Coupé-cabriolet, baroudeur de poche, monospace : ces voitures adorées ont disparu des concessions
Il y a vingt ans, un simple tour de concession suffisait pour trouver un coupé-cabriolet, un petit 4×4 increvable ou un monospace familial capable d’avaler 1 000 km sans broncher. Aujourd’hui, ces trois familles ont quasiment disparu des gammes, remplacées par une seule silhouette : le SUV.
Ce n’est pas un hasard ni une simple mode. C’est le résultat d’un calcul économique froid, répété génération après génération de modèles.
Le toit qui se rétracte, une folie que plus personne ne finance

Retour à la fin des années 2000. La première Peugeot 308 se déclinait en quatre carrosseries : berline trois portes, cinq portes, break, et même un coupé-cabriolet. Aujourd’hui, il n’en reste que deux, et les deux sont en perte de vitesse.
Le phénomène ne concerne pas que Peugeot. Une autre Peugeot adorée des Français a d’ailleurs connu un sort similaire ces dernières années. Dans les années 2000, Opel, Ford, Renault et Volkswagen décapotaient tous leurs modèles phares, jusque dans le segment des citadines avec la Nissan Micra C+C ou la Peugeot 206 CC.
C’est justement cette 206 CC, aux côtés de la Mercedes SLK, qui a lancé la mode du toit rigide escamotable à la fin des années 90. Les deux modèles circulent encore massivement en occasion, à des prix devenus très accessibles.

369 000 exemplaires vendus, et pourtant abandonné
La Peugeot 206 CC a pourtant été un carton commercial : 369 000 exemplaires écoulés. Un chiffre qui aurait dû garantir une descendance.
Sauf que produire un cabriolet coûte cher : renforts de caisse, mécanisme de toit complexe, développement spécifique pour un volume de ventes toujours limité face aux compactes classiques. Quand la rentabilité prime, la niche finit sacrifiée au premier renouvellement de gamme.
Seul un constructeur a tenté un pari à contre-courant récemment : Volkswagen avec son T-Roc Cabriolet, lancé alors que plus personne n’attendait ce genre de carrosserie sur un SUV urbain. Le changement de génération du modèle a eu raison de cette tentative, probablement peu rentable elle aussi.
Le petit 4×4 rustique qui a dû se civiliser pour survivre
Le segment des SUV urbains, aujourd’hui saturé de modèles à l’allure de baroudeur, est né à l’exact opposé de ce qu’il est devenu. Les vrais tout-terrains de poche, eux, ont progressivement disparu des catalogues.
Le meilleur exemple reste le Suzuki Samurai et son cousin espagnol Santana, tous deux issus du minuscule LJ10 présenté en 1968. Moteur de 360 cm³, quatre roues motrices, garde au sol généreuse et poids plume : la recette était rudimentaire mais redoutablement efficace hors bitume.
En 1985, le Samurai débarque en Europe dans une version « civilisée », avec de vraies portes en dur. Il séduit aussi bien les jeunes urbains que les agriculteurs et les chasseurs, avant que la recette ne se perpétue sur les générations de Jimny.
La réglementation qui a eu raison du dernier baroudeur de poche
Le Jimny est resté fidèle à sa philosophie jusqu’en 2025 en France, avant que la réglementation GSR2 sur la sécurité des véhicules ne mette fin à sa commercialisation. Un cas presque unique de disparition imposée par la loi plutôt que par le marché.
À l’inverse, le Toyota RAV4 illustre la métamorphose complète du segment. Lancé en 1993 en version courte trois portes, il mesurait à peine 3,70 m, moins qu’une Twingo actuelle, tout en embarquant quatre roues motrices et un blocage de différentiel.
Génération après génération, le petit tout-terrain s’est transformé en SUV familial volumineux, sans réelle prétention off-road. La quasi-totalité du segment a suivi cette même trajectoire, au point de rendre les vrais baroudeurs de poche introuvables en neuf.
Le monospace, victime de sa propre image trop sage
Autre grande famille disparue des radars : le monospace. Né en 1983 avec le Chrysler Voyager en Amérique du Nord et le Renault Espace en Europe, le concept a mis des années à s’imposer avant de décoller vraiment dans les années 90.
Renault a démultiplié la formule vers le bas avec la Twingo et le Scénic, pendant que l’Espace se muait en version luxueuse Baccara, parfois même équipée d’un V6 sous le capot. Opel, de son côté, tentait de séduire les passionnés avec ses Zafira et Meriva OPC.
À l’époque, les SUV n’étaient encore que des 4×4 plus ou moins rustiques, quand les monospaces offraient déjà un confort de long-courrier familial. C’est justement cette bataille d’image qui a fini par les enterrer.

Pourquoi le SUV a gagné la guerre des carrosseries
Les constructeurs ont cherché pendant des années à rendre « sexy » un véhicule pensé avant tout pour être pratique. Un pari perdu d’avance face au SUV, pourtant objectivement moins modulable, mais qui a su faire rêver.
Coupé-cabriolet, baroudeur de poche, monospace familial : trois genres différents, un seul point commun. Aucun n’a survécu à la rationalisation des gammes ni à l’appétit des Français pour une seule et même silhouette dominante.

Reste à savoir si, comme le T-Roc Cabriolet, un constructeur osera un jour raviver l’une de ces recettes disparues. Pour l’instant, aucun signal en ce sens ne pointe à l’horizon des salons automobiles.