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« Je pensais qu’il plaisantait » : Spielberg a d’abord détesté le thème le plus culte de sa carrière

Publié par Elsa Fanjul le 10 Sep 2026 à 6:30
Réalisateur ému dans une salle de cinéma sombre

Deux notes de contrebasse, un tempo qui s’accélère, et des générations entières qui n’osent plus se baigner tranquillement. Le thème des Dents de la Mer fait partie des musiques de film les plus reconnaissables au monde. Mais son créateur a dû batailler pour convaincre un réalisateur qui n’y croyait pas du tout au départ.

Une collaboration née un an avant le chef-d’œuvre

Steven Spielberg et John Williams forment aujourd’hui l’un des duos les plus mythiques d’Hollywood. Leur association a donné naissance à des films devenus incontournables : Jurassic Park, La Liste de Schindler, ou plus récemment Disclosure Day, sorti en salles en mai 2026.

Tout commence pourtant discrètement en 1974, avec Sugarland Express. Le film passe relativement inaperçu, mais la confiance s’installe entre les deux hommes. Comme beaucoup de figures qui marquent leur époque, certains artistes mettent parfois du temps à trouver leur alchimie créative avant d’exploser au grand jour.

C’est en 1975, avec Les Dents de la Mer, que le duo signe son premier véritable chef-d’œuvre. Spielberg livre un blockbuster novateur, aussi terrifiant qu’inattendu pour l’époque. Williams, lui, compose une bande originale qui va marquer durablement l’histoire du cinéma et rester gravée dans la mémoire collective bien après la sortie du film.

Quand Spielberg jugeait la musique « trop simple »

Le thème est resté dans toutes les mémoires : quelques notes graves à la contrebasse, au violoncelle et au tuba, dont le rythme s’accélère pour signaler l’approche du requin. Une trouvaille minimaliste devenue un modèle du genre. Pourtant, quand John Williams a présenté ce thème pour la première fois à Spielberg, la réaction du réalisateur a été loin de l’enthousiasme.

« Je m’attendais à quelque chose d’extrêmement complexe », confie Spielberg dans le livre Spielberg : naissance d’un réalisateur légendaire, signé Laurent Bouzereau. Le cinéaste raconte que Williams lui a joué le fameux « Dun dun, dun dun, dun dun » en n’utilisant que deux doigts au piano. « Je pensais qu’il plaisantait », admet-il aujourd’hui, encore un peu amusé par ce souvenir.

Le réalisateur trouvait alors la composition beaucoup trop épurée pour porter l’angoisse du film. C’est finalement l’insistance du compositeur qui a fait basculer les choses, malgré les doutes initiaux exprimés par Spielberg lui-même.

Contrebasse et violoncelle dans un studio d'enregistrement

Un Oscar et un héritage qui dépasse le film

Convaincu à force d’écoutes, Spielberg finit par céder et laisse Williams imposer sa vision. Le résultat dépasse toutes les attentes : la musique devient indissociable du film, au point que l’on ne peut plus penser aux Dents de la Mer sans entendre ces deux notes obsédantes.

Des années plus tard, dans une interview au 20h30 de France 2, Spielberg n’a aucun mal à reconnaître le génie de son collaborateur. Il estime que Williams est « responsable d’au moins la moitié de la réussite de ce film ». Un aveu rare venant d’un réalisateur aussi reconnu.

« John Williams a trouvé un son très primal, primitif, qui nous touche dans des parties humaines indéfinissables », ajoute Spielberg. Cette musique va valoir à Williams son deuxième Oscar, après celui obtenu pour Un violon sur le toit en 1972. Il enchaînera ensuite avec les récompenses pour Star Wars, épisode IV en 1978, E.T. l’extra-terrestre en 1983, puis La Liste de Schindler en 1994.

Un simple « Dun dun » que personne ne prenait au sérieux est devenu l’un des thèmes les plus imités du cinéma. La prochaine fois que vous entendrez ces deux notes, souvenez-vous que même leur créateur a failli les abandonner.

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