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Affaire Lyhanna : l’ADN confirme le pire, et ce que l’État savait depuis des mois glace le sang

Publié par Cassandre le 06 Juin 2026 à 10:39
Mémorial floral et bougies devant une école de village

Une collégienne de 11 ans, disparue depuis le 29 mai dans le Gers. Un corps retrouvé sur une exploitation agricole abandonnée. Et une confirmation qui brise tout espoir : l’ADN ne laisse plus aucun doute, c’est bien Lyhanna.

Mais derrière le drame, c’est une autre vérité qui émerge. Celle d’un système qui savait, qui avait les signaux — et qui n’a rien fait à temps. Ce que les enquêtes administratives commencent à révéler donne le vertige.

Un corps retrouvé grâce à un appel et huit années de mémoire

Mercredi 4 juin 2026, en début d’après-midi, les gendarmes reçoivent un appel décisif. Une personne signale que Jérôme Barella, le suspect mis en examen pour enlèvement et séquestration, avait travaillé il y a huit ans sur un silo à grains situé à Puycasquier, dans l’est du Gers. Un site aujourd’hui désaffecté, que personne n’avait encore identifié dans l’enquête.

Une équipe se rend sur place immédiatement. Dans un espace écarté de toute vue directe, le corps d’un enfant est découvert, porteur de vêtements similaires à ceux de Lyhanna au moment de sa disparition. Le procureur d’Agen Olivier Naboulet, la juge d’instruction et leurs équipes se transportent sur site dès l’après-midi.

L’intervention mobilise des techniciens en identification criminelle, puis des légistes de l’IRCGN de Pontoise. Après des heures de relevés, le corps est héliporté peu après 4 heures du matin vers les laboratoires. L’autopsie, ordonnée par la juge d’instruction, est pratiquée le lendemain matin.

À 18h32, le couperet tombe. La comparaison d’ADN est formelle : c’est bien Lyhanna. En revanche, les causes de la mort n’ont pas encore pu être établies. Des expertises complémentaires sont en cours, sans délai annoncé. Une marche blanche est prévue dimanche à Fleurance, de 15h à 19h.

Le profil du suspect et les plaintes ignorées qui révoltent la France

Jérôme Barella, 41 ans, père de deux enfants, connaissait Lyhanna : la fillette était amie avec sa fille. Mis en examen lundi et placé en détention provisoire, il avait travaillé sur l’exploitation agricole exacte où le corps a été retrouvé.

Mais c’est son passé judiciaire qui provoque la déflagration. Depuis 2017, plusieurs signalements et plaintes le visaient, notamment pour viol sur mineure. Une plainte déposée en 2022 a été classée sans suite. Une autre, déposée en août 2025, était toujours en cours au moment de la disparition de Lyhanna. Et surtout : il n’avait toujours pas été entendu par la gendarmerie dans ce cadre.

Le député du Gers David Taupiac avait alerté dès avril 2025 sur la pénurie de magistrats et de greffiers au tribunal d’Auch. Une circulaire signée en janvier par le garde des Sceaux imposait pourtant un traitement prioritaire des plaintes impliquant des enfants victimes. Selon une source gouvernementale, la procureure d’Auch Clémence Meyer ne l’aurait pas appliquée.

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Sur RTL, Éric Mouzin, père d’Estelle — victime du tueur en série Michel Fourniret — a trouvé « surréaliste » que les ministres semblent découvrir des dysfonctionnements qui, selon lui, datent de bien plus longtemps qu’un mois.

Arrivée ministérielle devant un bâtiment officiel français

Onde de choc politique : 15 jours pour rendre des comptes

Emmanuel Macron, en déplacement au Monténégro, n’a pas mâché ses mots : « Il est clair qu’il y a un dysfonctionnement, et c’est inacceptable. » Le président a ajouté ne vouloir « entendre aucun argument de moyens » et exigé que soient clarifiées les « responsabilités collectives, systémiques et individuelles ».

Le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui s’est dit « choqué », a réuni pendant plus de deux heures à Matignon les ministres Laurent Nuñez (Intérieur), Gérald Darmanin (Justice) et David Amiel (Comptes publics). Conclusion : les premières conclusions de l’enquête administrative confiée à l’Inspection générale de la justice et à celle de la gendarmerie devront être remises sous 15 jours.

Darmanin, lui, a convoqué tous les procureurs généraux de France à la Chancellerie dès lundi matin, 8h30. Sur X, il a qualifié les faits de « dysfonctionnements accablants et inacceptables des services de l’État ». La direction de la gendarmerie a exigé un état des lieux immédiat de toutes les procédures en cours pour viol et agression sexuelle sur mineurs.

Côté politique, la colère est transpartisane. Jordan Bardella accuse un État qui a « lourdement failli ». Bruno Retailleau parle d’une « faillite » du système judiciaire. Édouard Philippe réclame un « principe de précaution face aux violences faites aux enfants ». Marine Tondelier dénonce un système « incapable de gérer les violences sexistes et sexuelles ». Manuel Bompard pointe des moyens coupés par le gouvernement.

Le porte-parole de la Chancellerie a reconnu « un constat d’échec collectif ». Mais le mot « dysfonctionnement », répété en boucle par l’exécutif, passe mal. Dans les commentaires qui inondent les réseaux, la même phrase revient : « Quand un enfant meurt parce qu’un violeur présumé n’a jamais été entendu, ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est une catastrophe. »

Lyhanna avait 11 ans. Son prénom restera désormais associé à cette question que des millions de parents se posent ce soir : si un enfant parle, qui l’écoute vraiment ? Et surtout, qui agit ?

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