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« Ça nous fait chaud au cœur » : ce donateur anonyme confie son dernier voyage à la SNSM varoise

Publié par Cassandre le 20 Août 2026 à 3:30
Vedette SNSM naviguant près des rochers des Deux Frères

Chaque année, un homme installé à Paris envoyait 1 000 euros à la station SNSM de La Seyne-Saint-Mandrier, dans le Var, sans jamais chercher à se faire connaître. Huit années de fidélité discrète, sans un mot, sans une visite. Jusqu’au jour où un email est arrivé au siège parisien de l’association, révélant une dernière volonté que personne n’attendait.

Un donateur fantôme pendant huit ans

Éric Boniou, bénévole et président de la station de La Seyne-Saint-Mandrier, consulte ses mails comme chaque matin quand il tombe sur un message inhabituel. Le siège parisien de la SNSM l’informe du souhait d’un homme, fidèle soutien financier de la station, de voir ses cendres dispersées dans le Var.

Pendant huit ans, ce donateur anonyme avait fait vivre les moyens des sauveteurs sans jamais réclamer la moindre reconnaissance. Sans famille, mais avec une attache profonde à la mer et à ceux qui la protègent, il avait choisi de soutenir cette cause loin de son quotidien parisien. Un geste qui rappelle, à sa manière, ces dernières volontés parfois surprenantes que certains inscrivent dans leur testament.

Son testament était pourtant limpide sur un point : ses cendres devaient rejoindre le large des Sablettes, à La Seyne-sur-Mer. Un lieu choisi avec soin, comme un dernier rendez-vous avec cette mer qu’il n’avait jamais foulée aux côtés des bénévoles qu’il finançait. L’histoire a ému toute la station, qui attend désormais que les cendres lui soient confiées pour honorer ce vœu ultime.

Un service méconnu que la SNSM rend discrètement

Ce que révèle surtout cette histoire, c’est une mission peu connue du grand public : les stations SNSM proposent, un peu partout en France, d’accompagner les familles pour disperser les cendres d’un proche en mer. À La Seyne-Saint-Mandrier, ce service existe depuis des années, transmis essentiellement par bouche-à-oreille.

« C’est un service qu’on rend », résume simplement Éric Boniou. La station ne fait aucune promotion de cette prestation, loin des logiques commerciales que l’on retrouve ailleurs, un peu comme certains objets du passé qui reprennent de la valeur sans qu’on l’ait cherché.

À bord de la vedette, jusqu’à quinze personnes peuvent embarquer, dont une dizaine de proches du défunt. Les sauveteurs fournissent les gilets, encadrent la sortie et restent présents avec une discrétion totale pendant toute la cérémonie. La sortie dure généralement deux heures, et les familles peuvent apporter fleurs, musique ou leurs propres enceintes.

Éric Boniou connaît bien ce geste : lui-même a accompagné ces cérémonies pour ses parents et des amis proches, avant même de savoir que ce service existait officiellement au sein de la structure associative.

Sauveteur en mer regardant l'horizon avec émotion

Les Deux Frères, un lieu chargé de symboles

Certaines familles arrivent avec une idée précise, d’autres demandent simplement à être menées au large. Autour de La Seyne-sur-Mer, deux endroits reviennent sans cesse : les Sablettes, où reposeront bientôt les cendres du donateur parisien, et les Deux Frères, ces rochers emblématiques qui émergent de la côte varoise.

La réglementation encadre strictement ces cérémonies : la dispersion des cendres doit se faire à plus de 300 mètres du rivage, tandis que l’immersion d’une urne biodégradable exige plus de trois milles nautiques, soit environ 5,5 kilomètres au large. À l’issue de la sortie, chaque famille reçoit un extrait de carte indiquant précisément le lieu, un repère qu’elle pourra retrouver un jour si elle le souhaite.

La station facture ce service 350 euros, une somme qui participe à l’entretien des moyens nautiques. Les sorties ont lieu principalement entre mai et octobre, le samedi, et uniquement si la météo le permet. « On évite car cela peut être difficile avec le mal de mer », précise Éric Boniou, qui préfère reporter plutôt que gâcher un moment aussi intime.

Aucune conviction religieuse n’est imposée : les familles organisent la cérémonie comme elles l’entendent, sans représentant d’un culte. « Le côté humain ressort chez tous les sauveteurs », insiste le président de la station, qui voit dans cette mission une facette méconnue du travail des bénévoles, habituellement mobilisés pour secourir des vies en mer plutôt que pour accompagner des adieux.

Pendant quelques heures, la vedette de la SNSM change de vocation. Elle ne part plus secourir un plaisancier en détresse, mais offrir à une famille un dernier tête-à-tête avec l’océan qu’aimait leur proche. Et bientôt, c’est un généreux inconnu de Paris qui, à son tour, retrouvera cette mer qu’il n’a jamais cessé de soutenir en silence.

Cette histoire pose une question simple, presque universelle : combien de gestes anonymes façonnent, sans bruit, le quotidien de ceux qui sauvent des vies en mer ?

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