Alaska : « Il a survécu 62 heures en mer » en s’accrochant aux corps de son frère et de son cousin

Un simple fil de pêche coincé dans un moteur. C’est parfois tout ce qu’il faut pour transformer une sortie de routine en drame absolu. En Alaska, une famille pleure aujourd’hui deux de ses membres, disparus dans les eaux glacées du détroit de Béring.
Mais au milieu de ce cauchemar, un adolescent de 15 ans a tenu. Pendant près de trois jours, sans nourriture, sans eau, il a lutté contre le froid et la mer. Ce qu’il a fait pour survivre, et ce qu’il a vécu aux côtés des corps de ses proches, laisse la famille sans voix.
Une sortie de pêche qui vire au cauchemar
Le 4 septembre, Derek Parker Aghnaanga, 15 ans, part pêcher le flétan avec son grand frère et son cousin près de l’île Saint-Laurent, dans le nord de l’Alaska. Une sortie banale, répétée mille fois par les familles de la région. Sauf que ce jour-là, tout bascule.
Selon la famille, une ligne de pêche se serait coincée dans le moteur du petit bateau, provoquant son chavirage en pleine mer. L’embarcation dérive ensuite vers le large, emportée par les courants du Béring, cette étendue d’eau redoutée pour sa froideur mortelle.
À bord se trouvent trois personnes : Derek, son frère Sidney Kulowiyi, 35 ans, qui pilotait le skiff, et leur cousin Barton Rookok, 34 ans. Aucun des trois n’imagine alors ce qui les attend. Ce genre d’accident, on le retrouve parfois dans les affaires les plus glaçantes où un détail minuscule change tout un destin.
Les gardes-côtes ne sont alertés que le dimanche soir, quand les Alaska State Troopers signalent que le groupe n’est jamais rentré. Un délai qui, en pleine mer froide, peut coûter la vie. Pendant ce temps, comme dans d’autres récits de survie extrême, chaque heure compte double.
Soixante-deux heures de survie, seul avec la prière
Ce n’est que le 7 septembre, vers 10h30 du matin, que les secours repèrent enfin Derek. Il est assis sur la coque retournée du bateau, épuisé, gelé, affamé. Cela fait 62 heures qu’il flotte à la surface de l’un des océans les plus impitoyables au monde.
« Quatre jours et trois nuits. Il a vécu de prière, sans nourriture ni eau », a écrit sa mère, Vina Kulowiyi, sur Facebook. « Il a dit qu’il était assis comme ça, en train de prier, tout le temps. » Une phrase qui résume à elle seule l’ampleur de l’épreuve traversée.
Les gardes-côtes font alors appel à l’équipage du Northwest Explorer, un navire de pêche transportant des scientifiques, présent non loin de là. C’est ce bateau qui va finalement recueillir l’adolescent, hypothermique, et le maintenir éveillé sous des couvertures pendant tout le trajet vers Nome.
Le capitaine du navire de secours, Adam White, a confié à la chaîne locale KTUU que Derek, les dents claquantes de froid, a réussi à articuler que son frère était encore coincé sous le bateau retourné.

Il a tenté de retenir les corps de ses proches
C’est là que le récit devient réellement bouleversant. Selon les proches de la famille, Sidney Kulowiyi s’est noyé, resté coincé sous l’embarcation renversée. Barton Rookok, lui, a survécu une journée entière aux côtés de Derek avant de céder à la panique, de plonger dans l’eau et de mourir à son tour.
Sa tante, Colleen Walker, a écrit sur une cagnotte en ligne que Derek « a essayé de s’accrocher à eux aussi longtemps qu’il a pu, après qu’ils se sont noyés ». Une image insoutenable, celle d’un adolescent seul en pleine mer, tentant désespérément de retenir les corps de son frère et de son cousin.
Les deux dépouilles ont finalement pu être récupérées par le même bateau de secours, précise la BBC. Une fin tragique qui n’enlève rien à la performance physique et mentale de l’adolescent survivant.
Dans un geste symbolique fort, la famille a annoncé la naissance d’un nouveau bébé le jour même du sauvetage, prénommé Dale Sidney Scott Salleka Kulowiyi Jr., en hommage direct au frère disparu. Un enfant qui ne connaîtra jamais son oncle, mais portera son nom pour toujours. Une cagnotte de soutien a depuis presque atteint son objectif de 45 000 dollars pour aider la famille à couvrir les frais funéraires.
Derek se remet aujourd’hui de son épreuve, entouré des siens, en train de rattraper des nuits de sommeil qu’il n’a jamais eues en pleine mer. Une histoire qui rappelle, une fois de plus, à quel point l’océan ne pardonne rien — et à quel point la volonté humaine, elle, peut parfois tout tenir.