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« Il n’y a plus une goutte depuis 18 jours » : cette rivière normande jamais vue à sec depuis 1979

Publié par Elsa Fanjul le 23 Août 2026 à 13:30
Lit de rivière asséché avec terre craquelée en Normandie

Dans le Calvados, l’été 2026 restera dans les mémoires pour de mauvaises raisons. Près de Vire Normandie, plusieurs cours d’eau ont tout simplement cessé de couler. Un phénomène si rare que même les habitants les plus âgés n’en avaient jamais été témoins à cette période de l’année.

Un ruisseau normand qui coule depuis des générations, à sec pour la première fois en juillet

À Burcy, petit village qui a donné son nom à Valdallière, coule habituellement l’Allière. Cet affluent de la Vire s’étire sur 18,4 kilomètres, entre les communes d’Estry et du Theil-Bocage. Un cours d’eau modeste, mais fidèle, qui n’avait jamais failli aussi tôt dans la saison.

Hervé Chanu, ancien maire de la commune, vit ici depuis 1958. Il connaît chaque recoin de la rivière. « Normalement, même l’été, il y a une dizaine de centimètres de profondeur ici », explique-t-il. Cette année, le lit du ruisseau est totalement à nu.

Ce qui inquiète surtout cet ancien agriculteur, c’est la précocité du phénomène. Il se souvient d’épisodes similaires en 1976, en 2022 et en 2003, mais jamais dès le mois de juillet. Un rythme qui rappelle d’autres épisodes de canicule qui frappent la France de plus en plus tôt dans l’année, bouleversant les repères des habitants les plus anciens comme des écosystèmes locaux.

Des vaches privées d’eau et une mémoire vieille de 90 ans convoquée

Pour vérifier que ce phénomène est bien exceptionnel, Hervé Chanu est allé consulter un témoin encore plus ancien. Gérard Beaugeard, maire de Burcy entre 1983 et 2001, a aujourd’hui 90 ans. Il ne se souvient que de deux assecs complets de l’Allière au cours de tout le XXe siècle : en 1959 et en 1979.

Autant dire que ce qui se joue actuellement sort largement des habitudes climatiques locales. Les conséquences ne sont pas seulement esthétiques ou symboliques. Les vaches, qui venaient boire directement dans la rivière à plusieurs endroits des berges, ont dû être déplacées ailleurs.

Hervé Chanu se souvient d’une autre sécheresse marquante, celle de 1976. « On nourrissait les vaches avec un mélange de paille et de mélasse », raconte-t-il. Il sait aussi ce que la soif fait au rendement laitier. « Elles peuvent produire 10 litres de lait en moins par jour.

» Mais la comparaison s’arrête là : en 1976, le cheptel était bien moins important qu’aujourd’hui, ce qui change radicalement l’ampleur des conséquences économiques pour les éleveurs, un peu comme d’autres filières françaises subissent aujourd’hui des bouleversements liés au climat.

Agriculteur âgé inquiet devant un ruisseau à sec

La Souleuvre aussi à sec, et une angoisse déjà tournée vers les prochains orages

L’Allière n’est pas la seule victime de cette sécheresse hors norme. La Souleuvre, autre rivière du bassin virois, s’est également tarie. « Il reste des endroits où il y a de l’eau, mais ce sont des mares, l’eau est stagnante », précise un riverain. Là où l’eau devrait couler, elle stagne, immobile, signe que le débit naturel s’est totalement interrompu.

Guy Brouard, 72 ans, habite tout près du Moulin Pinel, à l’endroit où le Courbençon rejoint la Souleuvre. « Normalement, même en été il y a de l’eau. C’est la première fois que je vois la rivière à sec », confie-t-il. Une phrase qui résume à elle seule l’ampleur inédite de la situation dans cette région du Calvados.

Mais l’inquiétude de Guy Brouard ne s’arrête pas au présent. Il pense déjà à ce qui va suivre. « Ce qui m’inquiète, c’est quand l’eau va revenir. À la première pluie d’orage, la vallée va être inondée, parce que le sol est sec comme du béton.

» Un sol trop compact absorbe mal l’eau, et transforme la moindre averse violente en risque de crue soudaine, un phénomène redouté après les longues périodes de sécheresse extrême observées ailleurs en France.

Entre rivières asséchées et craintes d’inondations à venir, le bassin virois vit un été suspendu entre deux extrêmes. Et si la pluie finit par revenir, ce ne sera peut-être pas le soulagement espéré.

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