet. En quatre décennies de recherches obstinées, il a constitué une flotte de Citroën d’après-guerre dans un état d’origine quasi irréprochable. Sa règle ne varie jamais : dénicher des modèles très peu kilométrés, et surtout jamais restaurés. Pour les trouver, il a sillonné la France, puis l’Europe entière, à l’affût de la meilleure auto possible.
Le résultat impressionne les spécialistes : les voitures affichent en moyenne autour de 20 000 km au compteur, un chiffre dérisoire pour des véhicules qui ont parfois 70 ou 80 ans. Cette obsession du kilométrage rappelle d’autres traques patrimoniales, comme celles menées autour des objets du quotidien oubliés par la majorité des Français.
Le musée se déploie sur trois grands halls : le premier consacré à la Traction Avant, aux DS et ID, avec des prototypes rarissimes comme la M35 ou la GS Birotor. Le deuxième rassemble la mythique 2CV et ses fourgonnettes Type H, dont un ancien HZ.
Le troisième aligne les youngtimers, de la GS à la Xantia Activa en passant par la CX et la BX.

Une Traction de 1952 et la plus vieille DS de série encore existante
Pour comprendre l’ampleur du travail d’Henri Fradet, il faut s’attarder sur quelques pièces précises. Une Traction 15/6 de 1952, exposée depuis 2016, embarque un six cylindres de 2,9 litres et 77 chevaux, typique du haut de gamme Citroën de l’époque. Acquise par un premier propriétaire en 1973, elle n’affichait alors qu’environ 40 000 km.
Mais la pièce la plus rare reste une DS de 1955, châssis numéro 32, considérée comme la plus ancienne DS de série connue au monde. Cette année-là, seulement 175 DS avaient été immatriculées, toutes assemblées entièrement à la main.
Voiture de démonstration dans une concession de Valence, elle a changé plusieurs fois de propriétaire avant de passer treize ans dans un musée hollandais, puis de rejoindre Castellane en 2004. Elle affiche aujourd’hui 69 000 km.
Non loin, une ID 19 de 1963 peinte en Bleu de Provence, 27 000 km au compteur, et un cabriolet DS 21 signé Henri Chapron, l’un des 1 365 exemplaires jamais construits, complètent ce tableau.
Situé route de la Palud, le musée ouvre d’avril à octobre, l’après-midi, pour environ 10 € l’entrée adulte, et il n’est pas rare d’y croiser Fradet lui-même.
Quarante ans de patience pour des voitures qui n’ont presque pas roulé : voilà le paradoxe qui rend ce musée fascinant. La prochaine fois que vous longerez la Route Napoléon, ralentissez un peu, un bout d’histoire automobile française vous attend derrière ce hangar discret.