Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Faits divers

Échangés à la naissance il y a 38 ans : deux hommes attaquent l’hôpital en justice

Publié par Cassandre le 18 Juil 2026 à 8:59
Échangés à la naissance il y a 38 ans : deux hommes attaquent l'hôpital en justice

Un cadeau de Noël acheté au hasard. C’est tout ce qu’il a fallu pour faire exploser deux vies construites pendant 38 ans.

Kyle Bylin, du Dakota du Nord, reçoit un test ADN lors d’un échange de cadeaux en famille. Il le fait par curiosité, sans rien attendre de précis.

Le résultat le mène à une tante biologique qu’il ne connaissait pas, retrouvée sur une plateforme de généalogie. Son neveu, Jeremy Morrison, décide à son tour de faire tester son ADN.

Un bracelet d’hôpital qui ne mentait pas

Les deux hommes sont nés le même jour, le 26 janvier 1988, au Unity Medical Center de Grafton, dans le Dakota du Nord. Ils étaient les deux seuls bébés présents ce jour-là dans l’établissement.

Selon la plainte déposée devant un tribunal d’État, quelque chose s’est mal passé au moment de rentrer chez eux. Chacun est reparti avec les mauvais parents.

Bylin, né sous le nom de Jeremy Morrison, affirme avoir toujours conservé son bracelet de naissance. Celui-ci l’identifiait par erreur sous le nom de Kyle Bylin.

Un détail troublant qui accrédite leur version des faits. Mais l’hôpital, lui, campe sur une position bien différente.

Ce que l’hôpital reconnaît, et ce qu’il refuse d’assumer

Unity Medical ne conteste pas que les bébés aient été échangés à un moment donné. L’établissement affirme travailler à comprendre ce qui s’est produit ce jour-là.

Mais il assure n’avoir trouvé aucune preuve que son personnel ou sa direction soient responsables de cette erreur bouleversante.

« En raison des presque quatre décennies écoulées, les dossiers médicaux et de personnel qui auraient pu apporter des éclaircissements n’existent plus », précise le communiqué de l’hôpital. Aucun membre de l’équipe présente ce jour-là n’y travaille encore.

Hôpital rural du Dakota du Nord vu de l'extérieur

Une explication qui ne satisfait pas les familles concernées. Car derrière la question de la responsabilité, il y a surtout 35 années de vie qui ne se rattrapent pas.

« On ne peut pas remplacer 35 ans »

Evelyn Newton a élevé Kyle Bylin comme son propre fils. Deux ans après avoir appris la vérité, elle raconte encore le choc à l’Associated Press.

« Kyle reste mon fils, ça ne changera jamais », confie-t-elle. « Mais je me sens volée de la vie que j’aurais dû vivre avec mon fils biologique. »

« On ne peut pas revenir en arrière et remplacer 35 ans. Les premiers pas, apprendre à conduire, se marier. Comment on rattrape ça ? »

De son côté, Jeremy Morrison tient un discours plus apaisé. Il continue de considérer Elizabeth O’Toole et Terry Morrison comme ses véritables parents.

« J’étais aimé, je faisais du sport, j’avais de bons résultats à l’école », dit-il. « Un test ADN ne va pas effacer 38 ans de souvenirs. »

Des retrouvailles bienveillantes, mais maladroites

Les deux hommes ont désormais rencontré leurs parents biologiques respectifs. Des moments qu’ils décrivent comme chaleureux, mais empreints d’une gêne inévitable.

Bylin et Morrison ne se sont pas encore rencontrés en personne. Ils se sont seulement parlé au téléphone jusqu’ici.

« On a essayé de s’unir en tant que groupe et de reconnaître que, quoi qu’il arrive, il y a différentes façons dont ça peut devenir compliqué socialement », explique Bylin. Chacun apprend à connaître des gens qu’il ne connaissait pas avant.

Un scénario censé ne « presque jamais » se produire aujourd’hui

Le Dr Jonathan Marron, oncologue pédiatrique et enseignant au Centre de bioéthique de la Harvard Medical School, se veut rassurant sur les pratiques actuelles.

Selon lui, ce type d’erreur devrait survenir « à peu près jamais » avec les dossiers médicaux électroniques modernes. Un système que le personnel soignant critique souvent, mais dont l’utilité protectrice reste indiscutable ici.

L’avocat Tim O’Keefe a pourtant tenté pendant un an de négocier un accord financier à l’amiable avec l’hôpital. Face à l’échec des discussions, il a fini par déposer plainte pour négligence, faute médicale et détresse émotionnelle.

Pendant ce temps, les deux familles continuent d’apprivoiser cette nouvelle réalité, entre deuil d’une vie fantôme et reconstruction patiente.

« Je connais la vérité maintenant, mais on est encore en train de construire des relations », résume Morrison. « Je ne peux pas revenir en arrière et reconstruire ce qui est déjà perdu. C’est un travail en cours, tout comme moi. »

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *