« Il a ouvert les portes et aidé des gens à sortir » : le conducteur héroïque du train déraillé près de Rouen

Vendredi 11 septembre, un train reliant Rouen à Caen a déraillé à hauteur de Cléon, en Seine-Maritime, après avoir percuté un morceau de rail posé sur la voie. Le choc aurait pu tourner au carnage : la motrice roulait à 140 km/h. Mais un homme, sous le choc lui-même et blessé, a évité que la catastrophe ne prenne une tout autre ampleur.
Un obstacle surgi à pleine vitesse
Le convoi filait à 140 km/h lorsque le conducteur a aperçu l’obstacle : un morceau de rail d’une quinzaine de mètres, dont personne ne sait encore comment il s’est retrouvé sur la voie. Selon un précédent accident impliquant un TGV, ce type de collision à haute vitesse laisse peu de marge de manœuvre aux conducteurs.
Face au danger, l’homme a déclenché un freinage d’urgence. Une décision qui a « évité un drame bien plus grave », a précisé le procureur de Rouen, Sébastien Gallois, lundi 14 septembre sur Ici Normandie.
La rame de tête, où se trouve le poste de pilotage, s’est détachée du reste du convoi avant de basculer en contrebas des voies. Un scénario qui rappelle, par sa brutalité, d’autres incidents survenus sur le réseau ferré français ces derniers mois.
Blessé, il a d’abord pensé aux passagers
Le conducteur, dont l’âge n’a pas été précisé mais qui disposerait d’une certaine expérience du métier, a été sévèrement touché dans l’accident. On évoque une blessure au thorax, une côte fêlée et un problème aux vertèbres.
Pourtant, selon la SNCF, il ne se serait « pas rendu compte tout de suite de ses blessures ». Il s’est extirpé de sa cabine accidentée pour « s’occuper des passagers » : « Il a ouvert les portes et aidé des gens à sortir. » Une source interne évoque trois personnes prises en charge directement par ses soins.
Un comportement salué en interne, décrit par un interlocuteur comme « héroïque ». Cette réaction n’est pas sans rappeler celle de certains cheminots confrontés à des drames similaires, où le sang-froid a fait toute la différence.
Au total, 44 blessés ont été recensés, tous sortis d’affaire. Les secours, arrivés rapidement sur place, ont pris le relais pendant que le conducteur était transporté à l’hôpital.

Une enquête qui explore toutes les pistes
Sorti de l’hôpital depuis, l’homme n’est plus en danger, mais un arrêt de trois mois lui a été délivré et il porte aujourd’hui une minerve. Comme le voyage en train a profondément changé ces dernières décennies, la sécurité des rames reste un sujet sensible pour les usagers.
Encore « très choqué », tout comme la cheffe de bord qui a également porté secours aux passagers, le conducteur a déposé plainte contre X. « Il reste évidemment traumatisé », confie un interlocuteur proche du dossier. Pour l’heure, il refuse toute sollicitation de la presse.
La responsabilité du conducteur n’est pas mise en cause : les dépistages d’alcoolémie et de stupéfiants pratiqués sur lui se sont révélés négatifs. On comprend mieux, dans ce contexte, pourquoi les vitres de train ne s’ouvrent presque jamais, une contrainte technique qui vise justement à limiter les conséquences d’un choc.
Les investigations, confiées à la PJ de Rouen et au BEA-TT, devront déterminer comment ce morceau de rail, qui ne provient pas des voies de l’accident, s’est retrouvé là. Plusieurs sources indiquent qu’aucun train de marchandises n’a emprunté ce trajet ce jour-là, rendant la piste d’un élément perdu peu probable.
Un freinage, une porte ouverte, trois vies épargnées : parfois, l’héroïsme tient à quelques secondes de sang-froid. L’enquête, elle, doit encore répondre à une question bien plus troublante : qui a posé ce rail sur la voie ?