« Je l’ai ramené dans un cercueil » : à 20 ans, il volait des Ferrari à 400 000 € pour payer la dialyse de son père


Trois Ferrari dérobées dans des parkings parisiens. Un réseau de voleurs redoutablement organisé. Et au bout de la chaîne, un livreur de 20 ans qui jure avoir fait tout ça pour sauver son père. À la barre du tribunal de Paris, l’audience a basculé dans un registre que personne n’attendait.
Trois bolides à 400 000 euros volatilisés en quatre jours
Tout commence les 23 et 27 octobre 2025, dans les parkings Indigo des beaux quartiers de la capitale. L’opération est chirurgicale. Une première équipe de « pirates » repère les Ferrari garées, crochète les portières sans laisser la moindre trace, puis utilise du matériel électronique pour encoder des clés vierges à partir de la clé d’origine.
Personne ne touche aux voitures. Pas encore. Le deuxième acte se joue quelques heures plus tard. Des « pilotes » récupèrent les clés dans le 20e arrondissement, foncent vers les parkings, démarrent les bolides comme s’ils en étaient propriétaires et filent vers le Val-d’Oise. Un brouilleur GPS sur le siège passager empêche tout traçage. Le scénario ressemble à un film, sauf que le récit est bien réel.
Les Ferrari atterrissent dans une zone industrielle, enfermées dans un conteneur direction Le Havre, puis la Sierra Leone. C’est lors d’un second convoi que la brigade de répression du banditisme intercepte un conteneur au Havre. Dedans : une Ferrari volée à Paris et une Lamborghini dérobée en Suisse.
Le réseau est démantelé, cinq hommes sont interpellés. Parmi eux, un jeune homme que rien ne semblait destiner à ce genre d’affaire — et dont le mobile va surprendre toute la salle.
Yassine, 20 ans, livreur devenu convoyeur de Ferrari
Ce jeudi 4 juin 2026, Yassine fixe le sol de la 23e chambre du tribunal de Paris. Voix blanche, regard absent. Le jeune homme de 20 ans, déjà condamné pour extorsion, travaillait comme livreur quand un proche l’a approché pour convoyer des véhicules de luxe. Il dit avoir touché quelques centaines d’euros à peine.
Son explication, il la répète comme une litanie : « Je voulais payer la dialyse de mon père. C’était très dur à vivre. Je ne savais plus quoi faire. » Son projet était de financer les soins, puis de rapatrier son père en Tunisie. L’homme sera bien rapatrié. Mais dans un cercueil. « Je voulais le ramener en Tunisie. Je l’ai fait dans un cercueil », lâche Yassine à la barre.
Les magistrats ne sont pas dupes de l’émotion. La présidente rappelle la gravité des faits : « Vous voyez de quel type de voiture on parle. Il ne s’agit pas d’une Smart volée dans la rue.
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» Le procureur enfonce le clou en décrivant une mécanique digne du grand banditisme : « Il s’agit d’une équipe professionnelle et expérimentée. » Les réquisitions tombent : jusqu’à trois ans de prison ferme pour le cerveau présumé, deux ans dont un ferme aménageable pour Yassine.
Reste à savoir si la défense peut fissurer ce tableau aussi impeccable que les vols eux-mêmes.

« C’est des Ferrari, et alors ? » : quand les avocats dynamitent l’audience
Les pénalistes n’ont pas l’intention de laisser le récit se figer dans l’image d’une mafia parfaitement huilée. Premier argument : les prévenus ont pris des selfies dans les Ferrari volées « comme des gosses dans un parc d’attraction ». Pas vraiment le comportement de professionnels aguerris.
Me Hugo Jaroussie, avocat du fournisseur de clés encodées, pousse la provocation plus loin : « C’est des Ferrari, et alors ? C’est plus grave parce qu’on s’attaque aux riches ? Ça serait moins grave de voler la Range Rover d’un coiffeur francilien qui en a besoin tous les jours ?
» L’avocate de Yassine, elle, pointe un angle social rarement abordé dans les tribunaux parisiens : « Les quartiers populaires sont un vivier extrêmement important pour le grand banditisme. C’est une main-d’œuvre docile et peu chère. »
Le tribunal suit largement les réquisitions. 30 mois de prison ferme avec maintien en détention pour le cerveau présumé. Un an de prison pour Yassine. Le juge d’application des peines décidera si le jeune homme peut purger sa peine sous bracelet électronique, loin des parkings de luxe où tout a commencé. Entre les lignes du verdict, une question reste ouverte : Yassine était-il un rouage exploitable ou un complice volontaire ?
Un père mourant, un fils de 20 ans et trois Ferrari à 400 000 euros : rarement une audience aura autant brouillé la frontière entre détresse et délinquance. On peut condamner les actes sans ignorer ce qui les a nourris. Et vous, vous auriez plaidé quoi à la barre ?