« Ils ne m’ont pas aidé » : le motard percuté par la voiture de Jean-Pierre Raffarin porte plainte
Un carrefour parisien, une moto, une voiture officielle avec gyrophare : l’accident aurait pu passer inaperçu. Sauf qu’il implique Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre, et qu’un homme de 30 ans dit avoir été laissé seul après le choc. Le parquet vient d’ouvrir une enquête, et les versions des deux camps ne concordent pas du tout.

Une collision au feu rouge dans le 17e arrondissement

Les faits se sont produits à l’intersection du boulevard Malesherbes et du boulevard Courcelles, dans le 17e arrondissement de Paris. Selon le parquet, la collision a mis en cause une moto et une voiture administrative appartenant au ministère des Affaires étrangères, conduite par un chauffeur transportant Jean-Pierre Raffarin.
Le conducteur du deux-roues, qui souhaite rester anonyme et se fait appeler Victor, affirme être passé au vert. Il dit avoir été percuté par une voiture avec gyrophare arrivant par sa droite, qu’il n’a vue que trop tard. Un témoin est venu appuyer sa version, en indiquant que le véhicule avec gyrophare était passé au rouge, un élément qui rappelle d’autres accidents de la circulation parisienne aux conséquences dramatiques.
De son côté, le chauffeur de l’ancien chef du gouvernement, né en octobre 1972, a confirmé avoir utilisé le deux-tons. Il évoque toutefois la présence d’un camion qui aurait pu réduire sa visibilité au moment de franchir le carrefour, un détail que l’enquête pour blessures involontaires devra désormais trancher.
Le récit glaçant de Victor, laissé sans nouvelles
Dans une interview accordée à Mediapart, Victor livre un témoignage qui détonne avec la fonction du passager impliqué. Il raconte ne pas se souvenir avoir entendu la sirène au moment du choc, contredisant ainsi la version du chauffeur.
Mais c’est surtout l’après-accident qui le marque. L’homme de 30 ans affirme ne pas avoir vu Jean-Pierre Raffarin descendre de la voiture après le choc. Ni le chauffeur ni l’ancien ministre ne se seraient souciés de lui sur place, selon ses propos rapportés par le média d’investigation.
« Ils ne m’ont pas aidé, ne m’ont pas parlé et n’ont pas pris de mes nouvelles », regrette-t-il. Une phrase qui résonne particulièrement fort venant d’un homme percuté par une voiture officielle mise à disposition d’un ancien Premier ministre, symbole des égards habituellement réservés à ces personnalités.
Une lettre qui incrimine le chauffeur, une plainte déposée
Fin juin, après que Mediapart a révélé l’existence de cet accident, Jean-Pierre Raffarin a réagi publiquement en indiquant regretter profondément cet accident. Une déclaration tardive qui n’a pas suffi à apaiser la colère du motard.
Selon Victor, l’ancien Premier ministre se serait tout de même rendu à l’hôpital où il était soigné, sans parvenir à le voir sur place. Il aurait alors laissé un mot manuscrit. « Dans cette lettre, il incrimine complètement son chauffeur », révèle Victor à Mediapart, un détail qui éclaire d’un jour nouveau la stratégie de défense adoptée.
Me Matteo Bonaglia, l’avocat du motard, reste prudent sur le fond du dossier tant que l’enquête est en cours. Il confirme néanmoins avoir déposé une plainte quelques jours après l’accident, principalement pour solliciter la réalisation rapide de certains actes d’enquête. L’objectif : éviter que des preuves ne disparaissent avant que la justice n’ait pu les examiner.
Entre le mot manuscrit à l’hôpital et le silence sur le lieu de l’accident, le décalage entre les gestes de Jean-Pierre Raffarin interroge autant qu’il divise. L’enquête pour blessures involontaires, désormais entre les mains de la justice, devra dire qui, du motard ou du chauffeur, a réellement grillé ce feu rouge.