Sans eau ni lumière, dans leur urine : ces 2 enfants ont vécu un cauchemar de 5 ans, malgré 26 alertes ignorées

Un appartement cadenassé, des fenêtres bouchées par des sacs-poubelle, deux enfants livrés à eux-mêmes des heures durant. La scène ressemble à un mauvais film, sauf qu’elle s’est vraiment produite en février dernier à Zurich, en Suisse. Mais le plus terrible n’est pas là où on l’imagine : ce cauchemar a duré des années, et pas moins de 26 signalements avaient déjà été déposés en Suède sans que rien ne bouge.
Un appartement transformé en prison pour deux frères
Tout commence par un signalement du propriétaire du logement, intrigué par un comportement suspect. Quand les policiers suisses arrivent sur place, ils découvrent une porte fermée par un cadenas et des fenêtres totalement occultées par des planches et des sacs-poubelle. À l’intérieur, deux petits garçons suédois de 8 et 11 ans vivent cloîtrés dans une seule pièce, chaque jour, pendant que leur père travaille.
Pas d’accès à la cuisine. Pas d’accès aux toilettes. Ni eau, ni nourriture à portée de main. Le rapport d’enquête, révélé par le quotidien suédois Dagens Nyheter, décrit une odeur d’urine prégnante dans la pièce où les deux frères étaient détenus. À l’arrivée des secours, les enfants se sont précipités vers l’eau, enchaînant les verres les uns après les autres.
26 signalements en Suède, quinze enquêtes classées
Ce qui glace, c’est que rien de tout cela n’était imprévisible. Depuis 2019, pas moins de 26 signalements pour mise en danger d’enfants avaient été déposés en Suède. La toute première alerte concernait déjà le frère aîné, alors âgé de trois ans, victime présumée de maltraitance.
Crèches, écoles, voisins, services de police : tout le monde a tenté de tirer la sonnette d’alarme. Une quinzaine d’enquêtes ont même été ouvertes au fil des années, sans jamais aboutir à une protection réelle des enfants. Les documents judiciaires cités par Dagens Nyheter racontent un aîné arrivant régulièrement affamé à l’école, les vêtements imprégnés d’urine.
Fin 2023, la situation dégénère encore. Après un différend violent avec le personnel scolaire, la mère se serait montrée menaçante, jusqu’à être interdite d’accès à l’établissement. L’école a dû faire appel à une société de sécurité et contacter la police à trois reprises pour gérer les tensions.

Le départ pour la Suisse qui a tout changé
À partir de mai 2024, l’aîné cesse brutalement de se présenter à l’école. Les autorités suédoises apprennent alors que la famille prépare son départ vers la Suisse. Face aux fortes suspicions de maltraitance, les services sociaux imposent une interdiction de voyager aux deux enfants et demandent leur placement sous tutelle.
Mais le père parvient malgré tout à emmener ses fils hors du pays, sans que ces mesures de protection ne soient réellement appliquées. Contactée ensuite par les autorités, la mère affirme que les enfants vivent désormais à Dubaï, chez des proches. Une fausse piste qui retarde encore la découverte de la vérité.
C’est finalement un renseignement transmis par le propriétaire suisse du logement du père qui permet aux enquêteurs de localiser l’appartement de Zurich, en février dernier. Le père, qui a reconnu la négligence envers ses enfants, a été condamné à deux ans de prison avec sursis par la justice suisse. Les deux garçons ont eux été rapatriés en Suède et placés dans un foyer supervisé, coupant tout contact avec leurs parents.
Vingt-six alertes, quinze enquêtes, et il aura fallu un déménagement à l’étranger pour que ces deux enfants soient enfin mis à l’abri. Une histoire qui pose une question dérangeante : combien de signalements faut-il, en réalité, pour qu’un système de protection de l’enfance agisse à temps ?