Accusé d’avoir drogué 300 femmes, cet ex-haut fonctionnaire retrouvé dans un cabinet RH à Paris
Une nouvelle vie, un nouveau prénom, et toujours les mêmes zones d’ombre. Alors qu’il reste mis en examen dans l’une des affaires de soumission chimique les plus vastes jamais recensées en France, l’ancien haut fonctionnaire Christian Nègre a été repéré dans un cabinet de conseil parisien.
Sous un pseudonyme, évidemment.

Un consultant nommé « Bernard »
Sur le site du cabinet 3R Consultants, basé à Paris, un certain « Bernard » proposait ses services en management et ressources humaines. Selon une enquête du groupe EBRA publiée jeudi 3 septembre 2026, ce « Bernard » n’était autre que Christian Nègre.
Son CV affichait plus de 25 ans d’expérience, des passages en collectivités territoriales, des missions dans le privé. Une ligne manquait soigneusement : son poste au ministère de la Culture.
Contacté par les journalistes d’EBRA, le fondateur du cabinet, Willem Royaards, assure avoir tout ignoré de la véritable identité de son consultant. Il précise que l’homme n’avait « aucune formation » assurée. Le profil a été retiré, le temps d’y voir plus clair.
Ce n’est pas la première reconversion sous faux nom
Christian Nègre a un vrai talent pour disparaître sous une nouvelle identité. En 2025, Ouest-France révélait qu’il était intervenu pendant deux ans dans des écoles de commerce à Caen.
Il assurait aussi du coaching pour la région Normandie, sous le pseudonyme de « Bernard Genre ». Ces missions avaient pris fin dès que son identité réelle avait été découverte.
Une méthode qui interroge : comment un homme mis en examen dans un dossier aussi lourd parvient-il, encore et encore, à retrouver du travail sans être inquiété ? La réponse tient en un détail juridique simple.

Une affaire qui remonte à près de 20 ans
Le dossier judiciaire dans lequel Christian Nègre est mis en examen est vertigineux. Comme le racontait Actu Paris en avril 2025, le parquet avait lancé un appel à témoins pour retrouver d’éventuelles victimes supplémentaires.
Il est soupçonné d’avoir versé du furosémide, un puissant diurétique, dans le café ou le thé de femmes reçues en entretien professionnel. L’objectif présumé : provoquer chez elles un besoin urgent d’uriner.
Les faits se seraient déroulés entre 2009 et 2018, d’abord rue de Valois au ministère de la Culture, puis à la Direction régionale des affaires culturelles du Grand Est, où il avait été muté en 2016.
Un fichier Excel glaçant, 181 noms
Les enquêteurs ont mis la main sur un document baptisé « Expériences P ». D’après les éléments rapportés par EBRA, ce fichier recensait 181 victimes, avec photographies et commentaires sur leurs réactions aux diurétiques.
Christian Nègre avait finalement été suspendu en juin 2018, après avoir été surpris en train de photographier sous une table les jambes de la sous-préfète de Moselle. Un geste de trop, qui avait fini par tout faire basculer.
Mais depuis, la procédure judiciaire traîne. Une lenteur qui pèse lourd sur les victimes, six ans après sa mise en examen.

« On nous a abandonnées »
En février 2025, Actu avait rencontré plusieurs femmes concernées par ce dossier. Plus de 243 victimes avaient alors été identifiées, certaines attendant depuis des années la tenue d’un procès.
« On nous a abandonnées », témoignait l’une d’elles, la voix chargée d’une lassitude devenue familière dans ce type de dossier.
Christian Nègre est mis en examen depuis 2019 pour « administration de substance nuisible », « violences par personne chargée de mission de service public », « atteinte à l’intimité » et « agression sexuelle ». Des qualifications lourdes, pour un dossier qui n’en finit pas.
Un procès qui n’arrivera pas avant 2027
Selon les informations publiées jeudi par le groupe EBRA, la clôture de l’instruction est désormais envisagée d’ici la fin de l’année 2026. Un éventuel procès n’aurait donc pas lieu avant fin 2027.
Placé sous contrôle judiciaire, Christian Nègre reste présumé innocent. Et légalement, rien ne lui interdit d’exercer une activité professionnelle, même sous une fausse identité.
C’est justement ce vide qui interroge : comment concilier présomption d’innocence et protection des futurs interlocuteurs, quand l’ampleur du dossier donne le vertige ? La question reste, pour l’instant, sans réponse claire.
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