Explosion à Monaco : la suspecte identifiée n’aurait « pas agi seule », selon la justice monégasque
Lundi soir, un colis piégé a explosé dans le hall d’un immeuble monégasque, blessant grièvement trois membres d’une même famille ukrainienne. Depuis, l’enquête avance à vive allure, entre rebondissements et fausses pistes écartées une à une. La justice monégasque vient de livrer un élément déterminant : la suspecte identifiée n’aurait pas agi seule, et deux hommes ont déjà été interpellés.
Un attentat visant un riche homme d’affaires ukrainien

Tout commence lundi soir, place des Moulins, à quelques encablures de la frontière française. Une personne dépose un sac dans le hall d’entrée d’un petit immeuble résidentiel. Quelques instants plus tard, l’engin explose au moment précis où une famille rentre chez elle, un couple accompagné de son fils de 13 ans.
Les trois victimes sont grièvement blessées. Selon plusieurs sources concordantes, la cible réelle de cette explosion à Monaco serait Vadim Ermolaev, 58 ans, homme d’affaires richissime né en Ukraine, devenu chypriote en 2019 et sanctionné par Kiev dès décembre 2023. Son adolescent a été transporté à l’hôpital pour enfants Lenval de Nice, tandis que lui-même et sa compagne, dont le pronostic vital était engagé, ont été conduits au CHU de Nice.
L’enquête sur ce colis piégé visant un oligarque ukrainien a mobilisé très vite les services monégasques, avec une coopération internationale saluée par le procureur général Stéphane Thibault. Une information judiciaire pour tentative d’assassinat a été ouverte, confiée à trois juges d’instruction.
Un mandat d’arrêt contre une femme déguisée en homme
Le rebondissement est venu des images de vidéosurveillance. Les enquêteurs y voyaient d’abord un homme, coiffé d’un épais bob noir, vêtu d’un gilet sombre et d’un pantalon blanc. Erreur d’appréciation : selon Le Figaro et BFMTV, il s’agirait en réalité d’une femme s’étant volontairement fait passer pour un homme.
Cette suspecte a désormais un nom : Anastasiia Berezovska, 39 ans, ressortissante ukrainienne. Un mandat d’arrêt a été émis contre elle, assorti d’une notice rouge Interpol. Selon les éléments recueillis, elle avait multiplié les repérages le jour même des faits, avant de suivre la famille ciblée jusqu’à son immeuble et d’y déposer le sac piégé, prenant soin de vérifier que ses victimes entraient bien dans le bâtiment.
D’abord localisée en fuite vers Beausoleil, côté français, elle aurait ensuite gagné l’Allemagne, où une source proche du dossier affirme désormais qu’elle a été repérée. La piste privilégiée reste ukrainienne, plusieurs sources évoquant une opération pilotée par les services de renseignement de Kiev, le SBU. Un scénario qui rappelle, par sa préparation minutieuse, d’autres affaires récentes de colis piégés visant des personnalités exilées.
Deux hommes interpellés, un scénario qui se complique
Le point presse tenu vendredi par le parquet général a apporté l’information la plus lourde de conséquences. En raison du « modus operandi » employé et de la « relative sophistication de l’engin explosif », la justice monégasque estime désormais que la suspecte n’a pas agi seule.
Deux hommes ont été interpellés et placés en garde à vue à Monaco. Les investigations n’ont toutefois pas encore établi de preuves de leur « participation active » à l’attentat, précise le parquet, qui reste prudent sur leur rôle exact dans ce dossier suivi de très près, à l’image d’autres enquêtes sensibles comme cette intervention policière parisienne qui a nécessité un travail minutieux de reconstitution.
Cette annonce change la nature de l’affaire. On ne parle plus d’une actrice isolée ayant agi seule sur commande, mais d’un dispositif organisé, avec au moins une logistique partagée. La principauté, habituée aux affaires de grande criminalité financière plutôt qu’aux tentatives d’assassinat, se retrouve confrontée à un dossier d’une ampleur rare, comparable par sa médiatisation à d’autres affaires ayant secoué la Côte d’Azur, comme ce braquage spectaculaire à Paris.
Reste à savoir si Anastasiia Berezovska sera interpellée en Allemagne dans les prochains jours, et si les deux hommes gardés à vue à Monaco livreront des éléments permettant de remonter jusqu’aux commanditaires réels de l’opération.
Une femme déguisée en homme, un engin sophistiqué, deux complices présumés : l’attentat de Monaco ressemble de moins en moins à un acte isolé et de plus en plus à une opération soigneusement orchestrée. L’enquête, elle, ne fait que commencer à révéler son ampleur réelle.