Colorado : il retrouve sa femme égorgée dans la douche, la police y voit un meurtre maquillé

Un coup de fil à 6h du matin. Une voix qui sanglote sans une seule larme. Et un corps retrouvé dans une douche ensanglantée, la gorge tranchée.
À Lakewood, dans le Colorado, cette scène a suffi à lancer une enquête qui va très vite se transformer en piège pour celui qui l’a signalée.
Un appel qui semblait tout expliquer
Patrick Theodore « Ted » Barnett, 40 ans, a appelé la police jeudi matin. Il venait, disait-il, de retrouver son épouse Lindsey Barnett inanimée dans la douche de leur maison de South Welch Circle.
Elle ne respirait plus. Selon lui, elle se serait tranché la gorge.
Quand les secours arrivent, ils découvrent effectivement le corps de Lindsey, 37 ans, dans la douche, une plaie béante au cou et un couteau de treize centimètres posé à proximité.
Mais très vite, un détail cloche. Une flaque de sang trône sur le lit du couple, avec une traînée qui mène jusqu’à la salle de bain. Là où, étrangement, il y a beaucoup moins de sang que sur la scène du lit.
Une nuit floue et un couple en crise
Barnett raconte avoir vu sa femme pour la dernière fois entre 22h et 22h30 la veille, après une dispute autour du repas du soir. Un différend qui, selon lui, s’inscrivait dans un contexte plus large.
Le couple traversait des « problèmes relationnels » depuis plusieurs mois. Ils faisaient chambre à part : lui au sous-sol, elle dans la chambre principale.
« Ils travaillaient sur leur mariage et il était impatient à l’idée de remonter à l’étage », notent les enquêteurs dans le procès-verbal, rapporté par le Denver Post.
Barnett affirme aussi que Lindsey souffrait de dépression post-partum depuis la naissance de leur fille en février. Il dit toutefois ignorer si elle suivait un traitement.
Un détail intrigue les policiers pendant son récit : il sanglote à voix haute, mais aucune larme ne coule. Un signe qui, seul, ne prouve rien — mais qui s’ajoute à une liste qui va vite s’allonger.
« Elle n’était pas suicidaire », assure sa mère
Du côté de la famille de Lindsey, la version du mari ne passe pas. Sa mère, Donna Ott, affirme que sa fille aimait profondément ses enfants et préparait activement la rentrée scolaire.
Elle était stressée à l’idée de reprendre l’enseignement de l’art dans deux écoles du quartier, mais rien de plus, selon le Westminster Window.
Donna Ott va plus loin. Elle décrit un mariage de presque cinq ans « troublé », un gendre aux « problèmes de colère », verbalement abusif et contrôlant envers sa fille — sans jamais, précise-t-elle, être passé à la violence physique.
Elle se souvient aussi d’une nuit, deux à quatre mois plus tôt, où Lindsey était rentrée seule chez ses parents. Le besoin de « s’éloigner de lui », dit-elle.

Le coup de fil qui change tout
Pendant que les enquêteurs creusent, un appel inattendu arrive au commissariat. Une femme se présente comme la petite amie de Barnett.
Elle demande une vérification de sécurité sur lui, inquiète de ne plus avoir de nouvelles depuis 23h la veille. Problème : Barnett avait pourtant assuré à la police qu’aucun des deux époux n’avait été infidèle.
Cette femme raconte avoir rencontré Barnett en ligne trois mois plus tôt. Il lui aurait dit que sa femme souffrait de troubles mentaux sévères, qu’elle avait été internée en psychiatrie, qu’elle avait fait une tentative de suicide et qu’elle ne vivait plus au domicile familial.
Il lui aurait aussi affirmé être en instance de divorce. Elle ignorait tout simplement que Lindsey faisait encore partie de sa vie.
Confronté à ces révélations, Barnett change de version. Il affirme alors que sa femme était au courant de la relation extraconjugale et qu’elle l’acceptait — mais qu’ils n’en avaient parlé à personne.
Des blessures que rien n’explique
Les enquêteurs relèvent sur Barnett plusieurs blessures inexpliquées : une plaie au pouce, des griffures sur le bras et le torse, compatibles avec des blessures de défense.
Il tente d’abord d’expliquer ces marques par un tournoi de frisbee ultime disputé en juillet. Reconfronté, il change encore de version, évoquant cette fois un tournoi le week-end du 8 août — avant d’admettre ne plus savoir d’où viennent ces blessures.
Les policiers notent aussi du sang séché sur son cou et derrière son oreille, qu’il ne parvient pas à justifier. Et surtout : ses mains sont propres, sans la moindre trace de sang.
Un point troublant, puisqu’il affirmait avoir déplacé le corps de sa femme pour tenter de la sauver. Il revient alors sur ses propos, expliquant qu’il avait simplement cherché son pouls.
De son côté, le corps de Lindsey présente des ecchymoses inexpliquées sur les bras, les jambes, le dos, les hanches et les mains. Ses vêtements, eux, ne sont pas imbibés de sang, et la majeure partie de son corps en est exempte.
Face à ses propres contradictions
Quand les enquêteurs suggèrent que Lindsey serait morte dans le lit et n’aurait jamais rejoint seule la douche, Barnett ne varie pas d’un mot.
« Il a répété que c’est là qu’il l’avait trouvée », écrivent les policiers dans le procès-verbal. « Il a affirmé ne rien savoir de ce qui s’était passé. »
Patrick Barnett est désormais détenu sans possibilité de caution, soupçonné de meurtre au premier degré. Il devait comparaître jeudi devant la justice.

Une communauté scolaire endeuillée
Pendant que l’enquête suit son cours, deux écoles du comté de Jefferson rendent hommage à Lindsey Barnett. Dans une lettre aux parents, la principale de l’école Hutchinson, DeAnn Hoffman, salue sa « passion profonde pour l’enseignement de l’art », son « âme douce » et son « dévouement extraordinaire » envers les élèves.
Elle rappelle que Lindsey « mettait tout son cœur » dans l’exposition d’art des deux communautés scolaires. « Cette perte a bouleversé toute notre communauté », a-t-elle ajouté, précisant que les équipes de soutien psychologique seraient disponibles dès la rentrée pour les élèves comme pour le personnel.